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Immanuel Wallerstein avait prédit la chute de l’Empire américain

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Peu après le 11 Septembre, Immanuel Wallerstein, théoricien des systèmes mondiaux, avait averti que le déclin de l’Empire américain était inévitable. Mais les dirigeants américains ne voulaient pas entendre que leurs jours de gloire appartenaient au passé, et ils ont géré ce déclin de la pire manière qui soit.

Source : Jacobin, Gregory P. Williams
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Immanuel Wallerstein estimait que les États-Unis pouvaient réagir au déclin impérial de deux manières : en devenant une société plus progressiste et égalitaire, ou en dérivant vers le néofascisme. Il est malheureusement évident aujourd’hui laquelle de ces tendances l’emporte. (Semaanurbulbul / CC BY-SA 4.0 [recadrée])

En juillet 2002, Immanuel Wallerstein a participé à l’émission matinale de C-SPAN consacrée aux appels des auditeurs. Il venait d’écrire un essai pour le magazine Foreign Policy au titre provocateur : « L’aigle s’est écrasé ». Wallerstein y affirmait que la position dominante des États-Unis sur la scène mondiale était en déclin.

Au moment où il s’exprimait, moins d’un an s’était écoulé depuis les attentats terroristes du 11 Septembre et l’invasion de l’Afghanistan qui a suivi. L’administration Bush préparait ses forces armées et l’opinion publique américaine à l’invasion de l’Irak qui devait débuter en mars 2003.

Il faut rappeler que George W. Bush était alors une figure populaire. La cote de popularité du président avait atteint un record de 90 % en septembre de l’année précédente et restait supérieure à 70 % lorsque Wallerstein a rendu public son message sur le déclin.

Cependant, cela a dû sembler à Wallerstein le moment idéal pour intervenir. Il écrivait sur le déclin de l’hégémonie américaine depuis le début des années 1980. Pourtant, il croyait encore, dans l’intervalle entre les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, que les États-Unis avaient la possibilité de gérer efficacement leur déclin.

Wallerstein ne pensait pas qu’il fût possible de prolonger indéfiniment la domination mondiale d’une grande puissance. Il constatait que les grandes puissances deviennent hégémoniques – un terme qui désigne une domination mondiale sans égale – en raison de facteurs économiques, politiques et militaires qui, en fin de compte, provoquent également l’érosion de cette hégémonie. Le déclin de l’hégémonie américaine a commencé bien avant le 11 Septembre, avec le ralentissement économique des années 1970 et la guerre américaine au Vietnam.

Pour Wallerstein, les États-Unis étaient confrontés au choix de toutes les puissances hégémoniques en déclin : décliner avec dignité ou décliner de manière précipitée. George W. Bush a choisi la seconde option. Aujourd’hui, Donald Trump a encore accéléré le déclin américain en déployant de manière agressive l’une des rares armes qui restent à une hégémonie moribonde : sa puissance militaire extrêmement forte.

Les cycles de l’hégémonie

Pourquoi l’hégémonie américaine était-elle en déclin ? Pour Wallerstein, l’hégémonie américaine du XXe siècle ne différait guère de l’hégémonie néerlandaise du XVIIe siècle ou de l’hégémonie britannique du XIXe. Ces trois puissances (et uniquement celles-ci, selon lui) ont accédé à l’hégémonie en surfant sur une vague de forces économiques qu’elles ne pouvaient pas tout à fait contrôler et en s’imposant militairement face à un rival. Après avoir triomphé, la puissance hégémonique s’est attachée à créer des organisations à son image. Les Britanniques, par exemple, ont pris le dessus sur la France, puis ont créé le Concert européen en 1815.

Wallerstein ne pensait pas qu’il fût possible de prolonger indéfiniment la domination mondiale d’une grande puissance.

L’ascension des États-Unis vers l’hégémonie a commencé à la suite de la récession mondiale de 1873. Selon Wallerstein, le recul de la part de la Grande-Bretagne sur les marchés mondiaux était dû aux États-Unis et à son principal rival, l’Allemagne. Les États-Unis sont devenus un grand producteur d’acier, puis d’automobiles, tandis que l’Allemagne est devenue un grand producteur de produits chimiques industriels. L’essor économique de chaque État a fait suite à une crise politique interne et à une (relative) stabilisation : pour les États-Unis, la victoire de l’Union lors de la guerre de Sécession ; pour l’Allemagne, l’unification sous la direction prussienne après la guerre contre la France.

