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«L’antisémitisme est l’un des seuls racismes sur lequel on s’autorise à rire dans le camp progressiste»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Sur France Inter, l’humoriste Charline Vanhoenacker a ironisé sur une perquisition menée vendredi dernier dans une librairie parisienne en vue de saisir un cahier de coloriage pour enfants accusé de remettre en cause l’existence d’Israël. L’essayiste Noémie Halioua dénonce un humour à géométrie variable.

Noémie Halioua est journaliste et essayiste. Elle a notamment publié La terreur jusque sous nos draps (Plon, 2024).


Charline Vanhoenacker s’est moquée du retrait d’un livre de coloriage pour enfants intitulé « From the river to the sea » distribué dans une librairie indépendante. Il est vrai qu’à première vue, les policiers ont d’autres chats à fouetter que de se lancer dans la chasse aux livres. À l’heure de l’insécurité galopante et de la criminalité décomplexée, la priorité devrait être d’assurer la protection de la population dans les rues. S’ils ont l’ordre de le faire, c’est sans doute que ces prétendus « livres de coloriage » ont tout des tracts propagandistes à l’attention de la petite enfance, susceptibles justement d’encourager à la haine, la violence et la discrimination. Au cas où cela vous aurait échappé, leur titre est un slogan scandé par toutes les organisations terroristes au Moyen-Orient qui rêvent de la disparition d’Israël et des juifs. Ce slogan, qui figure en belle place dans la charte du Hamas, appelle à la création d’un État palestinien du Jourdain à la Méditerranée. Dans sa version originale, il est plus clair : « Min al-nahr ila al-bahr, Filastin ‘arabiyya », qui veut dire « la Palestine sera arabe du fleuve à la mer ».

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Si ces « livres de coloriage » font l’objet d’une interdiction d’importation par la commission presse, c’est parce que l’idéologie antisioniste fait des ravages dans les cerveaux des jeunes, elle les appauvrit intellectuellement, mais surtout les rend agressifs et dangereux. Elle se répand comme un virus dans les établissements scolaires et galvanise les foules jusque dans les amphithéâtres de Sciences Po. En 2002, l’ouvrage des Territoires perdus de la République, dirigé par l’historien Georges Bensoussan, décrivait, dans le sillage de la seconde intifada, les conséquences de l’importation du conflit isrélo-palestinien dont la violence antijuive. En 2017, Bernard Ravet, proviseur d’un lycée préparatoire public à Marseille, confiait avoir conseillé à des familles juives de ne pas inscrire leurs enfants dans son établissement, car il craignait pour leur sécurité. Quelques années plus tard, Didier Lemaire, ancien professeur de philosophie à Trappes, racontait comment le poison de l’antisémitisme s’était répandu dans le logiciel islamiste sur les bancs des lycées. Aujourd’hui la liste du personnel éducatif ayant tiré la sonnette d’alarme serait trop longue à égrener tant le problème s’est aggravé et banalisé. Ce n’est presque jamais l’antisémitisme « d’extrême droite » qui est à la source de ces violences, mais bien une instrumentalisation obsessionnelle de la question palestinienne.

Il ne viendra jamais à l’esprit des humoristes de France Inter de rire des victimes des crises climatiques ou des violences conjugales, tandis que l’antisémitisme semble propice à l’humour.

Noémie Halioua

L’antisémitisme n’est pas un prétexte à ricanement, elle est la source de discriminations et d’assassinats en France. Mohamed Merah a invoqué la lutte palestinienne comme l’un de ses motifs avant d’assassiner des enfants juifs à Toulouse, en 2012. Depuis vingt ans, elle est invoquée comme alibi dans la plupart des agressions, des insultes, des menaces que subissent nos compatriotes de confession juive. Cette idéologie qui fait glousser dans les studios de France Inter déverse chaque jour sa violence. Charline Vanhoenacker devrait se mettre dans la peau d’un enfant qui s’appelle Cohen ou Levy, rencontrant le matin à l’école d’autres enfants endoctrinés par cet antisionisme virulent qui, par association, fait de tout Français de confession juive un « génocidaire ». Il est urgent d’empêcher cette violence aveugle de se répandre auprès des plus jeunes et donc de prendre des mesures fortes.

Il ne viendra jamais à l’esprit des humoristes de France Inter de rire des victimes des crises climatiques ou des violences conjugales, tandis que l’antisémitisme semble propice à l’humour. En fait, avec le racisme anti-blanc, c’est le seul racisme sur lequel on s’autorise à rire dans le camp progressiste. On y défend toutes les minorités sauf les juifs, sans doute parce que beaucoup d’entre eux ont fait le choix de l’intégration plutôt que celui du ressentiment. Ils ne sont pas tout à fait compatibles avec l’idéologie antifrançaise portée par la gauche identitaire, celle qui voudrait, comme Mathieu Kassovitz, que la France enracinée s’éteigne en silence pour faire advenir la « Nouvelle France » chère à Jean-Luc Mélenchon. Non, effectivement, beaucoup de Français de confession juive ont bien l’intention de la défendre ce pays, et ne se laisseront pas intimider par ceux qui les font passer pour des « génocidaires » pour mieux les exclure du champ de la respectabilité. Ni par ceux qui rient de leurs malheurs sur la radio publique à une heure de grande écoute.

Il ne viendra jamais à l’esprit de Charline Vanhoenacker, non plus, de rire de l’islamisme ou de l’islam, comme a osé le faire Charlie Hebdo. Il faut un courage supplémentaire pour dénoncer cette conquête religieuse qui prospère à grande vitesse dans notre pays, jusqu’à faire reculer peu à peu la liberté des femmes, des homosexuels et des juifs. La plupart des commentateurs du débat public choisissent de détourner le regard car ceux qui s’y risquent se retrouvent, pour beaucoup d’entre eux, menacés de mort voire sous protection policière. Les humoristes de France Inter pourront continuer à rire de l’antisémitisme confortablement installés dans leur siège sans prendre le moindre risque.

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