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«J’ai toujours kiffé les meufs super «badass» dans les films, celles qui ne sont pas là où on les attend»: KT Gorique distribue ses étoiles de Koffi Olomidé à Sidonie

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Publié le 25 juillet 2026 à 08:58. / Modifié le 25 juillet 2026 à 11:52. 8 min. de lecture

Quelles sont les étoiles qui les guident ou les marquent, les rencontres majeures, les personnalités qui les fascinent...
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La Cinquième Symphonie de Beethoven en mode hip-hop. En mars dernier, à la salle Noda BCVS de Sion, KT Gorique partageait la scène avec l’Orchestre de chambre de Genève. Huit mois de travail pour un choc tectonique, entre beats et tubes classiques. Sur scène, le flow est aussi vif que les archets et le groove, furieusement symphonique. Cette rencontre improbable résume bien KT Gorique, capable d’électriser un orchestre comme de sampler Dvořák.

En Suisse romande, on connaît bien la rappeuse valaisanne. A 35 ans tout juste, elle balance depuis une décennie des morceaux où les mots décapent et les instrus fédèrent, où les influences old school se frottent à la drill américaine et aux rythmes africains.

On repense à cette fille de 21 ans. Celle qui, silhouette fluette et rage de fauve, remportait les Championnats du monde de freestyle End of the Weak World à New York, en 2012. Cet aplomb, cette fringale, cette sérénité d’avoir trouvé sa place, crevaient à nouveau l’écran neuf ans plus tard dans Nouvelle Ecole, télécrochet Netflix où se bousculent les jeunes talents du rap. Mohamed Ali, qu’elle a tatoué sur le mollet, n’aurait pas mieux décoché. Après sa première battle, la jurée belge Shay s’exclame: «T’es quelqu’un!»

Quelqu’un qui rêvait de cette vie, préadolescente déjà, hypnotisée devant MTV. «J’fais des couvs de magazines alors qu’avant/J’volais les posters avant d’me tirer/Dans les clips de Missy Elliott/Tous les moves j’les ai maitrisés», se remémore-t-elle dans L’An 2000, titre de son nouvel album, Cœur blanc. Entre deux concerts sur les scènes de l’été, KT Gorique poursuit volontiers le jeu du rétroviseur, histoire de saluer les figures qui ont jalonné sa route.

Koffi Olomidé, le pouvoir de la rumba

«A la maison, dans mon enfance, on écoutait beaucoup de rumba congolaise. Ma mère aimait beaucoup ça. Le premier morceau qui m’a marqué, c’est Effrakata, de Koffi Olomidé. Koffi, c’est l’une des plus grandes légendes de la musique africaine. A l’époque, il était déjà une superstar, respectée, admirée, iconique, avec des looks toujours incroyables. Sur cet album, c’était 100% cuir rouge et lunettes futuristes!

Les morceaux de rumba ne sont pas structurés comme un titre classique, avec intro-couplet-refrain: la chanson peut être très longue, évoluant tout le temps, avec beaucoup de changements de rythmes, de chœurs qui se répondent. Vous ajoutez les riffs de guitare, typiques du genre, et la voix très grave de Koffi, ça donne quelque chose de très entraînant.

L’album en question a été un raz-de-marée dans toute l’Afrique et au-delà. Je devais avoir 6 ou 7 ans, je me souviens que partout où je passais, les restaurants, les fêtes d’anniversaires, c’était l’effervescence. Effrakata démarrait, les visages s’illuminaient, les gens se levaient pour danser. Souvent, dans les musiques africaines, une chorégraphie accompagne le morceau: tout le monde reproduit les mêmes mouvements, ça forme une connexion naturelle. Ça me fascinait. La musique réveille quelque chose qu’on n’explique pas. Pour l’enfant que j’étais, c’était magique – ça l’est toujours.»

Lire aussi: Brazzaville Records, à la rescousse de la rumba congolaise

DJ Arafat, la fièvre du coupé-décalé

«Petite, j’ai commencé à danser sur une musique typiquement ivoirienne, le coupé-décalé. Une musique d’animation, c’est comme ça qu’ils la décrivent: l’objectif, c’est de faire danser les gens. Les artistes sont aux platines et au micro, ils ambiancent la salle. J’ai beaucoup dansé sur DJ Arafat: une légende du coupé-décalé et mon artiste africain préféré.

