Cet homme-là est un brin nostalgique. Non pas d’une époque (une large partie du XXe siècle) mais de la façon dont l’actualité de celle-ci était rapportée. Le bel âge, note-t-il, de la presse écrite, ce temps où tout le monde portait un journal sous le bras, le lisait dans le bus, le tramway, le métro ou l’avion, où il était en vente partout, au kiosque des grands boulevards, au bar-tabac PMU du coin, à l’épicerie du village. Où il était aussi livré à domicile, à l’heure du petit-déjeuner. A en croire Guillaume Pinson, professeur d’histoire des médias à l’Université de Laval (Québec), tout cela est bien fini. «Cette chose que l’on devait imprimer, livrer, déplier et qui nous tachait les doigts a à peu près complètement disparu», résume-t-il. Il vient de publier L’Adieu au journal, un essai teinté de mélancolie mais lucide et fataliste.
Une page se tourne. L’ère est numérique et désormais on navigue, on fait défiler du contenu, on scrolle, compulsivement souvent. Mais au fond, rassure l’auteur, il y a des similitudes. On trouvait jadis des lecteurs et lectrices le nez plongé dans leur journal comme on voit aujourd’hui partout des visages collés à un téléphone portable. Il cite: «Avidement penchés sur le papier déplié, ils dévorent les nouvelles. Mais pas un ne parle. On n’oserait plus échanger une impression avec un voisin.» Mais avec le journal, il y avait deux temps, celui de la lecture et celui de l’attente avant la parution suivante. Le citoyen lambda pouvait alors réfléchir, imaginer les conséquences des nouvelles pour lui et le monde. Le présent n’existait pas contrairement à aujourd’hui où l’envie de savoir tout de suite peut être satisfaite, quelle que soit la source d’information. «Le désir du futur a été remplacé par une saturation du présent», avance Guillaume Pinson.


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