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Par Sophie Landrin
Publié aujourd’hui à 02h00Article réservé aux abonnés
ReportageLe traité des eaux de l’Indus régit depuis plus de soixante ans le partage vital des ressources du fleuve entre les deux puissances nucléaires rivales. Mais après l’attentat du 23 avril 2025 dans le Cachemire indien, New Delhi a suspendu cet accord, érigeant l’eau en arme stratégique, capable d’assécher ou d’inonder les terres pakistanaises en aval.
Muhammad Nawaz cultive du maïs et du riz à Khasa, sur 21 hectares qui s’étendent jusqu’à la Chenab, une rivière qui traverse le Pendjab pakistanais. Mais, en ce mois de mai, du côté des berges, ses champs sont aussi arides que le désert. Tout a été ravagé en août 2025, lorsque la Chenab, qui prend sa source en Inde, a quitté son lit – ici pourtant large de 2 kilomètres. « De toute ma vie, je n’avais jamais vu autant d’eau, tout est arrivé très vite, dit cet agriculteur de 53 ans. Les cultures ont été dévastées. Pire : la crue a déposé une épaisse couche de sable. Plus rien ne peut pousser. »
L’eau stagnante due aux inondations de 2025, recouvre encore les champs, dans la région de Gujrat (Pakistan), le 9 mai 2026. Il a perdu cinq bêtes dans les inondations et dû vendre un buffle et une vache pour nourrir le reste de son troupeau de 36 bovins. Ses pertes s’élèvent à 6 millions de roupies (plus de 18 000 euros) ; il n’a reçu, en compensation, que 90 500 roupies pour les réparations de sa maison. Certaines parcelles ont depuis été débarrassées des alluvions – le maïs y atteint une belle taille –, mais il reste encore beaucoup à faire. Pour assurer des revenus à la famille, l’un de ses fils est parti travailler en Arabie saoudite.
Selon l’agriculteur, la catastrophe ne s’explique pas seulement par les aléas climatiques. Cet été-là, la mousson exceptionnellement abondante avait saturé les réservoirs que l’Inde a construits en amont sur la Chenab. « L’Inde stocke l’eau puis la déverse brutalement, comme une bombe, au lieu de nous prévenir afin que nous puissions sauver nos familles, notre bétail et, dans une moindre mesure, nos récoltes », dénonce-t-il.
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