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Interdiction des médias sociaux avant 16 ans : les jeunes veulent être entendus

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Les experts et les parents sont divisés sur l'idée d'interdire les médias sociaux aux moins de 16 ans. Chez les jeunes du sud-ouest de l'Ontario, un point fait toutefois largement consensus : ils et elles souhaitent que leur opinion soit davantage prise en compte, dans un débat qui les concerne directement.

À 14  ans, Christina Mpunga utilise principalement Snapchat et Instagram, pendant deux heures par jour environ. Les médias sociaux lui servent avant tout à communiquer avec ses amis et sa famille, mais aussi à découvrir le monde.

J'apprends beaucoup de choses. Je vois des vidéos sur l'astronomie, les planètes, les politiques, ce qui se passe dans le monde. C'est vraiment intéressant, explique-t-elle.

Christina juge que bannir complètement les médias sociaux n'est pas vraiment la meilleure option. Ça couperait les communications avec certaines personnes, affirme-t-elle, soulignant que plusieurs de ses amis n'ont pas de numéro de téléphone et communiquent exclusivement par les médias sociaux.

Sa sœur Jennifer Mpunga, 13 ans, utilise principalement Snapchat, avec l'autorisation de ses parents, environ une à deux heures par jour. Elle s'en sert surtout pour parler avec ses amis et se divertir. Selon elle, une limite de temps d'écran serait préférable à une interdiction complète.

Tony Dushime, 11 ans, utilise quant à lui YouTube et Snapchat. Il affirme passer davantage de temps dehors que sur son téléphone et considère les médias sociaux comme un moyen de communiquer avec ses amis, tout en apprenant de nouvelles choses. S’il croit qu'une telle mesure pourrait encourager les enfants à sortir davantage et à protéger leur santé, il préférerait toutefois une limite quotidienne plutôt qu'une interdiction totale.

Les jeunes interrogées doutent de l'efficacité d'une interdiction. Christina croit par exemple que plusieurs adolescents chercheront des moyens de contourner les restrictions, même si elle affirme qu'elle ne le ferait pas personnellement.

Une voix rarement entendue

Sur un point, les trois jeunes sont unanimes : ils estiment que les décideurs devraient davantage consulter les enfants et les adolescents.

Nous, les enfants, on les utilise plus que tout le monde, résume Tony.

Les adultes devraient prendre plus en considération comment les ados utilisent les réseaux sociaux, au lieu de juste penser que c'est mal, mal, mal.

Cette impression rejoint les observations de Nina Duque, chercheuse postdoctorale et chargée de cours à l'UQAM, qui se spécialise dans les pratiques numériques des jeunes.

Les jeunes le disent : ils ne sont pas suffisamment consultés, affirme-t-elle. Selon la chercheuse, le débat se construit souvent sans véritable dialogue avec ceux qui utilisent au quotidien ces plateformes.

Les partisans veulent changer les normes

Pour Becky Toyne, bénévole au sein du groupe de parents Unplugged Canada, une interdiction avant 16 ans constitue avant tout un moyen de transformer les normes sociales.

Becky Toyne.

Becky Toyne fait partie d’Unplugged Canada, un mouvement citoyen mené par des parents. En plus de militer pour l’interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans, Unplugged Canada souhaite également que les parents attendent les 14 ans de leurs enfants avant de leur donner un téléphone cellulaire.

Photo : Avec l'autorisation de Becky Toyne

Mme Toyne compare cette évolution aux lois sur le tabac : même si certains jeunes contourneront toujours les règles, celles-ci envoient un signal clair sur ce qui est jugé acceptable.

Sachin Maharaj, professeur à la Faculté d’éducation de l'Université d'Ottawa, partage en partie cette analyse.

Selon lui, les enseignants constatent depuis plusieurs années les effets négatifs d'une utilisation excessive des téléphones et des médias sociaux sur l'apprentissage et les interactions sociales. Même si certains jeunes contourneront les restrictions, il estime qu'une loi pourrait réduire le nombre d'enfants qui commencent à utiliser ces plateformes et faciliter le travail des parents et des écoles en ce sens.

Sachin Maharaj devant l'Université d'Ottawa.

Sachin Maharaj, professeur en éducation à l’Université d’Ottawa, souligne que cette législation n’influencera pas nécessairement le comportement des adolescents actuels, mais plutôt celui de la prochaine génération. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Ces plateformes sont conçues de telle manière qu’il est très difficile d’y résister. [...] Elles sont conçues pour créer une dépendance, affirme M. Maharaj. Ainsi, pour lui, le succès d’une telle loi dépendra aussi d'une réflexion sur la conception même des applications.

Les opposants veulent plutôt transformer les plateformes

Nina Duque estime quant à elle qu'une interdiction constitue une mauvaise réponse à un problème complexe.

En interdisant les médias sociaux, on ampute les jeunes de beaucoup de choses : participation démocratique, communauté, sociabilité, développement identitaire, connexion avec les amis, connexion avec le monde à l'extérieur.

Nina Duque.

Selon Nina Duque, chercheuse postdoctorale à l’UQAM, les données scientifiques ne permettent pas de conclure que les médias sociaux sont intrinsèquement nocifs pour les jeunes.

Photo : Radio-Canada

La chercheuse cite comme solutions alternatives davantage de transparence sur les algorithmes, une meilleure modération et des outils permettant aux familles de personnaliser les paramètres des plateformes selon l'âge des enfants.

Elle craint également qu'une interdiction pousse simplement les adolescents vers des espaces moins connus et moins sécuritaires.

On est en train de contraindre les jeunes à mentir, à se cacher, à aller dans des espaces qui sont plus ou moins sécuritaires, ou les règles de modération sont beaucoup moins exigeantes.

Quel que soit le sort réservé au projet de loi, une demande revient constamment chez les adolescents rencontrés : être considérés comme des participants au débat, et non seulement comme ses objets.

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