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Mélenchon. « Nous venons de vivre une journée mémorable. C’est-à-dire une journée qui restera dans nos mémoires par son caractère absolument hors du commun, au regard de ce que nous avons pu connaître jusqu’à ce jour en matière de mobilisation de la jeunesse », écrit Jean-Luc Mélenchon dans sa dernière note de blog, au lendemain de […]
Mélenchon. « Nous venons de vivre une journée mémorable. C’est-à-dire une journée qui restera dans nos mémoires par son caractère absolument hors du commun, au regard de ce que nous avons pu connaître jusqu’à ce jour en matière de mobilisation de la jeunesse », écrit Jean-Luc Mélenchon dans sa dernière note de blog, au lendemain de la journée de mobilisation historique de la jeunesse le 6 octobre 2026. À ses côtés, les organisations syndicales, professionnelles, des associations et les élus insoumis.
Ainsi hier, 90 % des universités du pays étaient bloquées, et 1 600 lycées mobilisés. La mobilisation se poursuit cette semaine. Une nouvelle journée de mobilisation se prépare pour demain, jeudi 8 octobre. L’Insoumission publie dans ses colonnes la dernière note de blog publiée par le tribun insoumis.
« Au total, c’est une situation sans aucun précédent : l’entrée dans une crise politique globale » – Jean-Luc Mélenchon
Nous venons de vivre une journée mémorable. C’est-à-dire une journée qui restera dans nos mémoires par son caractère absolument hors du commun, au regard de ce que nous avons pu connaître jusqu’à ce jour en matière de mobilisation de la jeunesse. Mais aussi, plus spécialement, de mobilisation sous l’ère de la macronie. Déjà, il y aura dans la mémoire collective de plusieurs générations de jeunes d’aujourd’hui, et pour toute une vie, le souvenir de ces journées qui font trembler le territoire politique et ses routines.
Il y a des décennies que l’on n’avait pas vu, comme cette fois-ci, les jeunes des lycées se mettre en mouvement, d’abord dans les quartiers populaires. Puis seulement après dans le reste des secteurs urbains. Autre nouveauté : d’abord la banlieue parisienne, puis l’ensemble du pays dans sa diversité géographique et sociale. Puis ce mouvement a été rejoint par celui des étudiants. Spontanément et immédiatement, il a été massif au point que, pour le 6 octobre, on a constaté 90 % de campus bloqués. Tout cela a déjà été au total, tout à fait extraordinaire par comparaison avec l’expérience des 40 dernières années.
Mais s’y est très rapidement ajoutée encore la magnifique mobilisation des confédérations syndicales de salariés. Et de l’ensemble des organisations syndicales d’enseignants. À ce moment-là, un seuil a été franchi.
Alors, on ne voyait que plus évidemment combien le pouvoir, déjà totalement pris par surprise, déjà incapable de formuler une stratégie de réponse qui permette le dialogue et de faire « atterrir » le mouvement et ses revendications, s’est retrouvé pris dans une impasse destructrice qu’il a lui-même laissé se constituer. Car il est enfermé désormais dans la conjonction du cycle des événements du mouvement et, de l’autre, dans le calendrier de la discussion budgétaire. Et comme si ce n’était pas déjà bien suffisant, il est à présent surplombé par la bienveillante et glaciale complaisance pour les violences policières du ministre de l’Intérieur. Mutilations, brutalités de toutes sortes, démonstrations de force écœurantes entre gaz lacrymogènes et charges à cheval, en voiture ou au pas de course, matraques au vent, sont désormais le seul visage visible du pouvoir et de la macronie.
Pour aller plus loin : « Le 6 octobre avec et en protection de la jeunesse » – L’analyse de Jean-Luc Mélenchon
Et du Palais arrivent d’absurdes provocations sous forme de coupes dans les budgets, imaginées dans un autre contexte. Tout cela laisse entrevoir une censure politique et sociale complète. Et, cette fois-ci, il est peu probable que le PS vienne au secours de la macronie comme il l’a déjà fait quinze fois dans un passé récent. Et de l’autre côté, comment et pourquoi le RN le tirerait-il de là ?
Au total, c’est une situation sans aucun précédent : l’entrée dans une crise politique globale. Mais si l’on veut y réfléchir, quoi de moins étonnant ? Au pays des gilets jaunes, des élections au résultat nié, des gouvernements bidons et des budgets tous passés en force, comment pouvait-on croire qu’il suffirait de se moquer du monde et de toute critique pour que cela passe ?
Nous, LFI avions compris cela dès le début du nouveau mandat législatif après la dissolution en nous positionnant pour la destitution de Macron. Dans les discussions entre nous, il était pour nous évident que la réplique au viol de la démocratie viendrait comme ce fut le cas après 2005 et le viol du non transformé en « oui » en 2008. Mais comment cela viendrait-il et quand ? Évidemment, personne ne le savait. Il fut décidé d’approfondir notre ancrage dans les secteurs qui penchaient déjà nettement de notre côté : jeunesse et quartiers populaires. Nous savions que là se trouve la puissance d’action antisystème. La réalité nous a confirmés.