Wallerstein considérait les deux guerres mondiales comme une prolongation de la guerre de Trente Ans entre ces rivaux. Il a noté que les Provinces-Unies des Pays-Bas et la Grande-Bretagne étaient également parvenues à l’hégémonie à l’issue de guerres ayant duré environ trois décennies (dans le cas des Pays-Bas, cela s’est produit après la guerre de Trente Ans initiale, entre 1618 et 1648).

Après avoir vaincu l’Allemagne et les puissances de l’Axe en 1945, les dirigeants américains estimaient que trois éléments étaient nécessaires pour maintenir leur prospérité : premièrement, des débouchés internationaux pour leur production industrielle ; deuxièmement, un ordre mondial garantissant le commerce à faible coût ; et troisièmement, une sorte de pacte assurant que la production ne serait pas entravée.

Washington a atteint ces objectifs en reconstruisant l’Europe occidentale et le Japon, en créant de grandes institutions internationales telles que les Nations unies, et en concluant une sorte d’accord avec l’Union soviétique. Cette dernière initiative, symbolisée par la conférence de Yalta de février 1945, revêtait pour Wallerstein une importance bien plus grande que la fondation de l’ONU deux mois plus tard.

Selon la vision traditionnelle, la Guerre froide, qui s’est étendue approximativement de 1945 à 1991 (pour retenir la période la plus longue possible), a constitué un affrontement entre les adversaires américains et soviétiques. Pour Wallerstein, cette période s’articulait en réalité autour d’un pacte implicite entre les grandes puissances. La sphère d’influence américaine couvrait environ les deux tiers du monde, tandis que la sphère d’influence soviétique représentait le reste. Chaque puissance pouvait dominer sa zone d’influence et utiliser la menace de l’autre pour contraindre les partenaires réticents. Les accords de Yalta étaient garantis par un « équilibre de la terreur » entre les nations.

L’apogée de l’hégémonie américaine s’étendit approximativement de 1945 à 1970. Comme toutes les puissances hégémoniques, les États-Unis devinrent victimes de leur propre succès. En 1970, l’Europe occidentale et le Japon étaient, selon Wallerstein, les égaux économiques des États-Unis. En développant des partenaires commerciaux, élément crucial du succès américain de l’après-guerre, les États-Unis se sont également créé des rivaux.

Comme toutes les puissances hégémoniques, les États-Unis ont commencé à perdre leur avantage économique en suivant le même schéma que celui qui leur avait permis de le construire à l’origine. Tout d’abord, la puissance hégémonique perd son avantage dans l’agriculture et l’industrie. Ensuite, elle perd son avantage dans le commerce. Enfin, elle perd son avantage dans la finance.

Toujours dans les années 1970, la défaite de Washington au Vietnam a mis en évidence la faiblesse militaire des États-Unis et démontré leur incapacité à imposer leur volonté au reste du monde. Le Vietnam, écrivait Wallerstein, symbolisait le rejet de l’ordre mondial américain par les peuples oubliés de la planète, parfois appelés « Tiers-Monde », parfois « Sud global ». Le mouvement d’indépendance au Vietnam contre les puissances coloniales (la France, le Japon et les États-Unis) s’inscrivait dans le prolongement du mouvement de protestation mondial qui avait atteint son paroxysme en 1968. Selon Wallerstein, « les militants de 1968 ne se sont pas contentés de condamner l’hégémonie américaine. Ils ont condamné la collusion soviétique avec les États-Unis, ils ont condamné Yalta » et ils ne voyaient que « deux camps – les deux superpuissances et le reste du monde ».

L’effondrement de l’Union soviétique en 1991, là encore contrairement à l’idée reçue, a été pour Wallerstein un désastre pour les États-Unis, car ceux-ci ont perdu leur grand Autre. Dans un essai de 1992, Wallerstein insistait sur le fait que la Guerre froide n’était « pas un jeu à gagner, mais plutôt un menuet à danser. […] La fin de la Guerre froide a en effet éliminé le dernier pilier majeur de l’hégémonie américaine et de la prospérité des États-Unis, le bouclier soviétique ».

