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Ce jeudi 1er octobre 2026, un policier a été condamné pour avoir frappé un homme dans le dépôt du tribunal de Bobigny.
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Par Antoine Blanchet Publié le 2 oct. 2026 à 6h04
Il y a un an, le dépôt du tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a fait la Une de l’actualité. Deux policiers en faction ont été mis en examen pour le viol d’une prévenue dans l’une des cellules insalubres du bâtiment. Au sein de la juridiction, une « commission dépôt » a été instituée entre le parquet, la préfecture et la présidence du tribunal, dans le but d’éviter de nouvelles violences. Ce jeudi 1er octobre 2026, un policier a été condamné pour avoir frappé un détenu dans les profondeurs des geôles judiciaires. Des coups au visage et au ventre qui ont occasionné trois jours d’incapacité totale de travail à la victime.
« Il me fait face. Il est véhément »
Il faut remonter au 19 février 2026. Cet après-midi là, à l’énoncé du délibéré de la 17e chambre correctionnelle, l’ambiance se tend dans le box. Samir* vient d’être condamné à de la prison ferme. En parallèle, il vient d’apprendre le décès de son frère. Sa mère pleure dans la salle. Il commence à jurer. Les policiers, dont William R., le menottent. Une fois rentré dans les geôles, la tension ne redescend pas. « Il me fait face. Il est véhément. Il m’ordonne de ne pas le toucher », affirme le policier de 26 ans à la barre ce mercredi.
L’agent prévenu explique avoir porté des coups en réaction à l’attitude de Samir. Ce dernier l’aurait saisi par l’avant-bras. En réponse, il aurait porté plusieurs coups. Pas de violences, mais des « moyens coercitifs ». Peu convaincu, le président de la 14e chambre demande à la victime de venir à la barre. Actuellement incarcéré, il doit feindre d’avoir les menottes qu’on lui a ôtées à son arrivée dans la salle.
Un peu mal assuré, le policier engoncé dans sa chemise blanche tente de rejouer la scène. La représentation ne bouleverse pas les magistrats.
« J’essaie de comprendre vraiment. Comment a-t-il pu vous attraper le bras alors qu’il était menotté ? », demande, circonspect, le président.
William R. parle aussi d’un crachat reçu au niveau de l’œil.
« Mais si un prévenu vous crache dessus, c’est quoi la réaction qu’on vous apprend en école de police ? Lui mettre une droite ? », l’interpelle le président.
« J’aurais dû laisser faire les collègues », reconnaît le prévenu.
« Il nous prend pour des jambons »
La victime livre un récit bien différent. « Il s’est acharné sur moi. Coups de pied. Coups de poing. Il était heureux. En prison, je dors, je pense à lui », abonde Samir à la barre, sous les yeux de sa famille. « Là, il nous prend tous pour des jambons. Il ment. Assume », lance-t-il en jetant un regard à l’agent impassible. La victime assure aussi que ce dernier l’a poussé dans les escaliers en colimaçon menant aux sous-sols. « Ça n’est jamais arrivé », dément William R..
La victime n’est pas la seule à soutenir cette thèse de la violence gratuite. Il y a son ancienne avocate qui, au moment du délibéré, est descendue dans les geôles et a vu son client en train de se faire frapper. Selon elle, William R. aurait tout de suite arrêté ses gestes et aurait feint d’avoir mal au ventre. « Si elle n’était pas intervenue, j’étais passé à tabac », a déclaré Samir aux enquêteurs de l’Inspection générale de la police nationale.
Il y a aussi la vidéo. Si, depuis la commission dépôt, les agents doivent avoir leur caméra-piéton allumée en permanence, le prévenu, affecté à l’armement des geôles, n’était pas habilité à en avoir une. Néanmoins, la caméra du couloir a filmé une partie de la scène. Huit secondes où l’on voit l’agent porter des coups. Ce sont des collègues qui viennent finalement le stopper.
Autre élément à charge : le témoignage d’un autre policier du dépôt. « C’est assez rare pour le souligner », glisse le président. Celui-ci a vu son collègue tirer la victime par le col et la frapper. Là encore, le principal intéressé nie.
Le président tente une ultime question pour essayer de fissurer ces dénégations.
« Votre parole, elle a un poids hyper important, pour nous, mais aussi pour la victime. Elle, elle sait la vérité. Et là, si ça se trouve, elle voit le mensonge d’un fonctionnaire de police. Ça peut avoir des conséquences désastreuses sur son parcours. Vous en avez conscience ? ».
« Je confirme mes propos, les siens sont mensongers ».
Six mois de prison avec sursis requis
Ce parole contre parole se poursuit dans la joute oratoire qui oppose les avocats de Samir et de William R.. Le premier parle « d’extravagance » et « d’inepties » dans la défense du policier. « Il a un comportement tout à fait odieux et tout à fait lâche », rugit le pénaliste en pointant le prévenu du doigt. Il demande 3 000 euros de dommages et intérêts pour son client. À l’inverse, l’avocat de la défense s’appuie sur les blessures du policier après les faits. William R. s’est vu octroyer plusieurs jours d’incapacité totale de travail après les faits. La relaxe est demandée. « Ce ne sont pas huit secondes de vidéo qui vont faire de lui un délinquant », fustige l’avocat.
Et entre les deux, il y a le parquet. C’est uniquement la vidéo qui fait pencher la procureure dans ses réquisitions. « J’ai du mal à comprendre cet énervement du prévenu. Il s’est senti autorisé à frapper jusqu’à ce qu’on lui dise qu’il était filmé. Je vais vous demander de condamner », déclare la magistrate. Elle demande six mois de prison avec sursis ainsi qu’une interdiction d’exercer.
Finalement, le tribunal décide d’aller plus loin que le parquet. William R. est condamné à huit mois de prison avec sursis. Il ne pourra plus exercer la profession de policier pendant une durée de six mois. Il dispose de dix jours pour faire appel de la décision.
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