Qu’est-ce qu’un toit? A quoi sert un mur? Pourquoi les angles d’un édifice sont-ils toujours droits? La lumière est-elle un matériau? Un bâtiment solide doit-il forcément toucher le sol? D’ailleurs, qu’est-ce que la solidité? Et qu’est-ce qu’une maison? Un certain nombre de mètres carrés ou un endroit où l’on se sent en sécurité? A quoi bon construire des tours? Sommes-nous les maîtres du monde ou des invités de la nature? Servons-nous seulement à quelque chose?
Ces questions, il est rare qu’on les pose. Déjà, parce que personne n’aime avoir l’air ignorant ou naïf. Ensuite, parce qu’avec ses images lisses et ses discours calibrés, l’architecture contemporaine – celle de l’esthétique néolibérale – donne l’illusion de dompter le monde, et d’apporter des solutions indiscutables à des problématiques connues de toutes et tous. La transition écologique, la crise du logement, l’accessibilité et l’inclusion, ou encore le renouvellement urbain. Il y a aussi le geste pour le geste, la volonté d’un individu et/ou d’une institution d’imprimer sa patte sur la cité. On appelle cela l’ego et/ou la quête du pouvoir. Mais c’est une autre question.
Lire aussi: Smiljan Radić Clarke, architecte et Prix Pritzker 2026: «Un musée ou une tente éphémère ont une valeur équivalente»Et voilà qu’arrive Smiljan Radić Clarke, lauréat 2026 du Prix Pritzker, l’équivalent du Nobel en architecture. Un Chilien inconnu même des amateurs de la discipline, et dont la signature se traduit par des réalisations auxquelles, disons-le franchement, personne ne comprend rien. Citons la coquille translucide en forme de donut, perchée sur un amas de rochers (un pavillon éphémère pour un musée), le théâtre évoquant une lanterne en papier, la grosse cabane en béton noir échouée dans une forêt chilienne (une résidence familiale) et une cave s’étirant horizontalement dans le paysage. Bizarres, intrigantes, déroutantes, ces structures semblent sortir d’ailleurs et ne livrent pas de messages clairs. Elles font même l’inverse: elles invitent à renoncer à toute forme de compréhension, et à se fier à nos sensations. Si le toit est en tissu, suis-je plus vulnérable? Si la lumière du jour m’inonde, vois-je le monde autrement? Si les murs semblent fragiles, suis-je moins optimiste pour autant? Et soudain, l’évidence: nous n’avons pas assez de bâtiments abscons.
Lire aussi: Smiljan Radić Clarke, architecte et Prix Pritzker 2026: «Un musée ou une tente éphémère ont une valeur équivalente»

1 month_ago
19





















.jpg)






French (CA)