Dans la famille Quatremère, on connaissait (un peu) Antoine Chrysostome, dit Quatremère de Quincy (1755-1849): architecte, archéologue, on lui doit entre autres, dès 1791, la transformation de l’église Sainte-Geneviève, à Paris, en ce qui allait devenir le Panthéon. On connaît peut-être un peu moins son frère aîné, Denis-Bernard, dit Quatremère d’Isjonval (1754-1830). Celui-ci navigua entre les affaires militaires (on le retrouve entre autres en 1800 comme chef d’état-major de l’armée française des Alpes sous Napoléon Bonaparte) et les sciences naturelles: la chimie principalement, mais aussi, et c’est en cela qu’il va nous intéresser, l’aranéologie.
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On entend par là cette partie de la zoologie qui se penche sur les araignées. Quatremère d’Isjonval en fut un praticien extrêmement enthousiaste, jusqu’à faire de ces bestioles un équivalent de l’être humain. Dans son traité De l’Aranéologie (1797), il écrit: «L’Araignée est, comme vous pouvez le savoir, en possession de suspendre sa toile horisontalement et perpendiculairement. Les Barreaux qui décorent ma fenêtre, offrirent dès les premiers jours de Mai, 1788, un poste, selon ce que j’ai reconnu depuis, on ne sauroit plus favorable à ces Insectes*, pour y venir suspendre des toiles perpendiculairement. Je n’y vis d’abord que des Araignées; peu après j’y reconnus des Ouvriers du premier talent, puis d’excellents Officiers de Parti, puis de bons Marins, puis des Hommes qui auroient de la raison, puis des Philosophes qui auroient du bon sens, puis des demi Dieux, puis enfin, un Dieu créateur des plus étonnantes choses […]»
Lire aussi: «Sting», petit film avec grandes frayeurs pour les arachnophobesPure exaltation d’arachnolâtre? Certainement. Il n’empêche: Quatremère d’Isjonval fait dériver de sa passion toute une série d’applications pratiques. Chaque chapitre de L’Aranéologie compare l’araignée avec un outil qu’elle remplacerait avantageusement: le baromètre, le thermomètre, l’hygromètre, et même l’eudiomètre («instrument servant à faire l’analyse volumétrique de certains mélanges gazeux», disent les dictionnaires). Quatremère d’Isjonval en est convaincu: la tégénaire ou la tarentule deviendront les meilleures auxiliaires des agriculteurs ou des chimistes, voire des médecins ou des généraux, lorsqu’il s’agit pour ces derniers de prévoir si une tempête viendra contrecarrer un plan de bataille.
Aucune mention n’est faite par contre des peintres en bâtiment – peut-être parce qu’il ne faut jamais chercher s’il y a une araignée au plafond.
*Ne nous moquons pas: le XVIIIe siècle ne faisait pas encore forcément la différence entre les insectes (six pattes) et les arachnides (huit pattes).


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