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Je suis anti-démocrate, anti-républicain, putschiste et je pars vivre en Argentine

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C’est le grand classique de mes commentaires. « Tu cognes, d’accord, mais toi, tu ferais quoi ? ». Pendant des mois, j’ai haussé les épaules. Quand la baraque brûle, on ne demande pas au mec qui crie au feu de dessiner les plans du futur pavillon. Sauf que la question revient trop souvent pour n’être qu’une énième pique de comptoir. Elle vient de lecteurs sincères, gonflés à bloc par les constats, qui veulent savoir où mène la route. Vous avez raison de la poser. Comme je me barre dans quelques jours, je vous réponds vertement, comptant et sans filtre. Avec la suite, qui va vous piquer les yeux.

Ça va être long. Les phrases courtes arrangent surtout ceux qui n’ont rien à dire.

Posons le décor, qu’il n’y ait aucun malentendu : Je suis anti-démocrate. Je suis anti-républicain. Je suis putschiste, point barre. Si vous attendez de moi un énième programme d’opposant en carton, avec du « bon sens » et des « consultations citoyennes », vous vous êtes trompé de chaîne. Ce régime n’est pas en panne d’idées. Il est mort. La seule question sérieuse, c’est de savoir ce qu’on met sur sa tombe. C’est pour ça que je n’ai jamais joué le jeu de la vieille droite de gestionnaires, celle qui promet de mieux tenir une maison dont elle n’a même plus les clés.

Parlons-en de l’urne, puisqu’on me la ressort à chaque débat. J’ai écrit L’Urne Vide, je connais la musique. Le 29 mai 2005, 54,67 % des Français disent non au traité européen, avec 70 % de participation. Le peuple parle : net, sans bavure. Février 2008 : le Parlement se réunit à Versailles, liquide le verdict en trois jours et ratifie le même texte sous un autre nom. Pas un char dans la rue, pas un uniforme. Juste des costards et des stylos. J’en ai tiré la seule conclusion logique : le bulletin de vote est un hochet. On vous le tend tous les cinq ans pour vous faire croire que vous êtes aux commandes pendant que les vrais patrons décident ailleurs. Réclamer plus de référendums, c’est réclamer de nouveaux barreaux pour la même cage.

Et le truquage n’est même pas le pire. Le ver est dans le fruit du système. Un régime où le pouvoir se gagne en séduisant les masses fabrique des professionnels de la séduction. Des marchands de vent. Des types dont la carrière entière repose sur l’art de parler pour ne rien dire. Des professionnels qui n’ont jamais tenu un outil, jamais managé une équipe de leurs mains, jamais payé une facture qu’ils n’aient pu refiler au contribuable. On vote pour l’un, on récolte l’autre. Deux emballages, même produit. Les programmes ne servent qu’à se faire élire, jamais à gouverner.

Alors, on met quoi à la place ? Une autorité. Le mot fait flipper les bien-pensants ? Tant mieux. Un pouvoir fort, identifiable, avec un nom, un visage et une responsabilité pénale et morale. Pas un comité Théodule, pas une majorité introuvable derrière laquelle tout le monde se planque. Un homme qui décide et qui répond de ses actes devant la nation et devant l’Histoire. Jugé sur ses résultats, pas sur sa com’. Quand une crue emporte un village ou qu’une frontière devient une passoire, on doit pouvoir pointer un coupable du doigt. Aujourd’hui, c’est le chef-d’œuvre absolu de ce régime : un pouvoir sans visage, donc une impunité totale.

Qui gouverne si on supprime les élections ? Ceux qui ont fait leurs preuves dans le monde réel. Le chef d’équipe qui sait ce que coûte une heure de retard. L’artisan qui tient depuis vingt ans sans subventions. Le paysan qui sait que la terre ne négocie pas. L’ingénieur qui bâtit, le toubib de campagne qui enchaîne les gardes, l’officier qui commande. Des gens triés par l’épreuve et la compétence, pas par le charme ou le réseautage des grandes écoles où l’on se coopte entre soi. Je préfère mille fois un mec qui sait bosser de ses dix doigts à un énarque brillant dont le seul exploit dans la vie est d’avoir réussi un concours.

Pour remplacer les partis, ces usines à carrières, je veux une représentation par le travail. Les corps de métier, les producteurs, ceux qui nourrissent, construisent, soignent et défendent. Chacun pose ses besoins et ses forces sur la table, et l’autorité arbitre au nom de l’intérêt national, pas pour flatter un électorat. Qui désigne cette autorité ? Ces mêmes corps de métier, qui la choisissent parmi leurs pairs et la virent le jour où elle déçoit. On a sali les vieux mots pour que personne n’ose y toucher. Pourtant l’idée est simple : un pays est une communauté de destin portée par ceux qui le font tourner, pas une foire aux bestiaux où l’on achète des voix.

