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L’Alberta inclut les zones exploitées dans sa définition d’aires protégées

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Le gouvernement de l’Alberta redéfinit le sens de « terres protégées » en y incluant désormais les terres utilisées pour l’exploitation forestière, l’exploration pétrogazière et l’exploitation minière.

Ainsi, selon sa propre définition, la province affirme qu’elle protège déjà 60 % de son territoire. Cela signifie, en d’autres termes, qu’elle se situe aux premières loges au Canada en matière d’objectifs environnementaux.

Grant Hunter, ministre de l'Environnement et des Zones protégées de l’Alberta, explique que la province a opté pour une définition plus large parce qu’elle considère que celle que le gouvernement fédéral a adoptée est étroite et ne reflète pas la réalité dans son ensemble.

L'Alberta adopte une approche différente [qui] inclut toutes les terres publiques et réglementées, dont celles protégées contre le développement.

À contre-courant du plan national pour la nature

Cette décision survient au moment où le Canada, aux côtés de 195 autres pays, a annoncé son intention de protéger 30 % des terres, des océans et des eaux douces, soit 1,6 million de kilomètres carrés supplémentaires de son territoire.

Cet objectif s’inscrit dans le cadre de la Stratégie pour la nature 2030, également connue sous le nom de 30 x 30, pour laquelle Ottawa a annoncé un investissement de 3,8 milliards de dollars provenant de fonds fédéraux et d’argent du secteur privé.

Selon la définition du fédéral, les zones protégées se limitent à celles qui accordent la priorité à la conservation. Il s’agit, notamment, des parcs nationaux et provinciaux, des zones fauniques ainsi que des espaces naturels protégés et contrôlés par les Autochtones.

À travers l’élargissement de la définition des terres protégées, l’Alberta viserait à court-circuiter Ottawa afin de pouvoir rejeter la stratégie nationale pour la nature.

Une vue aérienne d'un lac et de forêts.

Selon la définition du gouvernement du Canada, les zones protégées se limitent à celles qui accordent la priorité à la conservation. (Photo d'archives)

Photo : Seal River Watershed Alliance

Une affirmation fallacieuse

Kecia Kerr, directrice générale de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) pour le Nord de l'Alberta, considère l'affirmation de la province selon laquelle elle aurait déjà atteint l'objectif 30 x 30 à la fois comme préoccupante et fallacieuse.

De plus, selon la SNAP, contrairement au chiffre de 60 % avancé par Grant Hunter, ce sont plutôt 15 % des terres de l’Alberta qui sont officiellement classées comme protégées.

Cliff Wallis, un biologiste professionnel agréé, note également que le fait de définir les terres publiques comme protégées ne reflète pas la réalité sur le terrain.

Si l’on se contente de dire que "c’est protégé", mais que, en même temps, l’on autorise de nouveaux projets d’exploitation de l’hélium, du pétrole et du gaz ou encore l’exploitation forestière, cela n’a aucun sens.

Par ailleurs, selon Cliff Wallis, à l'époque de l'ancien premier ministre Peter Lougheed, le dialogue entre les scientifiques et le gouvernement albertain était ouvert. Il estime que le gouvernement actuel fait preuve de dérive, de manque de leadership et d’hostilité pure et simple envers la conservation traditionnelle.

Justina Ray, scientifique principale de la Wildlife Conservation Society Canada, estime pour sa part que, pendant que les politiciens polémiquent sur les définitions, le véritable baromètre du succès de la conservation réside dans les espèces et les écosystèmes.

À cet égard, il y a des signaux d'alarme pour les oiseaux des prairies dont les populations sont en déclin, pour les amphibiens et les reptiles tandis que les caribous tentent tant bien que mal de s'accrocher à la vie, note-t-elle.

Elle souligne que la population de ces cervidés a souffert de l'effet cumulatif des lignes sismiques qui provoquent la déforestation.

Même si l’Alberta regorge de sites naturels magnifiques, on observe encore des signes de pressions importantes, et la biodiversité elle-même en pâtit.

Des branches couchées sur un tas de terre dans la forêt le 24 octobre 2022.

La Société pour la nature et les parcs du Canada affirme que la solidité économique du Canada dépend aussi de la protection de la nature. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / François Joly

Protéger la nature au nom de l'avenir

Par ailleurs, selon la SNAP, de la protection de la nature dépendent aussi la solidité de l’économie du Canada et l’avenir du pays : « Investir dans la protection de la nature, c’est aussi investir dans les personnes et les communautés. »

En 2023-2024, les aires protégées et de conservation ont généré 10,9 milliards de dollars de PIB et [ont] soutenu 150 000 emplois. Avec des investissements stables, ces retombées ne feront que croître.

Nous avons tous besoin de la nature d'une manière ou d'une autre, souligne Justina Ray. Il serait donc judicieux de réfléchir à la manière de la préserver tout en poursuivant nos autres aspirations.

Avec des informations de Maggie Kirk

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