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«Je vis avec un fantôme»: au Japon, les maisons hantées attirent les chasseurs de bonnes affaires

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Dès l'instant où Ryua a franchi pour la première fois le seuil de son appartement à Tokyo, elle a senti qu'il était hanté. «Quand je suis venue visiter les lieux, il y avait un homme debout là, qui me fixait d'un regard perçant, raconte-t-elle. Comme l'agent immobilier ne le voyait pas, j'ai compris qu'il devait s'agir d'un fantôme.» Il en fallait toutefois bien davantage pour décourager la jeune femme, qui a signé son bail dès la fin de la visite.

Quatre ans plus tard, elle habite toujours dans ce studio et assure être confrontée chaque jour à des phénomènes paranormaux. Elle entend notamment les pas et la voix du fantôme qui hante son domicile. Au Japon, les esprits occupent une place importante dans les croyances populaires, bien au-delà de la seule période d'Halloween. Le pays possède un terme spécifique, yuurei, pour désigner un esprit errant et tourmenté. Selon les croyances japonaises, les fantômes des personnes décédées dans des circonstances particulièrement tragiques –meurtre, suicide ou mort solitaire– continueraient d'habiter les lieux où elles ont vécu.

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Une perspective qui effraie certains, mais qui fait le jeu des acheteurs et locataires peu superstitieux, ni impressionnés par le paranormal. À Tokyo, les bonnes affaires ne manquent pas. Les logements appelés jiko bukken, que l'on peut traduire par «biens ayant fait l'objet d'un incident», se négocient à des prix réduits. Conformément aux directives gouvernementales de 2021, les agents immobiliers sont tenus de signaler certains événements survenus dans les logements qu'ils proposent, notamment les suicides, les meurtres et les décès dont le corps n'a été découvert qu'après plusieurs jours. Pour les locations, cette obligation s'applique jusqu'à trois ans après les faits. Dans le cadre d'une vente, ce délai est illimité, rapporte la BBC.

Jackpot pour les locataires

Ryua a appris qu'un homme s'était suicidé dans son appartement. Une découverte qui a fait son beurre: le loyer de son studio de 25 mètres carrés situé dans un quartier branché de Tokyo a été réduit de 27%. Elle paie 45.000 yens (255 euros) par mois, contre 62.000 yens (350 euros) au tarif initial.

Les croyances paranormales impactent directement le marché de l'immobilier japonais. «Même un appartement situé à côté d'un cimetière sera difficile à louer, surtout si l'on peut voir les tombes depuis la cuisine, explique Erik Oskamp, agent immobilier dans la capitale. Le pire, c'est quand un suicide a eu lieu dans un appartement. Si quelqu'un se jette du toit, de nombreux locataires partiront.»

Mais certains y voient surtout une opportunité. Dans la campagne de Kagoshima, au sud-ouest du Japon, Diane Tincher a ainsi pu s'acheter une grande maison avec trois chambres, pour la moitié du montant initialement demandé. Cette Américaine de 79 ans vit depuis quarante ans au pays du Soleil-Levant. Lors de l'achat de sa villa, l'agent immobilier a fait preuve de franchise: une dame âgée y était décédée seule, ce qui a fait chuter la valeur du bien. «Je ne crois pas aux fantômes, mais je sais que les Japonais sont très superstitieux, souligne-t-elle. S'il y a un fantôme, je lui suis reconnaissante chaque jour de pouvoir vivre dans une maison aussi magnifique et abordable.»

Pour les curieux comme pour les chasseurs de bonnes affaires, il existe même un outil pour repérer ces logements. Les biens immobiliers jiko bukken sont répertoriés sur un site web appelé Oshimaland. Lancée en 2005, la plateforme fournit des informations sur les événements qui s'y sont déroulés. Il y a encore quelques années, ces habitations ne constituaient «pas une option très attrayante» selon le fondateur d'Oshimaland. Mais la flambée des prix de l'immobilier semble avoir rebattu les cartes. D'après une enquête menée en 2025, plus de la moitié des Japonais seraient désormais prêts à louer un jiko bukken si le loyer est bon marché. Et ce, malgré les esprits!

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