Il faut ensuite reprendre les clés du camion. Une nation qui ne contrôle plus sa monnaie, ses frontières ni ses lois n’est plus une nation : c’est une succursale. Les vraies décisions se prennent à Bruxelles ou à Francfort par des technocrates anonymes, pendant qu’on amuse la galerie avec des élections pour savoir qui sera le gérant de la succursale. Il faut déchirer tous les traités signés dans notre dos. On ne négocie pas les horaires de promenade avec le maton.

Produire chez nous, d’abord. Pendant quarante ans, on a expliqué aux ouvriers que l’industrie était dépassée. Résultat : on est incapables de fabriquer nos médicaments, notre acier ou nos puces électroniques. En 2020, au premier coup de tabac, la France a découvert qu’elle ne savait même plus coudre un masque. Il faut un protectionnisme brutal et assumé. Qu’un pays puisse manger, se chauffer et se défendre sans demander la permission à ses voisins. Le consommateur paiera plus cher ? À court terme, oui. Mais le consommateur au chômage, il consomme quoi ?

La France des terroirs, ensuite. Je suis né dans le Cantal. J’y ai vu mourir la poste, la gare, puis le bistrot du village. Personne n’a voté pour ça. Il a suffi que des gratte-papiers mesurent une vallée à sa rentabilité comptable. J’ai fait comme les autres : Nice, Aix, Lyon, parce que le boulot était là-bas. Qu’un gamin du pays doive s’exiler pour survivre n’est pas une fatalité : c’est un abandon politique. Un pays tient debout par ses campagnes, pas par ses métropoles hors de prix. Il faut des services publics, des trains, des écoles, et de vraies incitations pour les artisans et les jeunes couples plutôt que de les laisser s’entasser en banlieue. Repeupler la France n’a rien de nostalgique. C’est du bon sens géographique.

Reste la communauté nationale. Je sais, le mot fait grincer les dents des habitués des salons. Mais un peuple, c’est un contrat. Priorité nationale pour l’emploi, le logement et les aides. Immigration verrouillée, assimilation au pas de charge pour ceux qui restent. Des familles qui osent faire des gosses parce qu’elles croient en l’avenir. Une école qui réapprend à lire, écrire, compter, et qui enseigne notre histoire sans s’excuser d’exister. Une justice qui incarcère au lieu de faire du social. Rien d’extravagant : c’est le service minimum dû à ceux qui triment et qui maintiennent ce pays à bout de bras.

Pour que ça bouge ? Rien ne tombera du ciel. Un régime ne s’effondre pas parce qu’on le prie poliment de débarrasser le plancher. Il faut bâtir l’alternative dès maintenant, sans demander l’autorisation. Des réseaux d’entraide, des circuits courts, des médias indépendants, des caisses de solidarité. Le jour où le vieux monde implosera, les structures logistiques doivent être prêtes, avec des adresses et des compétences. La Dissidence Française l’avait pigé : organisation, discipline, terrain. Ils ont dissous l’association en 2021. Soit. Ils ont dissous les statuts juridiques, ils n’ont pas dissous le besoin.

C’est ça, le nationalisme révolutionnaire. Ni la droite bourgeoisie qui pleurniche sur le déclin en gérant la faillite, ni la gauche bien-pensante qui applaudit le désastre en l’appelant « progrès ». Une exigence d’ordre et de justice sociale. Le patriote sans justice est un figurant ; la justice sans patrie est un slogan vide. Voilà ma feuille de route. Elle tient sur une page.

Et maintenant, la mauvaise nouvelle : Rien de tout ça n’arrivera.

Pas parce que le système est trop fort. Il est fragile comme un château de cartes, il tient debout simplement parce que personne ne souffle dessus. Pas parce que les idées manquent, elles sont sur la table depuis trente ans. Rien ne se fera parce que les gens n’en ont pas réellement envie. Ce que je décris demande de la sueur, des efforts quotidiens, ingrats, sans fioritures ni larmes de crocodile. Se lever à l’aube pour monter une structure. S’engueuler avec son voisin pour finir par bâtir un projet avec lui. Payer plus cher, bosser plus, renoncer à la livraison à domicile et aux supermarchés ouverts le dimanche. Remplacer le confort par la dignité. Dans ma vie, j’ai croisé très peu de gens prêts à ce sacrifice.

Tout le monde veut la France d’avant avec les loisirs et le confort d’aujourd’hui. Des prix bas, de la souveraineté, de la sécurité, des vacances à l’œil, et que quelqu’un d’autre fasse le sale boulot. On râle, on commente, on proteste sur les réseaux, on met un pouce bleu. L’engagement s’arrête au bout du clavier. Le régime le sait parfaitement : il n’a même plus besoin de matraquer, il lui suffit de nous rendre mous. Une aide sociale ici, un chèque énergie là, un écran pour tuer le temps de cerveau disponible, et la peur bleue qu’on nous coupe le courant. Un peuple gavé de divertissements ne fait pas de révolution : il attend qu’on le serve. Il attend surtout un homme providentiel qui fera le taf à sa place en trois mois, pour pouvoir le maudire à la première déception.

