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L’affaire du policier de Carcassonne met le RN en difficulté avec sa défense qui ne résiste pas aux faits

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Politique 10/09/2026 14:37 Actualisé le 10/09/2026 17:43

Pour détourner l’attention, le parti lepéniste a cherché à imposer son propre récit, qui a du mal à résister à l’analyse de la situation. Explications.

EN BREF Un policier de Carcassonne, alors membre du RN, a été filmé tenant des propos racistes et misogynes, provoquant un scandale national.
Le RN tente de minimiser l’affaire et de détourner l’attention en blâmant la municipalité précédente.
Le parti d’extrême droite tente aussi de faire croire que ce genre de cas est isolé.

Pour bien comprendre, il est nécessaire de prendre les choses dans l’ordre. Tout commence mardi 8 septembre au soir. Sur son site, le quotidien régional Midi Libre sort une petite bombe : le contenu d’une vidéo montrant un policier municipal de Carcassonne proférer des horreurs racistes, misogynes, complotistes et séditieuses pendant de longues minutes.

Le mis en cause n’est pas que policier : il est aussi membre du Rassemblement national, bénévole au sein de son service d’ordre et proche de Christophe Barthès, le maire RN de la cité médiévale. Comme l’exige la déontologie journalistique, l’édile est sollicité par le journal occitan. Il refuse de commenter (ce qui a son importance pour la suite). Le lendemain matin, mercredi, l’affaire fait le tour des médias nationaux et la polémique explose à la figure des cadres du RN.

La majorité de la classe politique exprime son effroi et dénonce le racisme qui continue d’exister au sein du parti lepéniste malgré la « dédiabolisation » revendiquée. Face à l’ampleur du scandale qui commence à monter, la mairie de Carcassonne réagit une première fois à travers un communiqué alambiqué diffusé à 10h16 sur X. La municipalité met en avant des éléments n’ayant que peu à voir avec le fond de l’affaire, comme le fait que la caméra du policier en question a été dérobée. Surtout, elle insiste sur un fait qui n’est nullement nié dans l’article de Midi Libre : les faits se sont déroulés avant la victoire du RN dans la ville.

La panique du RN

Dans la foulée, le RN confirme au HuffPost que l’individu a été « immédiatement suspendu de ses fonctions bénévoles au service d’ordre du parti » et qu’une procédure d’exclusion a été enclenchée en parallèle. À partir de là, la formation lepéniste tente d’imprimer un autre récit, consistant à charger la municipalité précédente (en y ajoutant un soupçon de complotisme) et à minorer ses liens avec le policier mis en cause. Tout comme sa proximité avec Christophe Barthès.

Après tout, après un arrêt maladie à la suite des remous provoqués par la circulation de cette vidéo en interne et le lancement d’une enquête administrative, l’intéressé a été réintégré durant l’entre-deux tours des municipales, donc avant la victoire du candidat RN. « C’est le maire centriste qui a fait revenir le policier “en toute connaissance de cause” de cette vidéo raciste », soutient le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy, omettant de préciser que les conclusions de l’enquête administrative ont été rendues le 19 mai. Soit après l’installation de Christophe Barthès à l’Hôtel de Ville.

Il faut voir le député de l’Yonne, Julien Odoul, pédaler dans la semoule mercredi soir au moment où une journaliste de BFMTV lui rappelle cet élément qui détruit son argumentation.

D’autant qu’il y a plus gênant à ce sujet. Outre le fait que le policier assurait la sécurité de Jordan Bardella pendant son arrêt maladie résultant de cette histoire, L’Indépendant rapporte une précision qui taille en pièces la version du RN : « à la suite de l’enquête administrative, un rapport a été remis au maire après son élection, ainsi qu’à son adjointe chargée des ressources humaines, Nathalie Flamant, qui n’hésitait pas à faire savoir que [le policier] est “son frère de cœur”, confirment plusieurs sources ».

La fable de la « brebis galeuse »

Il est par ailleurs audacieux de vouloir faire avaler que l’actuel maire n’a que peu de choses à voir avec cet ancien parachutiste : le 28 mai, Christophe Barthès apparaît à ses côtés dans un coup de com’ visant à ridiculiser la CGT. Le policier, en uniforme, assiste à cette mise en scène, par ailleurs très éloignée des missions habituelles d’une police municipale. En outre, il a fallu la révélation publique des propos choquants pour que des sanctions soient prises, par la ville ou le RN. Ce qui n’empêche pas la formation d’extrême droite de se féliciter de sa sévérité. Les « gens qui n’ont rien à faire chez nous » sont « systématiquement mis dehors », a fait valoir Louis Aliot, le numéro 2 du parti, sur franceinfo ce jeudi 10 septembre.

Selon lui, le parti à la flamme tricolore n’attire pas plus les racistes que les autres. « Vous ne pouvez pas sonder ce que pensent les gens, pas plus au RN qu’au Parti socialiste ou au Parti communiste », a-t-il ajouté, alors que la logorrhée raciste et violente de ce militant était aussi accessible en ligne, comme l’a montré Mediapart.

Or, à en croire Louis Aliot, le racisme existerait de manière équivalente dans tous les partis politiques. C’est pourtant bien et uniquement le RN qui a (encore) envoyé une cohorte candidats épinglés pour leurs propos aux élections municipales. Dans la dernière droite, le parti d’extrême droite avait même dû désinvestir en catastrophe trois têtes de listes à Belfort, Dunkerque et Carpentras. Ce que l’on avait (déjà) observé, et dans des proportions bien plus éloquentes, lors des législatives de 2024, casquette nazie en prime. À chaque fois, la réponse est la même : un « cas isolé » non significatif et immédiatement sanctionnée par le parti. Or, force est de constater que les « brebis galeuses » sont encore nombreuses à paître en terres lepénistes. Et, qu’à force, tout ceci ressemble davantage à un troupeau.

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