Au départ, il était DJ: il sortait de chez lui en cachette, à 14 ans, pour aller mixer en boîte. Puis il a commencé à faire des animations. C’était un chanteur et un MC incroyable, tout le monde le connaissait à Abidjan. Puis, quand il a commencé à faire de la musique, il a gardé le nom de DJ Arafat. Il avait 19 ans quand il a sorti son premier gros hit. Il est devenu le plus grand ambassadeur du coupé-décalé, lauréat d’un MTV Music Award alors qu’il ne chantait que ça, sans chercher à se diversifier pour percer à l’international. DJ Arafat a aussi fait évoluer le genre en y intégrant des acrobaties, les «roukaskas» – et des «breaks» musicaux pour les passages des danseurs. Tous les autres artistes l’ont suivi!

On raconte qu’il n’écrivait jamais rien, qu’il enregistrait l’intégralité de ses morceaux en une seule prise, en mode impro. Et après coup, il savait tout refaire à l’identique. Un vrai génie! Un personnage controversé, aussi. Beaucoup ne l’aimaient pas, comme souvent les grandes légendes. L’industrie de la musique en Afrique manque de structure, c’est très dur: DJ Arafat suscitait la jalousie. Et puis il avait un caractère de lion, et pas sa langue dans sa poche. On le décrivait parfois comme un «Booba du coupé-décalé»: il s’est embrouillé avec beaucoup de gens. Pour ses fans, c’était un dieu, ils étaient fous et prêts à le défendre face aux critiques. Et quand il sortait quelque part, il créait la cohue, toute la circulation était bloquée!

Il a connu une mort tragique, un accident de moto en 2019, à l’âge de 33 ans. Beaucoup d’Africains parlent d’un déchirement. La cérémonie s’est déroulée dans un stade, un truc aussi solennel que si un président était décédé. Je ne l’ai jamais vu en concert, c’est un énorme regret. Mais je me le suis fait tatouer [elle montre son bras]. Assis sur le trône de Black Panther

Lire aussi: KT Gorique, des morceaux d’histoire et de rap

Missy Elliott, le hip-hop hors norme

«Je suis déjà en Suisse quand je découvre les clips des artistes de hip-hop afro-américains sur MTV. C’est les années 2000, j’ai 11 ans et je me reconnais. Tout comme j’avais pu m’identifier à la culture reggae, je vois des artistes noirs qui ont fait quelque chose de magique de leur identité de personnes déracinées. Ça me ressemble, j’ai l’impression d’être leur petite sœur. A partir de là, je rentre dans l’univers hip-hop – à nouveau, par la danse d’abord.

Je regarde des films comme Street Dancers ou Honey, j’apprends les chorégraphies par cœur avec ma sœur et mes amis, et je veux danser comme Missy Elliott. A l’époque, elle était complètement différente de tout le monde. Une approche avant-gardiste, un univers à la fois unique et indémodable. Elle collaborait avec Timbaland pour créer des prods qui sonnaient totalement nouvelles, avec une recherche dans les samples, une identité vocale forte. Même si on ne comprend pas ce qu’elle dit, on n’oublie jamais le flow de Missy Elliott, avec ses gimmicks, les petits bruits qu’elle fait.

Au-delà du rap pur, Missy avait une vision. Elle créait dans ses clips des univers tellement poussés, cinématographiques, presque fantastiques: dans son morceau avec Chiara, Lose Control (2005), on la voit perchée sur un gros tuyau d’évacuation en plein milieu du désert. Il y a des danseurs qui sortent du sable comme des morts-vivants, et même… Mick Jagger! Dans son tout premier clip, The Rain (1997), elle était en surpoids et savait que tout le monde commenterait. Elle a dit: «Je veux avoir l’air encore plus grosse que ce qu’ils imaginent, tellement grosse que je vais m’envoler». Alors elle s’est mise en scène dans une tenue gonflée en latex!