J’ai passé des mois à me demander si je délirais. J’ai fini par piger que j’avais raison sur le fond, mais que tout le monde s’en foutait. On peut avoir raison tout seul dans son coin pendant très longtemps.

Avant de tirer le rideau, je dois quelques mercis. Pas des politesses de façade. Merci à Pierre Cassen, d’abord. Il m’a ouvert les colonnes de Riposte Laïque quand je n’étais qu’un anonyme qui écrivait dans ma cabine de camion pendant mes déplacements, ou isolé dans mon bureau en dehors de la maison. Avec pour tout bagage de la rage et du temps libre. Il m’a laissé cogner sans jamais me censurer, et c’est une denrée rare dans un milieu où chacun cherche surtout à placer sa photo. Merci à Cyrano, compagnon de tranchée, qui tient la ligne face au vent sans jamais plier. Et à Charles Demassieux, qui gère la boutique, relit, trie, encaisse les coups et s’assure que les textes sortent à l’heure. Sans eux, mes colères dormiraient dans un tiroir. Merci les gars.

Et merci à vous, les lecteurs. Ceux qui partagent, ceux qui lisent dans l’ombre et que je ne croiserai jamais. Vous qui êtes allés au bout de mes lignes sans que personne ne vous y oblige, vous qui m’avez envoyé un mot de soutien au bon moment ou acheté un bouquin. Vous êtes la seule raison pour laquelle je ne me suis pas arrêté plus tôt. Les rageux font du bruit ; vous, vous faites tenir les murs.

Parlons-en, d’ailleurs, des professionnels de l’insulte. Finissons-en avec cette perte de temps. Je connais leur profil par cœur : un pseudo anonyme, un visage masqué derrière un dessin animé, et des insultes tapées à 3 heures du mat’ entre deux épisodes de série. Jamais un nom. Jamais un argument tangible. Jamais un chiffre. J’ai répondu à des centaines de commentaires avec des budgets officiels, des textes de loi, des signatures. Pas une seule fois l’un de ces courageux anonymes n’a démonté un seul de mes faits. Ils attaquent le bonhomme parce qu’ils sont impuissants face au dossier. Leur grand refrain ? « Viguès ne propose rien. » Voilà, c’est fait. Je n’ai jamais dit que ça vous plairait, et encore moins que ça vous mettrait au boulot.

Alors j’applique ma méthode : je me barre. Un pote m’a branché avec un éleveur en Argentine. On échange depuis des mois, et le choix est fait : je m’installe là-bas. Je vais bosser la terre et m’occuper du bétail avec lui, dehors, par tous les temps, dans un coin paumé où personne ne viendra me demander mon avis sur la transition écologique ou le vivre-ensemble. Je reviendrai en France pour voir ma famille, parce que les racines ne sont pas une idéologie, c’est du sang. Des vacances, rien de plus. Mais ma vie sera là-bas.

Ici, j’ai tout liquidé. Comptes fermés. Abonnements internet et téléphone résiliés. Mardi, le réseau coupe, rideau. Le 8 octobre, je prends l’avion : mon sac à dos, mon chien, et ma liberté. On dira que je déserte. Grand bien leur fasse. Les officiers de ce navire ont balancé les canots de sauvetage à la mer depuis des décennies. Je ne vois pas pourquoi je serais le dernier abruti à monter la garde sur le pont d’un paquebot qui coule. Un putschiste qui prend un vol régulier avec une valise, voilà qui va détendre les services de renseignement.

Là-bas aussi, il y a des « gauchos ». À San Antonio de Areco, c’est même leur capitale. Mais on ne joue pas dans la même catégorie. Les gauchos d’ici squattent les estrades des meetings ; ceux de là-bas gardent les troupeaux. Les premiers vivent de la subvention publique ; les seconds vivent de leur sueur, à cheval, sous la flotte ou le cagnard. Je ne serai pas dépaysé : on y parle fort, on mange de la vraie viande et on respecte la terre.

Mon chien s’appelle Stop. Oui, « Stop ». Personne ne donne ce nom à un clébard, c’est pour ça que je l’ai choisi. Dans un pays fliqué jusqu’à la moelle, saturé de panneaux et de donneurs de leçons, je voulais un compagnon dont le nom est un ordre que le système passe son temps à bafouer. Un putschiste avec un chien qui s’appelle Stop, les esprits chagrins y verront de la provocation. J’y vois une économie de langage : un mot pour deux. Le jour où un douanier lui criera « Stop ! » dans un aéroport, le chien se retournera. Moi, ça fait bien longtemps que j’ai appris à tracer ma route.

Je ne vous dis pas adieu, ça ressemblerait à une promesse. Et de la promesse, vous en avez soupé jusqu’à la gueule. Je ferme ma gueule, c’est tout. Dans un pays où tout le monde cause et où personne n’agit, c’est la seule dignité qui reste.

Mon sac est bouclé. Stop est prêt.

Viguès Jérôme

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