La réponse de Washington au déclin de son hégémonie a consisté à affirmer sa grandeur, en paroles et en actes, en cherchant à reconquérir sa position dans le monde. Mais, comme l’a expliqué Wallerstein sur C-SPAN, « si vous êtes numéro un, vous n’avez pas besoin de crier que vous êtes numéro un. Les gens savent que vous êtes numéro un. Si vous devez crier, c’est qu’il y a un problème. Il se passe quelque chose. »

Tirer sur le messager

De nombreux auditeurs de C-SPAN n’ont pas apprécié le message de déclin délivré par Wallerstein. L’un d’eux a demandé si des drapeaux flottaient sur le campus de Yale, compte tenu du parti pris anti-américain apparent de Wallerstein. Un autre a accusé Wallerstein d’avoir échappé à la conscription pour la guerre du Vietnam, sans réaliser que celui-ci avait été appelé sous les drapeaux bien plus tôt, pendant la guerre de Corée. Un troisième a frissonné à l’idée de voir Wallerstein devenir président : « Si un type comme lui venait à diriger les États-Unis, le pays finirait comme un tatou, recroquevillé en boule, attendant qu’on lui donne un coup de pied. »

De telles manifestations d’indignation n’avaient rien d’inhabituel pour Wallerstein, qui avait écrit sur le poids psychologique et national que le déclin hégémonique fait peser sur ceux qui le subissent. C’était une période potentiellement dangereuse pour la politique intérieure et pour les dirigeants vers lesquels le public risquait de se tourner.

Dans l’émission, Wallerstein a expliqué qu’il n’était que le messager, et que les États-Unis s’isolaient du monde – non seulement des nations qu’ils devaient courtiser, mais aussi de leurs alliés les plus proches. « Si vous surestimez votre pouvoir et que vous vous comportez en tyran, a-t-il déclaré, vous perdez davantage que si vous vous engagez dans un dialogue élémentaire. »

Le déclin ne signifiait pas pour autant une catastrophe. Historiquement, les puissances hégémoniques ne tombent pas très bas.

Certains auditeurs considéraient que Wallerstein tentait de réformer la politique étrangère américaine. L’un d’eux a demandé comment répondre aux accusations d’anti-américanisme. Wallerstein a expliqué qu’il essayait de faire appel à la raison. Il a fait valoir que la politique étrangère américaine allait à l’encontre des intérêts individuels :

Je ne fais pas appel à votre altruisme. Je fais appel à votre égoïsme. Vous provoquez un impact négatif bien plus rapide sur les États-Unis et sur la vie que vous menez. En termes de niveau de vie, en termes de risque de mortalité, en termes de tout ce que vous défendez, vous serez moins bien lotis en poursuivant ces politiques qu’en changeant de cap.

Le déclin ne signifiait pas une catastrophe. Historiquement, les puissances hégémoniques ne tombent pas très bas. Elles se retrouvent parmi les autres grandes puissances, bien qu’avec un confort matériel supérieur à celui de la plupart d’entre elles (il suffit de regarder les Pays-Bas ou le Royaume-Uni aujourd’hui).

De plus, comme l’écrivait Wallerstein dans cet essai de 1992, le déclin pourrait être « la plus grande bénédiction qui soit ». Les États-Unis avaient l’occasion d’embrasser la moralité. C’est « Abraham Lincoln qui a donné le ton moral : Tout comme je ne voudrais pas être un esclave, je ne voudrais pas non plus être un maître. »

Au début des années 1990, Wallerstein envisageait deux avenirs possibles pour l’Amérique. L’un impliquerait le néofascisme, caractérisé par des conflits sociaux, les couches les plus défavorisées étant soumises à la brutalité et aux préjugés. Le second scénario, plus porteur d’espoir, serait une forme de solidarité nationale fondée sur la social-démocratie et une évolution vers l’égalitarisme.

Bien que Wallerstein ne fût pas enclin à des prévisions excessivement optimistes, il estimait que la voie égalitaire était plus probable que la voie néofasciste. Il envisageait une catharsis, issue d’un « stress social partagé », combinée à la prospérité économique américaine et aux notions populaires de liberté, qui donnerait naissance à un mouvement contre les principaux aspects de la « répartition inégale » : genre, race et ethnicité, âge et classe sociale. Il estimait que l’élan de 1968, après avoir ébranlé l’hégémonie américaine et détrôné l’idéologie du libéralisme centriste, conduirait à un mouvement de masse en faveur du progrès.