Une activité contestataire et revendicative dans les entreprises s’observe aussi. Les salariés, pris à la gorge par la vie chère, les tarifs pétroliers confiscatoires, cherchent une issue concrète, une issue politique. L’affluence à nos réunions en atteste. Il est raisonnable d’envisager que cette onde se concrétise. La réaction populaire aux rires des patrons du MEDEF illustre un état d’esprit en miroir : celui de la lutte de classe dans une formulation finalement assez basique. Avec Patrick Martin et le MEDEF rieur, le choc risque d’être frontal et sans nuance.
Après avoir joué la musique de « c’est la faute à LFI », les commentateurs de plateaux ont remballé leur camelote en vitesse au vu des images de la journée du 6 octobre. Trop tard. Le refrain est dans les mémoires. Il agit pour centraliser LFI dans l’affection de la partie adverse, c’est-à-dire les jeunes. Mais il agit surtout pour rappeler la dose de mépris qu’il contient pour l’intelligence des jeunes ! À quoi s’ajoute la rancune contre cette tentative d’invisibilisation de leurs revendications dans une manœuvre bassement politicienne. Cette partie se joue dans son couloir. Elle est décisive. Désormais, existe une plateforme de revendications. Elle est chiffrée. Le gouvernement avait prévu un autre budget pour l’Éducation. Exactement à l’inverse. Ça va piquer. Alors, le calendrier des jeunes s’organise avec des rendez-vous de manifestations et de journées d’action. La protection syndicale et politique de gauche se maintient. Un cadre cohérent se met ainsi en place. L’adversaire gouvernemental peut perdre pied et devoir céder.
Une autre partie se joue, mais très importante pour la formation de l’esprit public même si elle est de moindre niveau. C’est l’identification du rôle de la police. Le président s’en est ému, nous dit Le Parisien : « Il a beaucoup gueulé ces derniers jours parce qu’il considère que la réponse policière était trop dure, sans empathie ». Cette fuite des propos du palais est organisée. Elle montre que l’alerte est arrivée au sommet de la pyramide. Et alors ? Pour six mois avant l’élection présidentielle, plus personne n’est fidèle à personne. Chacun joue son projet perso dans une équipe de gens de moins de 50 ans qui se préoccupe de la prochaine décennie. Une équipe qui n’en est plus une, faute de chef de guerre, faute de candidat confirmé, faute de projet commun, fût-il de court terme.
La police est loin. Hors de portée. Mais elle est la vitrine du pouvoir qu’il le veuille ou non. Celui de la honte et de l’indignation des gens décents. En si peu de temps, les pires comportements se sont vus et ont été officiellement confirmés. Les policiers provocateurs qui jettent des pierres sur leurs collègues et un procureur qui le confirme. Des policiers qui mutilent : dents, œil, mâchoire, main amputée. Un autre tripoteur de professeure. Un policier qui tire sur un lycée un mortier d’artifice. Un policier qui enfonce la tête d’un jeune dans l’eau et un procureur qui l’admet, mais trouve cela normal. Des policiers qui battent des jeunes dans les gardes à vue arbitraires et les violentent vicieusement. J’en passe ! Ils me donnent la nausée. Et avec ça, il y a ce que tout le monde a vu partout, à Paris et en province : quand il n’y a pas de police visible, tout se passe dans le calme. Quand la police arrive, ce sont tout de suite les charges et les gazages tous azimuts provoquant panique et courses de tout côté cavalcades. Au sens propre, avec même des charges à cheval. Les propos du ministre de l’Intérieur ont été à deux reprises absolument glaçants. La première fois en annonçant qu’il ne demandait aucune retenue dans la répression ni aucune limite dans l’usage des armements disponibles.
Puis sur France Inter, refusant toute parole de compassion pour les jeunes mutilés et leur famille sous les prétextes les plus fallacieux, dont il ne reste rien sinon son embarras. Oui : son embarras. Cet homme ne parle pas librement. Ses protestations de soutien aux « forces de sécurité intérieure » sonnent un peu bizarres. On dirait qu’il a peur. On dirait qu’il sait qu’il ne contrôle plus la troupe. Il sait, comme nombre de préfets, que les détachements de la BAC par exemple n’obéissent pas aux commissaires qui les reçoivent en renfort et n’hésitent pas à le déplorer à haute voix. Il sait que maints policiers, restés républicains, désapprouvent l’envoi de policiers provocateurs. Désapprouvent les charges « dans le tas » et le disent à haute voix aux élus. La réforme de la cave au grenier de ce corps de fonctionnaires est désormais une idée approuvée et saluée par beaucoup de monde, parmi lesquels maints policiers de tout grade. Dans ces jours que nous vivons, mûrissent les idées et l’adhésion au programme de rupture. L’osmose qui nous lie à notre milieu de lutte n’est pas une sympathie de simple circonstance.
Les Crayons de L’insoumission, par Le Fennec.

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