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Inflation : distribuer des chèques serait une solution inefficace, selon des experts

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Le portefeuille des Canadiens est sous haute pression. Pris en étau entre des loyers inabordables et un panier d’épicerie hors de prix, beaucoup n’arrivent plus à suivre. Face à cette crise, les gouvernements distribuent des aides financières, mais, selon plusieurs experts, ce n’est pas la bonne approche.

Sherif Olayemi, père de trois enfants et résident du Grand Sudbury, juge que le prix de l’épicerie a beaucoup augmenté dernièrement.

 Entre la dernière fois que j’ai fait mes courses et maintenant, il doit y avoir eu une hausse d’environ 10 % [sur ma facture] , lance-t-il.

Portrait de Sherif Olayemi dans le stationnement d'un centre d'achat.

Sherif Olayemi espère que la province établisse de nouvelles mesures pour aider les Ontariens à faire face au coût de la vie.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Et cette augmentation ne se résume pas qu’aux produits d’épicerie. Dans les dernières semaines, le prix à la pompe est monté en flèche.

 Nous sommes une famille de cinq […] alors les prix de l’essence et l’épicerie ont un gros impact sur notre foyer, donc nous essayons de nous adapter , confie M. Olayemi.

Lundi dernier, Christine Fréchette, première ministre du Québec, a annoncé une série de mesures pour aider les Québécois à faire face au coût de la vie.

Une pancarte d'une station Petro-Canada, qui affiche le prix du carburant ordinaire à 1 dollar et 61,9 cents.

Avant le début de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, le prix du carburant se trouvait souvent autour de 1 dollar et 19 cents dans le Grand Sudbury. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Sherif Olayemi souhaite que l’Ontario emboîte le pas.

 Ça n’aidera peut-être pas à 100 %, mais ça pourrait au moins agir comme un amortisseur pour tenter de faciliter la vie des familles , indique-t-il.

Les solutions que suggèrent les Ontariens

Pour faire face au coût élevé de la vie, M. Olayemi estime que le gouvernement provincial devrait établir un programme de subventions dédié aux familles.

Comme exemple, il cite notamment les chèques de 200 dollars que l’Ontario avait acheminés à ses résidents en début d’année 2025, pour les aider à faire face au coût de la vie.

 Si un tel programme est mis sur pied maintenant avec le coût de la vie, ce serait d’une aide considérable. 

Pour sa part, Jen Baron, autre résidente du Grand Sudbury, suggère plutôt des baisses de la taxe sur les produits et services (TPS), la taxe sur le revenu, ainsi que la taxe immobilière.

Portrait de Jen Baron le stationnement d'un centre d'achat.

Jen Baron admet que les mesures déjà en place en Ontario n'ont pas assez d'impact pour elle.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

 C’est l’argent qui reste dans mes poches […] et qui me poussera peut-être à aller au magasin pour le dépenser là-bas , souligne Mme Baron.

Jill Williams, qui réside également dans le Grand Sudbury, propose un plafonnement du loyer.

 J’ai récemment emménagé ici et mon loyer est vraiment élevé. [Mon fiancé et moi] avons pu terminer le collège et on arrive à peine à joindre les deux bouts, alors j’ai l’impression qu’on sera tous sans-abris bientôt , explique-t-elle.

 Tout le monde a besoin d’un petit coup de pouce en ce moment, la vie est dure. 

Portrait de Jill Williams dans le stationnement du centre d'achat Walmart, dont le bâtiment se trouve en arrière-plan.

Jill Williams raconte qu’elle et son fiancé ont fait leurs études collégiales à tour de rôle pour faire face au coût de la vie.

Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo

Des mesures peu soutenables sur le long terme

Louis Lévesque, président du comité public de l’Association des économistes québécois et ancien sous-ministre du gouvernement fédéral, critique les mesures annoncées par le Québec.

 Toutes ces mesures-là vont être financées par l’emprunt parce que le gouvernement est déjà en déficit […] et ce qu’on fait finalement c’est qu’on endette les générations futures, ce qui est différent d’un investissement , explique-t-il.

En effet, le Québec prévoit un déficit de 8,3 milliards de dollars, tandis que l’Ontario projette un manque à gagner de 13,4 milliards de dollars pour l’année 2026-2027.

Portrait de Louis Lévesque, en entrevue dans un salon.

Louis Lévesque propose que les gouvernements établissent des mesures ciblées vers les plus démunis pour réellement faire une différence. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / David Richard

M. Lévesque propose d’augmenter la concurrence dans les épiceries, mais aussi les salaires, des mesures qui auront, selon lui, des impacts réels à long terme.

 [Les gouvernements] devraient prendre des mesures pour augmenter la concurrence pour que les prix qui soient payés sur le marché reflètent des prix corrects […] ça se ferait pas demain matin, il faudrait que d’autres entreprises s’installent , dit-il.

 Les gens, ils se concentrent sur les prix parce que c’est ça qu’ils voient dans leur quotidien, mais ce qu’ils ne voient pas suffisamment, c’est qu’on a une performance extrêmement médiocre en termes de la croissance des revenus , renchérit l’économiste.

 À moyen et long terme, ce qui fait que les gens ont les moyens de se payer des choses c’est que leurs salaires augmentent. 

Un avis que partage Ricardo Tranjan, directeur de recherche et chercheur principal pour le Centre canadien des Politiques alternatives en Ontario.

 Le gouvernement provincial peut tout simplement imposer une augmentation [de salaire] plus élevée pour que les gens n’arrivent pas seulement au même niveau que l’inflation, mais pour leur donner un petit peu de jus dans leur budget , précise-t-il.

M. Tranjan recommande également un meilleur contrôle des loyers, qui, selon lui, est l’une des dépenses majeures pour de nombreux Canadiens.

 Pour les ménages qui ont des revenus faibles, des revenus moyens, le loyer, ça prend une énorme partie de leurs coûts […] 30, 40, 50 % de leurs revenus va vers les loyers et c’est de façon générale quelque chose que les gens ne vont pas sacrifier parce que les risques sont trop élevés , indique-t-il.

Portrait de Ricardo Tranjan devant un mur

Ricardo Tranjan estime que l’Ontario ne fait pas assez d’efforts pour aider la communauté ontarienne face à l’inflation.

Photo : Derrick Rice

Le chercheur admet qu’une telle mesure pourrait poser un risque politique pour le gouvernement en place qui se mettrait alors à dos des propriétaires immobiliers, mais insiste sur l’aide que cela représenterait pour les citoyens.

 Si on parle de réduire, par exemple l’impôt immobilier, combien on va économiser ? Quelques centaines de dollars peut-être. […] Une augmentation de loyer de 100 $, en un an, ça veut dire 1200 dollars de plus , poursuit-il.

En réponse, l’Ontario n’a pas indiqué s’il compte augmenter le salaire minimum, qui est passé de 17,20 $ à 17,60 $ en 2025.

Il revient tout de même sur un ensemble de mesures et investissements estimés à près de 12 milliards de dollars, effectués pour pallier au coût de la vie, notamment la prestation ontarienne pour enfants, la réduction permanente de la taxe sur l’essence et les carburants, entre autres.

  Notre gouvernement cherche constamment des moyens de rendre la vie plus abordable pour les familles de l’Ontario , conclut-il.

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