Missy ne mettait que des ensembles Adidas, en recouvrait les lignes de diamants Swarovski… et ne les portait qu’une fois. Il n’y avait que Missy pour faire ça! C’est pour ça qu’on l’aimait: elle était complètement hors norme, et brillante. J’étais très heureuse quand ils l’ont introduite au Rock’n’Roll Hall of Fame, en 2023: pas trop tôt! Pour moi, Missy est l’une des plus grandes artistes hip-hop de tous les temps. Inoubliable.»

Leeloo Dallas et les héroïnes «badass»

«J’adore le cinéma fantastique. Mon film préféré, c’est le Cinquième Elément (1997). Dans un futur lointain, alors que la destruction de la planète est imminente, un ancien militaire, joué par Bruce Willis, cherche à empêcher le désastre à l’aide d’une prophétie. Il lui faut réunir les cinq éléments vitaux – et le cinquième, c’est Leeloo Dallas: une femme, un être parfait conçu pour sauver le monde, qui dormait depuis la nuit des temps dans un sarcophage, quelque part dans l’univers. Une arme, mais qui a un cœur et doit saisir l’enjeu de son existence. J’ai vu ce film enfant et je me suis dit: mais en fait, c’est moi, Leeloo Dallas! Bien sûr que je sors de ce tube et que je sauve le monde!

Lire aussi: Entre Neuchâtel et New York, du hip-hop en duo qui dégomme

C’est métaphorique. Mais j’ai toujours kiffé les meufs super «badass» dans les films, celles qui ne sont pas là où on les attend: Trinity dans Matrix, Furiosa dans Mad Max, Arya Stark dans Game of Thrones ou Lexa, cette jeune cheffe de guerre dans la série postapocalyptique The 100. Des personnages pas comme les autres, avec une quête qui les habite et qu’elles mènent avec une détermination folle même si autour d’elles, personne ne le comprend ou n’y croit.

Pour moi, la quête, c’était le hip-hop. J’étais ici, à Martigny, pas à New York ni dans le taxi du Cinquième Elément! Mais même si je ne volerais pas dans le ciel comme dans mes films préférés, je savais que j’allais faire quelque chose. C’est pour ça qu’au début de ma carrière, je me peignais le visage avant d’aller sur scène: j’aimais cette idée de guerrière, de super-héroïne qui rappe, de combat et de résilience.»

La famille, ce port d’attache

«Je suis obligée de penser à ma mère, Sidonie. Ma maman, c’est mon exemple de femme forte, celle qui m’a tout appris sur la vie, sur la façon d’aimer. En termes de femme forte, c’est elle mon premier exemple. Je citerai aussi son mari, Bernard, mon papa. Lui, il m’a amené l’humanité, la gentillesse pure, l’importance d’être quelqu’un de bon, sans rien attendre en retour. Et il y a mes trois sœurs aussi. Dans ma famille, j’ai des femmes exceptionnelles! Quand on me dit que j’ai du caractère, je réponds: c’est que vous ne les connaissez pas!

Ma petite sœur, Francesca, a toujours été ma fan numéro 1. Elle me disait: «T’inquiète, tu seras une star!» Au début, ma mère avait peur que la musique me détourne trop de l’école, que je laisse tout tomber. Et puis le rap, ce n’était «pas un métier». Mais aujourd’hui, quand mes parents me voient sur scène, ils sont hyper fiers, parce qu’ils voient que je devais le faire. Que ça a tellement de sens.»


En concert au LakeLive, à Bienne, ve 7 août. Puis aux Francomaniasde Bulle, je 27 août.


Profil

De son enfance à Abidjan, KT Gorique garde le goût des musiques qui font bouger les corps et les cœurs. Après avoir perdu son père biologique à l’âge de 5 ans, elle débarque en Suisse et tombe dans la marmite du hip-hop. Une culture qui l’engloutit tout entière. Depuis son fief de Martigny, elle distille des hymnes rassembleurs aux punchlines acérées – son blase reflétant son prénom, Caterina, et ses avis tranchés. A un participant de l’émission La parole est à nous, qui lui demandait récemment pourquoi elle rappe, KT Gorique répondait: «Parce que je suis une piplette!»

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