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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Les bons résultats obtenus par La France insoumise au premier tour des élections municipales, malgré les polémiques visant Jean-Luc Mélenchon et plusieurs candidats, révèlent la banalisation de l’antisémitisme à gauche, estime Gilles-William Goldnadel.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Il y a encore bien plus grave que le discours antisémite codé ou débridé de Mélenchon et de ses amis : c’est son acceptation dans une large partie de l’opinion désormais accoutumée, sans que la question de la dissolution de son parti ne soit seulement posée. Cette tolérance à l’intolérable est la marque reconnaissable du danger : la digue a sauté.
Je ne reviendrai pas sur les récentes plaisanteries patronymiques du chef du parti insoumis. Ses clins d’œil antijuifs complices avec son public d’avance acquis. Depuis le 7 octobre, le chef insoumis et ses lieutenants Thomas Portes, Rima Hassan et autres Danièle Obono ont habitué un public quelquefois très ouvert à la détestation d’Israël et de son peuple, et à une grande complaisance envers le terrorisme sanguinaire d’un mouvement islamiste pogromiste ouvertement antisémite.
Depuis deux ans, dans les manifestations de rue, des cris antijuifs étaient poussés, que l’on feignait ne point entendre. Par lâcheté. Par complaisance. Pour ne pas détruire le front de cette gauche forcément morale contre la droite honnie censée détenir le monopole du racisme à vie. Mais un nouveau palier vient d’être franchi. Et le pire, c’est qu’il l’a été sans bruit, de nombreux antisémites débridés figurants en effet sur les listes de la France insoumise aux élections municipales. Beaucoup sont demeurés en place lorsqu’ils ont été découverts. Citons quelques exemples.
Le Monde, Libération, et l’audiovisuel public ont-ils traité l’antisémitisme massif de l’extrême gauche islamo-gauchiste comme ils guettent encore l’antisémitisme de l’extrême droite ?
L’Insoumis Dalil Diab a été investi à Tourcoing. Il a soutenu Dieudonné et s’est moqué ouvertement d’une otage du Hamas. Frontières et La Voix du Nord ayant évoqué ses saillies, Diab s’en est excusé avec une touchante spontanéité sur Instagram. Avec un grand sens du pardon chrétien, la France insoumise lui a donc conservé sa confiance et maintenu en tête de liste.
Thomas Delplace a été investi par la France insoumise à Saint-Pierre-des-Corps, dans l’Indre-et-Loire. Celui-ci a ciblé sur X le médecin urgentiste Mathias Wargon, époux de l’ancienne ministre macroniste. Avec un humour particulier, l’Insoumis a écrit : «c’est pas le Wargon le plus rempli du train». Fine mais directe allusion au grand-père du docteur Wargon, mort en déportation. Ce tweet a été massivement dénoncé comme antisémite. Sans être morigéné grandement par son parti, dont on sait l’indulgence, monsieur Delplace s’est est tranquillement excusé et est resté en place.
« Brebis galeuses » de LFI
Le cas de Nawal Ridouh est également emblématique. Celle-ci est candidate sur la liste du très pointilleux Aymeric Caron, allié de la France insoumise et des Écologistes, dans le XVIIIe arrondissement parisien. Parmi les dix-huit tweets grossièrement antisémites qui ont été découverts, nous nous contenterons de l’un des plus modérés : «Parlez à votre pote svp, on dirait une folle. Personne te relève, va t’faire enc*ler par un nazi, sale juive...». On aurait pu croire que l’intransigeant Caron tirerait immédiatement les nécessaires conséquences après avoir pris connaissance de ce message infâme et des multiples autres de la même farine corrompue. Dans un communiqué assez alambiqué, le mini-parti du précité : « La Révolution écologique pour le vivant », a précisé qu’elle ne pouvait pas être à ce stade rayée de la liste, tout en condamnant ses propos.
Je ferai grâce à mes lecteurs des nombreux autres candidats insoumis qui se sont également commis sur la toile. Mais le pire habite ailleurs, il gîte dans l’accommodement complice des compagnons de route du parti dévoyé. C’est ainsi que, dans un communiqué hallucinant autant qu’halluciné, l’autrefois prestigieuse Ligue des droits de l’homme s’est excusée d’être allée trop loin avec la France insoumise en condamnant les déclarations antisémites de son chef : «Il était indispensable pour la LDH de condamner avec la plus grande fermeté ces propos, qui mobilisent les ressorts de l’antisémitisme fondé sur l’implicite et les sous-entendus. Pour autant, ce texte rédigé rapidement sous le coup d’une émotion vive par un bureau national en proie à d’intenses discussions, dans son dernier paragraphe ne traduit pas de manière adéquate notre pensée commune. Dans un contexte complexe, où certains cherchent à disqualifier une partie des forces de gauche pour mieux normaliser les extrêmes droites, notre communiqué a pu être mal interprété. Il s’agissait bien de condamner les propos inacceptables d’un responsable politique, pas d’incriminer indistinctement un parti politique ni celles et ceux qui y militent bien souvent à nos côtés».
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Il ne faudrait tout de même pas confondre dans une même indignation un chef fautif et ses adjoints irréprochables tels que Thomas Portes, Danièle Obono, Rima Hassan, David Guiraud et tant d’autres si modérés. En prenant garde d’oublier Raphaël Arnault, fiché S et disparu pour l’heure sans laisser d’adresse. Après un communiqué inqualifiable, nous aurons une pensée affectueuse autant que mélancolique pour Daniel Mayer, qui fut président emblématique de la Ligue des droits de l’homme et membre éminent du Parti socialiste, du temps de sa grandeur et quand celui-ci ne frayait pas encore avec le pire. On notera que nombre de ses membres sont associés sur des listes avec le parti de ce pire. Une pensée aussi pour Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’homme, et assassiné, avec son épouse, par la milice antisémite en janvier 1944. Qui peut oser encore dire que ce mauvais temps ne peut revenir, que la haine et la lâcheté ont disparu ?
Samedi, l’AFP témoignait des «manifestations antiracistes à Paris» : en guise d’antiracisme, on a pu voir des individus arborant des drapeaux de la République islamique et des portraits de Khamenei, souhaitant, sans être contredits, la victoire des ayatollahs. Qui s’en est indigné ? Qui a dénoncé la présence sur les listes insoumises des individus antisémites précités ? Qui a protesté contre des listes communes socialistes et France Insoumise ? Le Monde, Libération, l’audiovisuel public ont-ils traité l’antisémitisme massif de l’extrême gauche islamo-gauchiste comme ils guettent encore l’antisémitisme de l’extrême droite ? Las, ils ne situent même pas LFI à l’extrémité du spectre politique et les brebis galeuses ne paissent selon eux que dans les prés de droite. Ils sont loin de le traiter en paria.
Voilà pourquoi, sans doute, ce dimanche, le parti antisémite n’a pas été puni dans les urnes comme il aurait dû l’être. La digue a sauté.


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