Wallerstein s’appuyait également sur l’histoire. Lors des deux premiers cas d’hégémonie dans l’économie mondiale capitaliste – néerlandaise et britannique – le déclin hégémonique avait finalement été suivi d’une évolution vers le bien-être et l’égalité. Pourquoi les États-Unis devraient-ils être si différents ?

Cependant, Wallerstein laissait également ouverte la possibilité d’un néofascisme. Si la fin de la Guerre froide signifiait la fin de la domination américaine sur les deux tiers du monde, alors elle signifiait également la fin du libéralisme centriste en tant que garant culturel de l’économie mondiale capitaliste. Au moins depuis les révolutions de 1848, le libéralisme centriste avait été la force gravitationnelle qui maintenait en échec la gauche radicale et la droite conservatrice.

Le libéralisme centriste promettait la réalisation des droits démocratiques et du bien-être économique, non pas immédiatement pour tous les peuples, mais au cours d’un processus lent et ordonné, géré par l’État sur plusieurs générations. Le libéralisme centriste, comme l’expliquait Wallerstein dans son ouvrage « The Modern World-System IV », était utilisé par « les forts [pour] tempérer le mécontentement des faibles ». Les individus puissants tempéraient le mécontentement des masses faibles, et les États puissants tempéraient celui des États faibles.

Pourtant, l’avantage économique des États-Unis s’est effrité lorsque les pays du Sud ont commencé à rejeter la structure du pouvoir établie à Yalta. Après l’effondrement de l’un des principaux acteurs, l’Union soviétique, les masses et les États faibles se sont révélés ne pas être si faibles que cela, après tout. Dans ce contexte, selon Wallerstein, « les conservateurs redeviendraient des conservateurs, et les radicaux, des radicaux. Les libéraux centristes n’ont pas disparu, mais leur nombre a été réduit ». Les possibilités idéologiques étaient désormais infinies.

Après la Guerre froide, Wallerstein voyait un fort potentiel pour que le déclin de l’hégémonie américaine s’accompagne d’une redistribution économique au niveau national.

Après la Guerre froide, Wallerstein voyait un fort potentiel pour que le déclin de l’hégémonie américaine s’accompagne d’une redistribution économique au niveau national. Dix ans plus tard, le mouvement radical ne s’était pas concrétisé, tandis que les faucons conservateurs étaient solidement installés au pouvoir. Ils cherchaient à faire preuve de puissance militaire car, selon eux, « si Washington n’exerce pas sa force, les États-Unis seront de plus en plus marginalisés ».

Mais Wallerstein estimait que leurs actions avaient l’effet inverse. Compte tenu du caractère inévitable du déclin, la politique étrangère musclée de l’administration Bush « ne fera que contribuer au déclin des États-Unis, transformant une descente progressive en une chute bien plus rapide et tumultueuse ».

Rétrospectivement, l’essai et l’intervention télévisée de Wallerstein en 2002 constituaient une tentative pour faire dévier les États-Unis de leur trajectoire. Il avait manifestement abandonné tout espoir d’un mouvement social-démocrate et reportait désormais son attention sur la puissance hégémonique en déclin elle-même.

À l’été 2002, plus de six Américains sur dix étaient favorables à l’ouverture d’une deuxième guerre en Irak. L’opinion de Wallerstein était celle d’un groupe de critiques impopulaires mais tenaces. Face à de telles critiques, le président Bush se contentait de faire remarquer que l’histoire jugerait ses actions.

Aujourd’hui, il est clair que les faucons n’ont pas pu préserver l’hégémonie américaine, ni refaçonner le monde d’une manière plus favorable aux intérêts des États-Unis. Que s’est-il passé entre cette époque et aujourd’hui ?

Déclin et déni

Le XXIe siècle n’a pas été favorable aux États-Unis. Les dirigeants américains ont tout mis en œuvre pour reconquérir leur hégémonie perdue. Alors que la puissance économique des États-Unis s’est affaiblie par rapport au reste du monde, Washington a eu recours à son armée pour faire preuve de force et réaliser ses ambitions politiques.

À mesure que la puissance économique des États-Unis s’est affaiblie par rapport au reste du monde, Washington a eu recours à son armée pour afficher sa force.

