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Je me souviens d’un Québec blanc, pis chu pas fier

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L’été est bien installé et la Saint-Jean approche. Ça va bientôt être le temps de célébrer notre fierté nationale, mais, tout comme Les Louanges, « j’me demande c’est quoi, ça, chez nous ». Et j’aimerais, comme cet artiste, qu’on le « cultive avec amour », plutôt que de le clôturer et de « dire à d’autres “rentrez donc chez vous !” ».

Mon amour pour le Québec me fait de plus en plus mal. Mais je persévère. Vigneault invite les gens du pays à parler d’amour. C’est dur, parler d’amour. Ça ne consiste pas à oublier ce qui nous fait honte, mais à s’en souvenir pour mieux croître.

Moi aussi, je me souviens d’un Québec blanc, même si je suis incapable d’en être fier comme la petite gang de Shawinigan. Le Québec blanc, pour moi, ce n’est pas une époque précise ni une question de démographie. C’est une manière de voir, ou de refuser de voir, le monde dans laquelle certaines couleurs de peau comptent plus ou moins que d’autres. Ce ne sont pas mes souvenirs du Québec que je préfère, mais je préfère m’en souvenir plutôt que de les oublier.

Je suis un Canayen blanc, et j’essaie de faire attention à comment je regarde, parle et agis. Je me trompe parfois, mais j’essaie. Pas parce que je suis extérieur à ça, mais bien parce que j’en fais partie. Et surtout parce que ça laisse des traces.

Souvenirs

Je me souviens d’un Québec blanc. Je m’en souviens grâce à Joyce Echaquan qui, souffrante et impuissante, a filmé les insultes qu’elle a reçues. Une infirmière l’a traitée d’« asti d’épaisse de tabarnouche ». Elle s’est excusée plus tard, et a reconnu avoir fait du mal à la famille. Mais il aurait été préférable que ça n’arrive jamais.

Je m’en souviens grâce à Alanis Obomsawin et à Tracey Deer, qui ont raconté ce qu’on appelle du côté autochtone « la résistance de Kanesatake » et qu’on appelle du côté blanc « la crise d’Oka ». Les Mohawks ont résisté pour que la Ville d’Oka ne s’empare pas d’une pinède pour agrandir un terrain de golf et y construire des condos.

Alors que des femmes, des enfants et des aînés mohawks fuyaient le siège de Kahnawake, une foule furieuse s’est défoulée et a lancé, sans que les forces de l’ordre l’en empêchent, des pierres sur leurs voitures, causant la mort de Joe Armstrong.

Je m’en souviens aussi quand je pense au moment où Haroun Bouazzi a parlé à l’Assemblée nationale. Il disait qu’on glissait vers une manière de « construire l’Autre », surtout quand on présente les immigrants comme la cause de nos problèmes. Il n’a pas dit quelque chose d’extrême. Il a dit quelque chose qui a créé un malaise. Et ce malaise-là a été pris comme un problème en soi, comme si le simple fait de soulever le problème était pire que le problème lui-même.

Je m’en souviens grâce à la série documentaire Décoloniser l’histoire à Télé-Québec, dans laquelle on voit le racisme qui sévit dans l’industrie du taxi québécoise au cours des années 1980. La clientèle refuse de se faire conduire par des Haïtiens, alors que ceux-ci avaient choisi le Québec pour fuir la dictature de Duvalier, en espérant une vie plus stable dans une société francophone. Et malgré une langue commune, leur présence a été vécue comme une intrusion.

Ces histoires sont différentes, et il y en a trop d’autres. Les peuples concernés sont différents. Les contextes aussi. Mais ces histoires ont en commun de soulever une même question : qui a le droit d’être pleinement québécois sans ressembler à l’image que la majorité se fait d’un Québécois ?

Ce serait dommage que notre histoire nationale finisse par donner raison à Pierre Elliott Trudeau lorsqu’il prétendait que le nationalisme québécois risquait de glisser vers l’exclusion plutôt que vers l’inclusion.

Mais le Québec n’est pas que ça. Il est aussi inclusif, mélangé, traversé de solidarités réelles. Et je m’en souviens aussi, mais c’est une autre histoire.

Parler d’amour

La Saint-Jean approche et j’aimerais pouvoir célébrer mon pays qui n’en est pas un dans le respect du droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Parce que si c’est bon pour nous, ça devrait être bon pour les autres aussi. Et pourtant, quelque chose accroche.

Je pense aux manifestations pour la Palestine, souvent décrites comme excessives ou dérangeantes, notamment avec des prières de rue. Pourtant, ces manifestants tentent de dire qu’une nation est en train d’être détruite sous nos yeux. Et ça aussi, ça fait partie de ce qu’on accepte de se rappeler ou d’oublier.

Gens du pays, ce sera bientôt à notre tour de parler d’amour. De l’amour du pays, oui. Mais aussi de l’amour de ces gens du pays qui viennent d’ailleurs depuis moins longtemps que les Français. Et aussi de l’amour de ceux qui étaient là avant les Français et qui veulent aussi être chez eux, avec ou à côté de nous. Et de tous ces autres qui ne sont jamais vraiment vus comme faisant partie du « nous » pour quelque raison que ce soit.

C’est à notre tour de cultiver avec amour notre chez-nous, parce que c’est dans l’amour qu’on découvre la beauté.

Et si on parle de haine comme des Blancs, je vais m’en souvenir, même si je préfère me souvenir de nos belles rencontres.

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