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L’affaire Emmanuel Leubou dure depuis plus de sept ans et ne ressemble à aucune autre au Tribunal criminel spécial selon une enquête exclusive du magazine Jeune Afrique. Dénonciateur d’une fraude estimée à près de 5,5 milliards de FCFA par mois au sein du ministère des Finances, cet informaticien se retrouve en détention depuis mai 2018, pendant que la principale mise en cause a comparu libre durant toute la procédure. Près de dix mois après la fin des auditions, le parquet n’a toujours pas rendu ses réquisitions.
Un informaticien qui a voulu stopper une fraude et s’est retrouvé accusé
L’histoire commence en 2015. Nommé à la tête de la cellule informatique de la Direction des dépenses du personnel et des pensions, la DDPP, Emmanuel Leubou détecte rapidement des anomalies. Des remboursements d’avances sur salaires et pensions, dus à l’État par ses propres agents, disparaissent du système de paiement sans laisser de trace officielle. Le préjudice mensuel tourne autour de 5,5 milliards de FCFA.
Il alerte le ministre des Finances de l’époque, Alamine Ousmane Mey, qui lui donne carte blanche. Les investigations pointent vers une seule personne : Leufang Célestina Nkeng, inspectrice du Trésor et cheffe du service des oppositions, dont le matricule est utilisé pour lever les restrictions sur les comptes des agents endettés. Leubou bloque ses identifiants. Le payeur général du Trésor les rétablit. La fraude reprend. Nouveau blocage. Bras de fer. Et finalement, transmission du dossier à la justice.
Mais quand Louis Paul Motaze prend les commandes du ministère des Finances, le vent tourne. Le 2 mai 2018, convoqué pour une confrontation avec Leufang Célestina Nkeng, Emmanuel Leubou repart menotté. De lanceur d’alerte, il devient prévenu, inculpé d’avoir lui-même piraté les accès pour détourner les fonds.
Pourtant, les documents versés au dossier montrent que les manipulations frauduleuses existaient avant même sa prise de fonctions. Les mêmes paramètres de connexion, ceux de Leufang, apparaissent dans les logs antérieurs à son arrivée. L’enquête interne du ministère l’avait d’ailleurs établi à l’époque.
Une affaire qui touche des intouchables
Leufang Célestina Nkeng n’est pas n’importe qui.
Proche de Sarah Limunga Itambi, épouse de Jean-Pierre Amougou Belinga, actuellement incarcéré dans l’affaire Martinez Zogo, elle gravite selon plusieurs sources dans des cercles liés à Laurent Esso, ministre de la Justice, et à Louis Paul Motaze. Ce réseau de proximités rend l’affaire explosive, et explique sans doute pourquoi l’avocat général du TCS accumule les reports sans avancer vers un délibéré nous rapporte Jeune Afrique.
C’est un dossier que personne ne veut trancher.
La campagne de désinformation orchestrée autour de cette affaire, relayant des chiffres farfelus comme 400 milliards détournés ou 2 601 salaires perçus, ressurgit à chaque audience. Les auteurs n’ont jamais été identifiés. Mais le timing est rarement innocent.
Pendant ce temps, Emmanuel Leubou attend. Sept ans de détention provisoire pour avoir bloqué un matricule frauduleux. On ne sait pas encore quand le parquet daignera déposer ses réquisitions, ni si la justice osera aller jusqu’au bout.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.


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