En réalité, les États-Unis se sont lancés dans davantage d’interventions militaires depuis 1991 qu’ils ne l’avaient fait entre 1798 et 1990. Ce choix correspondait à la stratégie classique d’une puissance hégémonique en déclin et dans le déni, consciente de son déclin, mais ignorant que sa meilleure option viable consistait à gérer correctement ce déclin.

Les États-Unis n’ont pas rendu le monde plus pacifique ni plus prospère, pas plus qu’ils n’ont amélioré la situation des nations qu’ils ont envahies. Dans « European Universalism: The Rhetoric of Power » [La réthorique de la puissance, 2006], Wallerstein remettait en question la logique de l’interventionnisme. La puissance envahissante améliore rarement la situation du territoire envahi par rapport à ce qu’elle aurait été sans intervention, une conclusion confirmée par les aventures militaires américaines à travers le Moyen-Orient.

Le verdict rendu par Wallerstein en 2002 aurait pu être rédigé cette année (voire cette semaine, d’ailleurs). Il écrivait que les États-Unis se retrouvaient être « une superpuissance isolée dépourvue de véritable pouvoir, un leader mondial que personne ne suit et que peu respectent, et une nation dérivant dangereusement au milieu d’un chaos mondial qu’elle ne peut contrôler ». Le contrecoup des événements de 1968 qu’il décrivait provenait aussi bien du Sud global non aligné que des masses mécontentes sur le territoire américain. Au XXIe siècle, cette enchaînement qui a débuté au niveau du système-monde s’est rapidement propagé à la politique intérieure américaine, avant de se répercuter à nouveau vers l’extérieur.

La fin de la Guerre froide a détaché le radicalisme et le conservatisme du libéralisme centriste. Les effets ont été dramatiques. Des décennies de consensus néolibéral ont été remises en cause par des personnalités telles que Donald Trump et Bernie Sanders. Lorsque Trump a accédé à la présidence – une première fois en 2017, puis à nouveau en 2025 – il l’a fait en tant que détracteur de l’ordre libéral américain.

Cependant, le slogan « America first » n’a pas entraîné la relance de la production nationale, l’amélioration de la protection sociale ni la protection des travailleurs. Au contraire, le trumpisme se caractérise par une corruption massive et éhontée (tant au niveau national qu’à l’étranger), par le militarisme à l’étranger et par des politiques nationales de déportation de masse. Les États-Unis ont continué à étendre leurs engagements militaires et à augmenter leurs dépenses militaires, mais sans s’engager en faveur de la protection sociale au niveau national. Parallèlement, l’optimisme des Américains quant à l’avenir a globalement diminué depuis 2013.

En bref, les États-Unis ont choisi la voie néofasciste que Wallerstein considérait initialement comme la moins probable : conflits sociaux, brutalité et préjugés. Les membres des classes supérieures ont cherché à conserver leurs privilèges et leurs avantages considérables. Les Américains mènent par conséquent une vie plus précaire, vivant de salaire en salaire, avec moins de protections contre les risques liés à la maladie, à la vieillesse et à l’instabilité de l’emploi.

En 2026, la guerre menée par les États-Unis en Iran résume deux tendances du déclin hégémonique américain. L’une est l’incapacité des États-Unis à imposer leur volonté malgré une armée extrêmement puissante. L’autre est le mécontentement de l’opinion publique américaine face à une baisse du niveau de vie et à une classe dirigeante en laquelle elle n’a plus confiance.

Comme l’a souligné Wallerstein, ces sentiments de mécontentement peuvent constituer de puissants catalyseurs d’action politique. Washington pourrait bien se retrouver une nouvelle fois pris au dépourvu face à des événements chaotiques, tant au niveau mondial que national, qu’il ne peut contrôler.

*

Gregory P. Williams est maître de conférences en sciences politiques et relations internationales à l’université Simmons de Boston. Son ouvrage, « Contesting the Global Order: The Radical Political Economy of Perry Anderson and Immanuel Wallerstein » [La contestation de l’ordre mondial : la politique économique radicale de Perry Anderson et Immanuel Wallestein], a été désigné « ouvrage universitaire remarquable » par l’Association américaine des bibliothèques.

Source : Jacobin, Gregory P. Williams, 20-08-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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