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La défense au procès de Kristoffer Nippak a commencé mercredi à présenter ses arguments finaux en affirmant que son client ne cache pas le fait qu’il est « un nationaliste blanc, qui obéit aux lois ». L’Ontarien de 28 ans est accusé d’avoir participé à une activité terroriste de l’ancienne Division Atomwaffen relativement à des faits, qui se seraient produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022.
Le procès a montré que Kristoffer Nippak appartient à Active Club Canada, un club d’arts martiaux qui est légitime puisqu’il n’apparaît pas sur la liste des organisations terroristes au Canada.
Ottawa s’est néanmoins inquiété dans un récent rapport que ces clubs d’entraînement représentent un risque de violence extrême contre la sécurité publique.

Les enquêteurs ont fourni cette photo du groupe Active Club Canada dont les membres ont le visage flouté. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Gendarmerie royale du Canada
La défense a en outre déjà indiqué lors des audiences que le groupe Active Club Canada attire des hommes qui s’intéressent à la forme physique, au combat et au survivalisme.
La Couronne allègue néanmoins que des membres de la Division Atomwaffen ont créé le groupe Active Club Canada, lorsque le gouvernement fédéral a classé l’organisation comme étant une entité terroriste en 2021.
La difficulté qui lui incombe consiste à établir que la Division Atomwaffen opérait comme un groupe terroriste lorsque Kristoffer Nippak en était un membre présumé dès 2018.
La Couronne doit aussi prouver que le suspect masqué qui apparaît dans de nombreuses vidéos de propagande est l’accusé pour montrer qu’il a participé à une activité terroriste à Saint-Ferdinand, au Québec, en 2018 et 2019.
Les infirmations de la défense
D’entrée de jeu, l’avocat de l’accusé, Carlos Rippell, concède que son client est un nationaliste qui adhère à un club exclusif réservé à des hommes blancs et qu’il s’est toujours comporté dans le respect des lois.
Me Rippell admet que son client a bien une arme légale et qu’elle est entreposée en sécurité conformément à la loi.
Il décoche au passage une flèche à l’endroit de ceux qui avancent que tous les nationalistes blancs armés sont probablement tous des terroristes.
Il n’existe en outre aucune preuve, selon lui, que l’Active Club Canada est la Division Atomwaffen sous une nouvelle identité, bien qu’il reconnaisse que les deux organisations présentent des similitudes.
Le fait que mon client est un nationaliste blanc est la seule chose que la police ait réussi à prouver en fouillant dans ses appareils électroniques, déclare l’avocat.
Me Rippell tourne en dérision l’idée selon laquelle tout nationaliste blanc doit savoir en toute connaissance de cause qu’il participe à des activités terroristes.

Un membre de la Division Atomwaffen photographié à côté d’une photo d’Adolf Hitler dans une forêt près de Saint-Ferdinand en 2019 au Québec. La Couronne croit qu’il s’agit de Kristoffer Nippak à cause du poignard, du pendentif et du chandail molletonné à capuchon retrouvés chez lui. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
L’avocat assure que son client n’est pas un terroriste, qu’il n’a jamais affiché une affection particulière aux idées subversives et qu’il n’approuve aucunement le terrorisme.
Il ajoute que son client n’a participé à aucune activité terroriste à Saint-Ferdinand, même s’il était prouvé qu’il était présent au Québec lorsque des vidéos de propagande ont été réalisés pour le compte de la Division Atomwaffen.
Me Rippell souligne que la Couronne n’a pas prouvé de toute façon que ces scènes qui montrent des individus en tenue de camouflage aient été tournées pour le compte de la Division Atomwaffen en juillet 2019.
La Division Atomwaffen a été identifiée seulement lors du tournage de scènes supplémentaires en septembre 2019, précise-t-il.

Un membre de la Division Atomwaffen pris en photo durant l’été 2019 dans une forêt dont l’endroit n’a pas été nommé. La Couronne pense qu’il s’agit de Kristoffer Nippak. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Il accuse la Couronne de tirer des conclusions à partir de simples déductions entre les faits qu’elle reproche à son client et les pièces à conviction qui ont été retrouvées à son domicile à son arrestation en 2023.
À ce sujet, Me Rippell affirme que la possession de livres, comme Mein Kampf, ou d’objets faisant l’apologie de l’idéologie nazie n’a rien d’illégal.
Ces objets ne devraient de toute façon être utilisés que pour contre-vérifier l’identité de mon client et non pas sa participation présumée à une activité terroriste, précise-t-il.
L’avocat reproche aussi à la Couronne d’avoir bâti toute sa théorie sur des preuves circonstancielles ou des faits liés au mauvais caractère ou à la mauvaise conduite de son client.

Trois membres de la Division Atomwaffen devant un sanctuaire nazi, dans une forêt non identifiée, avec de la littérature d’extrême droite. La Couronne soupçonne que l’un d’eux est Kristoffer Nippak. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Ce n’est pas parce que mon client voyage souvent à l’étranger que cela en fait l’un des leaders du groupe Active Club Canada, mentionne-t-il.
Me Rippell ajoute en outre que la Couronne s’appuie presque essentiellement sur le témoignage de son témoin à charge, Matthew Kriner, un expert américain en mouvements d’extrême droite.
Le professeur Kriner avait notamment expliqué que le groupe Active Club Canada est une association terroriste, mais déguisée sous les traits d’un club d’arts martiaux réservés aux hommes blancs.
Une association « innocente »
La défense a mis la faute que Matthew Althorpe, le chef avéré d’Atomwaffen, qui a récemment été condamné à 20 ans de prison pour son association à la Division Attomwaffen après avoir plaidé coupable d’accusations de nature terroriste.
M. Althorpe avait été arrêté en même temps que Nippak, mais Me Rippell affirme que l’association de son client au chef de la Division Atomwaffen était innocente.
Les hypothèses de la Couronne dépassent largement ce que les pièces à conviction peuvent corroborer au sujet de la participation de mon client à une activité terroriste, déclare-t-il.

Matthew Althorpe a plaidé coupable, le 9 octobre 2025, de trois accusations de nature terroriste pour des faits qui se sont produits en Ontario et au Québec de 2018 à 2022. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
L’avocat rappelle que c’est Matthew Althorpe qui a publié un manifeste prônant l’élimination de certains groupes de la société.
Avant l’ajournement de l’audience, la défense a enfin déclaré que la Couronne n’avait pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable que l’individu que l’on aperçoit ou que l’on entend dans la vidéo de propagande Fission de la Division Atomwaffen est bien Kristoffer Nippak.
Me Rippell rappelle la déclaration commune des faits selon laquelle un analyste de la GRC en données vocales n’a pu identifier avec certitude la voix de Kristoffer Nippak comme étant celle du narrateur.
On s’attend à ce que la défense mette fin à ses arguments finaux jeudi.
Kristoffer Nippak a été libéré sous caution après son arrestation. Il porte un bracelet électronique à la cheville et il s’était finalement rasé mercredi après s’être laissé pousser la barbe depuis le début de son procès.


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