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Incursion dans le riche bazar du Marché aux puces Saint-Michel

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Meubles mid-century, luminaires, cadres anciens, DVD de films introuvables, instruments de cuisine vintage, œuvres d’art et bibelots : le Marché aux puces Saint-Michel, à Montréal, abrite un labyrinthe foisonnant de trouvailles et de curiosités que des centaines de visiteurs viennent explorer chaque fin de semaine. À l’occasion du temps des Fêtes, Le Devoir est allé à la rencontre de certains de ses brocanteurs et marchands, souvent à l’expertise pointue.

Ghislaine, de designer à brocanteuse

Entre les meubles d’inspiration Louis XV, les lampes extravagantes et les poteries grandeur nature, Ghislaine se faufile dans l’étonnante collection d’objets rassemblés depuis qu’elle a ouvert son kiosque, il y a plus d’un an. « J’ai décidé de vendre ma maison, qui était trop grande. Et j’ai commencé à venir ici et à acheter, raconte-t-elle, en précisant que plusieurs biens présents au Marché se trouvaient initialement chez elle.

Son kiosque est peut-être l’un des plus imposants parmi la centaine qui sont regroupés à l’intérieur du vaste marché, qui s’étend sur deux étages.

Après avoir travaillé pendant plus de 25 ans dans l’industrie de la mode comme designer, la septuagénaire dit s’être lancée par passion dans le marché des antiquités pour sa retraite — bien qu’il s’agisse d’un milieu difficile, convient-elle. Elle explique que son travail comme designer lui a permis de tisser un important réseau d’amis et de contacts, y compris au sein des communautés italienne ou juive, ce qui facilite l’achat et la découverte d’objets uniques.

Parmi sa collection, on y trouve des objets d’art africain, des meubles vintage, des poteries chinoises, des bijoux, des lampes ou des instruments de musique. À proximité de l’espace de vente principal, elle a aussi aménagé un petit comptoir offrant boissons et viennoiseries.

Quand on lui demande ce qu’elle préfère dans son stock, elle désigne le diplodocus géant qui trône au sommet du kiosque : « J’adore les dinosaures », avoue-t-elle en souriant. Elle dit être « tombée en amour avec eux » grâce à la passion de son petit-fils, et les achète depuis par plaisir et à des fins décoratives. « Je ne les vends pas », précise-t-elle.

Le cinéphile Sébastien Falardeau

« Je collectionne depuis que j’ai 12 ans », confie Sébastien Falardeau, au centre des centaines de films qui tapissent les murs de son kiosque.

« Tout est classé par réalisateur, par acteur. Aussitôt que les clients me donnent le titre d’un film, je vais dire tout de suite si je l’ai ou si je ne l’ai pas », indique-t-il. Il doit cette passion à son père, qui l’emmenait régulièrement au cinéma dès son tout jeune âge.

À son impressionnante collection de films DVD, Blu-ray et VHS s’ajoutent des affiches de films vintage, des figurines de collection et des produits dérivés de grandes franchises. Une mascotte grandeur nature de Michael Myers, le tueur de la série Halloween, tient dans ses mains une enseigne appelant à « faire attention à la marche » qui sépare les deux sections du kiosque.

« Je suis pratiquement le seul qui est vraiment spécialisé comme ça », poursuit-il, alors que les magasins de vente de films sont tombés un à un avec l’avènement des plateformes de visionnement en continu. N’empêche : Sébastien Falardeau observe un intérêt encore bien réel pour les films en copie physique, y compris chez les jeunes qui, peut-être par nostalgie, apprécient le côté rétro des VHS. Il confirme rester toujours à l’affût de certains films qui manquent à sa collection et qui lui sont demandés par certains clients.

Benoît St-Martin, « le gars de la fonte »

La fonte, « c’est le pain et le beurre du kiosque », résume au Devoir Benoît St-Martin. Dans son petit commerce qu’il a ouvert à l’été 2022, des dizaines de poêles et de plaques faits de ce matériau côtoient les tasses et les bols en Pyrex aux couleurs vives, les cocottes, les plats en céramique et les lampes anciennes aux lumières chaudes.

Le commerçant qui se spécialise dans les instruments et articles de cuisine d’époque raconte avoir commencé à collectionner les objets de cuisine en Pyrex avant de dénicher, il y a une quinzaine d’années, une poêle en fonte faite au Québec. « Ça a déboulé à partir de ça », dit-il.

Qu’affectionne-t-il dans ces produits et plus largement les instruments de cuisine anciens ? « Je veux pas être ce gars-là, mais je dois l’être : ils ne font pas comme ils faisaient avant. » La raison ? Il estime que la recherche du plus bas prix par les consommateurs a amené bien des compagnies à diminuer leurs standards en matière de finition afin de diminuer leurs prix de vente.

En entrevue au Devoir, il décrit avec minutie le traitement de restauration de chaque poêle, qu’il enduit ensuite de gras et chauffe à haute température pendant au moins une heure, afin que s’y forme une fine couche de gras protectrice. Le nom de ce processus, le culottage, a d’ailleurs trouvé son chemin dans le grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française (OQLF) à l’initiative de M. St-Martin qui, dit-il, en a expliqué les origines par courriel. « J’ai cité, je crois, Balzac, qui disait qu’il aimait une pipe [à tabac] bien culottée… […] Et j’ai reçu un courriel d’eux autres disant : “Merci, votre définition est maintenant rajoutée au Grand Dictionnaire !” »

Chantale Pelletier et la passion « des vieilles choses »

De biais avec le kiosque de Benoît St-Martin se trouve celui de Chantale Pelletier. Généraliste, l’endroit fourmille de bijoux, de vieilles enseignes, de lampes, de tasses, de cadres et de magazines d’époques variées.

« J’adore les camées [un bijou qui met une petite sculpture en relief], confie celle qui tient commerce depuis un peu moins de dix ans. J’aime beaucoup aussi les vieilles photos. Tout ce qui a rapport au papier : les vieux magazines, les livres… » énumère-t-elle d’un ton chaleureux.

Le goût des antiquités est « venu un peu sur le tard », au fil de visites de ventes-débarras, admet-elle. Elle précise s’être familiarisée avec le Marché aux puces Saint-Michel à l’invitation d’un ancien copain qui avait un kiosque, avant de reprendre plus tard les lieux avec sa propre collection. Elle retrouve aujourd’hui la dynamique sociale qu’elle appréciait dans son ancienne vie en restauration. « Ça fait que ce n’est pas un travail », conclut-elle.

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