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Koshiro Takeushi remporte « Violon 2026 »

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Le violoniste japonais de 21 ans Koshiro Takeuchi a été sacré lauréat du Concours musical international de Montréal, au terme d’une grande finale largement dominée, comme la veille, par sa compatriote Sara Watanabe, qui finit deuxième.

Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. En matière de ressort comique, l’édition 2026 du Concours musical international de Montréal aura décidément considéré qu’il fallait faire durer les choses.

Après la sélection des finalistes, mercredi, le gag de jeudi fut le choix du lauréat. Koshiro Takeuchi et Sara Watanabe sont deux excellents violonistes, mais il suffit de quelques mesures pour se rendre compte d’évidence de la supériorité de Sara Watanabe sur tous les plans : la présence sonore saisit immédiatement ; la corde de sol est présente, chaleureuse et nourrie ; les phrasés font sens constamment ; la musicalité est impérieuse et impériale.

La grande Watanabe

Sara Watanabe, qui s’est heureusement vu décerner le Prix Mozart (en consolation la Turque Bade Dastan a eu le Prix du public), a, en plus, pris un risque immense en choisissant le 2e Concerto de Bartók. L’œuvre est quasiment impossible à mettre en place dans le peu de temps de préparation imparti. Elle est difficile pour tout le monde et l’OSM ne l’avait pas jouée depuis un bon moment. Chapeau à l’orchestre et au chef Sascha Goetzel d’avoir fait tenir tout cela.

Il est vrai que Watanabe dégageait une telle sérénité que c’en était étonnant. C’est assez rageant de se souvenir que le modeste pianiste Fejervari a gagné jadis le 1er Prix pour son choix original et audacieux du 3e Concerto pour piano de Bartók, qu’il avait pourtant joué plus que banalement, alors que Watanabe échoue avec le 2e Concerto pour violon qu’elle a exécuté à merveille, avec assurance et panache, rendant notamment justice aux oppositions de climat (risoluto / calmo) et aux écarts dynamiques. On se demandait comment le 1er Prix pourrait lui échapper. Eh bien, le 1er Prix lui a échappé !

Les deux autres candidats ont été exactement à l’image de ce qu’on avait entendu et anticipé la veille, avec une amélioration pour Takeuchi, paniqué par Mozart et plus libre dans Tchaïkovski. Le jeune homme est très facile à décoder : c’est le premier de classe et il a fini premier de cette classe, aussi.

Il y a, comme dans Mozart, ici et là ce tic des phrases qui culminent sans culminer, un peu comme si au moment de manger un gâteau on le remettait dans sa boîte au frigo. Le « nerd » Takeuchi a une superlative technique d’archet, qui lui permet de jouer super vite quand il a envie. Ce qu’il en fait est cependant inoffensif et sans relief. La corde de sol est fade, il n’y a pas de corps, de matière, de densité harmonique. C’est une musique sautillante, techniquement accomplie mais sans intérêt.

Le Prix Robert-Trempe

Quant à Laurel Gagnon, on rappellera que son Mozart était grevé de toutes les limites que nous avons décrites la veille, mais il s’est trouvé un jury pour se dire « on a envie d’entendre ça dans Brahms ». Et croyez-nous, ils l’ont entendu !

L’édifice a commencé à vaciller quand Gagnon a manqué les mesures 159 et 160 du 1er mouvement. Ensuite on a eu la suite aléatoire d’approximations d’intonation qu’on redoutait, tant dans la suite du 1er mouvement, dans les aigus du second et dans le Finale (mesures 97, 163, 237 / 238, etc.). Pour le coup, le jury n’a pu faire autrement que de classer cette candidate en 3e place. Il n’empêche : nous avons été privés de Dastan ou Zhang en finale, sans revenir à d’autres antérieurement.

À propos de retour en arrière, nous avons été ravis de revoir, jeudi soir à la pause, quelques membres du « Jury de la relève », des étudiants en violon de diverses institutions de Montréal et Toronto que nous avions rencontrés le 28 mai dernier pour échanger sur le jugement et la critique.

À l’issue du premier tour ce jury décernait le Prix Robert-Trempe. Nous avions recommandé à ces jeunes de prêter attention à la personnalité musicale des candidats. Leur choix s’est porté sur la Nééerlandaise Charlotte Spruit, éliminée par le jury « régulier » au premier tour. Nous avons exprimé hier à ces jeunes musiciens toute notre sincère admiration pour le courage et la clairvoyance de ce choix judicieux. Charlotte Spruit était l’un des rares vrais « personnages » de ce concours (avec, on l’a dit, Michael Germer).

Ce Prix Robert-Trempe, le plus modeste en dotation, est, avec le Prix du public et le Prix Mozart celui qui fait le plus honneur à cette étrange édition « Violon 2026 ».

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