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Trente-deux plaintes sont recensées, mais sur CNews le débat bifurque soudain vers la supposée malveillance des femmes.
Julien Odoul à propos de l’affaire Patrick Bruel aujourd’hui : « je suis frappé de voir que pour certains la femme est toujours une victime, la femme ne peut jamais être malveillante, la femme ne peut jamais être une manipulatrice »#RN #Odoul #Bruel pic.twitter.com/gxe54ZOvGU
— Pierre (@stonellyon) August 27, 2026
Le député RN Julien Odoul a choisi une façon pour le moins singulière d’aborder l’affaire Patrick Bruel. Invité sur CNews dans « 100% Frontières » le 27 août 2026, il déclare : « Je suis frappé de voir que pour certains la femme est toujours une victime, la femme ne peut jamais être malveillante, la femme ne peut jamais être une manipulatrice. » Rappeler qu’une accusation ne vaut pas condamnation est une évidence. Mais au moment où plusieurs dizaines de femmes ont témoigné et où les procédures judiciaires s’accumulent contre le chanteur, faire surgir la figure de « la femme manipulatrice » demande tout de même un certain sens du timing.
Car Patrick Bruel n’est pas confronté à une accusation isolée apparue la veille sur les réseaux sociaux. Au 24 août, 32 plaintes étaient recensées et le chanteur avait été mis en examen dans quatre dossiers. Des témoignages concernant des faits présumés commis sur plusieurs décennies ont également été recueillis par différents médias. Voilà pour le cadre. On peut maintenant revenir tranquillement à la grande urgence du jour selon Julien Odoul : ne surtout pas oublier qu’une femme peut être méchante.
Des dizaines de récits, mais parlons donc des femmes manipulatrices
L’affaire a pris une autre dimension au printemps 2026. Des femmes qui ne se connaissent pas ont raconté des faits situés dans des contextes et à des périodes très différentes : festivals, loges, rendez-vous professionnels, tournées, domiciles privés ou cabines de massage. Certaines accusations remontent aux années 1990, d’autres sont beaucoup plus récentes.
La question n’est évidemment pas de décréter Patrick Bruel coupable devant un écran de télévision. Mais elle n’oblige pas davantage à faire disparaître l’ampleur factuelle de ce qui est aujourd’hui examiné par la justice.
C’est précisément ce qui rend la phrase de Julien Odoul si particulière. Face à trente-deux plaintes recensées et à plusieurs dizaines de témoignages, son réflexe consiste à rappeler que « la femme ne peut jamais être malveillante » et « ne peut jamais être une manipulatrice ». Personne n’a pourtant découvert en août 2026 qu’une femme était biologiquement incapable de mentir. Heureusement que CNews était là pour compléter les manuels de psychologie.
CNews a déjà connu le réflexe de protection avec Morandini
La séquence prend une autre dimension lorsqu’elle se déroule sur CNews. La chaîne sort à peine de l’affaire Jean-Marc Morandini, dans laquelle la situation judiciaire était pourtant beaucoup moins ambiguë : sa condamnation était devenue définitive lorsqu’il a finalement annoncé son retrait de l’antenne, après plusieurs semaines de polémique sur son maintien.
Dans ce dossier-là, il n’était même plus possible de brandir la présomption d’innocence : la justice avait terminé son travail. Pourtant, il avait fallu une crise interne, des prises de position politiques et une pression devenue difficilement soutenable pour que la situation change. Une expérience qui aurait pu rendre la chaîne particulièrement prudente lorsqu’il s’agit de donner l’impression que l’on cherche d’abord les arguments permettant d’atténuer une affaire impliquant une personnalité connue.
Le parallèle avec Morandini explique pourquoi ce genre de séquence attire immédiatement l’attention : lorsqu’une personnalité très exposée est mise en cause, CNews semble régulièrement trouver quelqu’un pour rappeler qu’il existe peut-être une autre façon de regarder le problème. À force, ce n’est plus un réflexe, c’est presque une rubrique.
Quand les femmes parlent, le problème devient soudain les femmes
Le procédé est assez pratique. Des femmes racontent des faits présumés pendant des mois ? On peut discuter de leur crédibilité. Elles deviennent nombreuses ? On peut rappeler qu’un groupe de personnes peut se tromper. Elles déposent plainte ? Une plainte n’est pas une condamnation. Les procédures s’accumulent ? Attention à l’emballement médiatique. Et lorsqu’il devient difficile de ne plus parler du nombre, il reste toujours l’hypothèse de la femme « malveillante » ou « manipulatrice ».
Flavie Flament a elle-même pris publiquement la parole au printemps en accusant Patrick Bruel de viol pour des faits qu’elle situe en 1991, lorsqu’elle avait 16 ans. L’animatrice a notamment affirmé que, dans le milieu, « tout le monde savait » et que Patrick Bruel était alors « intouchable ». Le chanteur conteste son récit et présente leur relation de l’époque comme non contrainte.
Après cela, Julien Odoul est parfaitement libre de s’inquiéter du risque de manipulation. Mais devant un dossier de cette ampleur, commencer par expliquer que les femmes peuvent être malveillantes revient un peu à arriver devant une maison entourée de camions de pompiers pour rappeler gravement que certaines alarmes incendie peuvent parfois se déclencher toutes seules. C’est vrai. C’est simplement une étrange priorité.


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