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Life 10/09/2026 17:50
INTERVIEW
S’il domine le classement des prénoms depuis dix ans, le prénom Gabriel est en réalité attribué à une infime minorité de nouveau-nés, nous explique le sociologue Baptiste Coulmont.

di4kadi4kova / Getty Images
Avec 4 650 naissances sur 645 000 comptabilisées il y a deux ans, le prénom Gabriel n’a été attribué qu’à 0,72 % des enfants nés en 2025.
Un règne presque sans partage depuis dix ans. Mais est-il voué à se prolonger ? Avec 4 650 naissances enregistrées en 2025, le prénom Gabriel reste aujourd’hui le prénom préféré des futurs parents de garçons.
Cette suprématie n’est pas nouvelle. Chaque année depuis 2016 - à l’exception de 2020, où il a brièvement laissé la première place du podium à Léo - a été le prénom masculin le plus donné. Et il devrait encore l’être en 2027, si l’on se réfère à la projection faite par Stéphanie Rapoport dans L’Officiel des prénoms 2027, qui paraît ce jeudi aux éditions First. Se basant sur les données de l’Insee pour établir une projection des tendances pour l’année à venir, l’autrice anticipe que Gabriel restera, encore l’an prochain, le prénom le plus attribué aux petits garçons dans les maternités.
Comment expliquer le succès de ce prénom considéré comme classique ? Nous avons posé la question à Baptiste Coulmont, professeur de sociologie à l’École normale supérieure Paris-Saclay et auteur de Sociologie des prénoms (3e éd., La Découverte, 2022).
Le HuffPost. Gabriel est pour la dixième année le prénom masculin le plus donné. Comment l’expliquer ?
Baptiste Coulmont. Même s’il semble important, le règne de Gabriel est à relativiser. En France, environ 700 000 naissances sont enregistrées chaque année, dont la moitié de petits garçons. Or, le prénom Gabriel est donné à moins de 1 % des garçons chaque année depuis dix ans. C’est donc une fausse impression qu’il y a beaucoup de petits Gabriel qui naissent chaque année. Même avec près de 50 000 naissances enregistrées ces dix dernières années, leur proportion est infime.
Certes, il y a une certaine stabilité du prénom dans le temps. Mais si l’on regarde dans le détail, seules quelques centaines de naissances séparent les prénoms situés en première et en sixième ou septième position du top 10.
Cela est dû à la multiplication de l’offre de prénoms. Depuis 1993, Il n’existe plus de restriction dans le choix des prénoms, ce qui signifie que les parents peuvent choisir des prénoms inédits ou faire des variations orthographiques. Il faut également prendre en compte la diversification de la population française, avec l’apparition de prénoms d’origines variées, ce qui était moins le cas, par exemple, dans les années 50. Enfin, le prénom a changé de fonction : il n’est plus seulement un marqueur familial, mais aussi social et culturel, ce qui crée une pression à le rendre plus identifiant.
La longévité du prénom Gabriel est-elle vraiment exceptionnelle ?
Des stabilités longues arrivent régulièrement. Si vous m’aviez interrogé il y a quelques années, je vous aurais parlé d’Emma, qui a longtemps été le prénom féminin le plus donné en France. Du côté des garçons, le prénom Lucas a aussi régné pendant près de dix ans. D’autres prénoms, comme Julien, Kevin, Thomas, ont connu un pic de popularité pendant 7 ou 8 ans, même chose pour Léa.
Il n’y a donc pas de raison profonde au fait que Gabriel occupe la première place du classement. Il est perçu comme un prénom classique et intemporel, alors que l’évolution statistique montre qu’il n’a pas été donné de manière intense durant le siècle dernier. Il revêt donc une certaine nouveauté, sans être non plus étranger, du fait de son origine religieuse. Son autre atout est de s’accorder avec d’autres prénoms masculins, comme Raphaël ou Maël, ce qui l’ancre dans une tendance plus large.
Pourquoi les parents plébiscitent-ils tant le prénom Gabriel ?
Que des parents ne soient pas les seuls à aimer un prénom, c’est en partie lié au fait qu’ils vivent dans le même monde et qu’ils ont vécu les mêmes expériences. Ils ont appris à aimer le prénom Gabriel et à détester celui de Kevin, par exemple.
Mais il existe aussi un certain seuil, assez bas, au-delà duquel ils considèrent qu’un prénom est trop donné. Il doit être entendu pour qu’on l’envisage comme prénom potentiel, mais dès qu’on l’entend trop autour de soi, on le met de côté. Les parents le disent : ils ne veulent pas que leur enfant partage le même prénom que d’autres camarades de classe, ou qu’il ait été choisi au sein de leur entourage proche. C’est quand même une pression immense à la variété, qui n’existait pas il y a encore cinquante ans.
Peut-on s’attendre à ce que Gabriel cède sa place à un autre prénom, plus en vogue, ces prochaines années ?
C’est inévitable, car les parents l’auront trop entendu. Après dix ans de règne, va venir le moment où Gabriel ne sera plus un prénom qu’on donne aux bébés, mais que l’on retrouvera chez les enfants plus grands, les collégiens, puis les jeunes adultes. Il sera alors passé de mode.


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