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Le décret instaurant la mise en place d'une Réserve naturelle nationale des falaises jurassiques du Calvados a été publié, impliquant l'interdiction du ramassage de fossiles.

Par Marie-Madeleine Remoleur Publié le 12 sept. 2026 à 18h20
Les défenseurs de la libre collecte des fossiles sur la plage des Vaches noires, entre Villers-sur-Mer et Houlgate (Calvados) le craignaient : le décret instaurant une Réserve naturelle nationale (RNN) des falaises jurassiques du Calvados a été publié. Une réserve représentant « un linéaire d’environ 37 km de côte et une surface totale de 1 877 ha » pour protéger ces falaises… qui génère des inquiétudes scientifiques.
Depuis 2022, un collectif composé notamment de paléontologues, des collectionneurs amateurs et du musée du Paléospace, soutenu par la municipalité de Villers-sur-Mer et les communes voisines, se mobilise pour défendre la libre collecte des fossiles par les amateurs au pied des falaises des Vaches noires. Une libre collecte menacée par ce projet de RNN, comme l’article 7 du décret publié l’indique clairement : « Il est interdit d’extraire du sol ou du sous-sol de la réserve, de prélever, détruire ou dégrader, des fossiles, roches, sables, minéraux et concrétions », est-il écrit dans le décret publié par le ministère de la Transition écologique.
Un long combat pour « une science participative »
Depuis plus de quatre ans, des mobilisations multiples avaient été organisées, une tribune publiée, avec des défenseurs rappelant que l’interdiction aurait notamment pour conséquence de priver le Paléospace « de milliers de spécimens, pour certains exceptionnels, qui lui sont donnés tous les ans par ces passionnés », comme l’expliquait alors le musée.
Car si les fossiles ne sont pas rapidement collectés, « la grande diversité de faune et de flore du Jurassique est emportée par la marée et définitivement perdue ». Alors que si ces fossiles sont ramassés par des « amateurs éclairés », ils sont examinés par un comité scientifique et peuvent faire l’objet d’études poussées. Une « science participative » qu’ils avaient ardemment défendue, sans remettre en cause le fait d’instaurer une Réserve naturelle.
Vers un recours ?
Si les défenseurs de cette libre collecte avaient pu avoir des espoirs, avec l’idée d’une « dérogation » évoquée lors de la rencontre entre les parlementaires calvadosiens et la Secrétaire d’État à la biodiversité Sarah El Haïry, en octobre 2023, l’instabilité politique n’a pas aidé. À chaque changement de gouvernement, les discussions sont reparties « à la case départ ».
Avec la publication du décret, à laquelle s’étaient préparées les municipalités concernées, un recours devant le Conseil d’État pourrait être mené. « On se dirige vers un recours, on a pris attache avec un avocat spécialisé », confirme Roméo Frot, maire de Villers-sur-Mer, rappelant : « On a deux mois pour faire un recours après la publication du décret ». Un combat qui serait mené par les communes de Villers-sur-Mer, Houlgate et Auberville, qui avaient passé des délibérations en ce sens lors de précédents conseils municipaux, et soutenu par des associations de passionnés.
« Il y a quand même un passage qui est assez flou », poursuit le premier édile, faisant référence à la phrase suivante : « Cette interdiction ne s’applique pas aux opérations à visée scientifique ou pédagogique conduites sous la responsabilité du gestionnaire soit dans le cadre du plan de gestion, soit dans le cadre de conventions avec des structures partenaires validées par le comité consultatif ».
Le maire regrette : « C’est assez obscur, on n’a aucune visibilité, on ne sait même pas vraiment qui sera gestionnaire dans les faits, dans quelles conditions. Ils ne mentionnent même pas les amateurs passionnés alors que 90 % de ce qu’on a au Paléospace vient d’eux ».
Un point qui reste à éclaircir auprès du ministère pour voir si des dérogations pourraient être possibles. « Ça a peu de sens d’un point de vue scientifique et c’est ennuyeux pour Villers. On a des passionnés qui viennent à Villers spécialement pour ça et qui disent clairement qu’ils ne viendront plus si c’est pour se prendre des amendes. Au-delà de la perte scientifique qui est vraiment très dommageable, c’est aussi une perte au niveau de l’attractivité. L’ammonite c’est quand même l’emblème sur le logo de la ville, c’est comme si on supprimait les visites de la Tour Eiffel à Paris », conclut le maire.
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