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Il a commencé en 1879 à ramasser des pierres sur sa tournée de facteur : 33 ans plus tard, son jardin de la Drôme abritait un palais entier

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Avril 1879, sur un chemin de terre près de Hauterives, dans la Drôme. Un facteur de la campagne drômoise trébuche sur une pierre à la forme si bizarre, à la fois si pittoresque. Il la ramasse, la retourne entre ses mains, puis la glisse dans sa sacoche. Trente-trois ans plus tard, en 1912, le jardin de cet homme abrite un palais entier, sculpté pierre après pierre par ses seules mains. Cet homme s’appelle Ferdinand Cheval.

À retenir

  • Une pierre trouvée par hasard déclenche une obsession de trois décennies
  • Combien de kilomètres ce facteur a-t-il parcouru pour récolter ses matériaux ?
  • Comment un homme sans formation a-t-il réussi l’impossible dans son potager ?

Sommaire

  1. Une pierre d’achoppement devenue obsession
  2. Trente-trois ans de nuits passées à bâtir seul
  3. Refusé au paradis de pierre, il se construit un tombeau
  4. De la risée du village au chef-d’œuvre classé

Une pierre d’achoppement devenue obsession

Ferdinand Cheval a alors 43 ans. Ferdinand Cheval, facteur âgé de 43 ans, butte sur une pierre si bizarre lors de sa tournée qu’elle réveille un rêve. Rien, à première vue, ne prédestinait cet homme à devenir bâtisseur. Fils de paysans modestes, il avait été boulanger avant de tenter, à 31 ans, le concours de facteur rural. Son quotidien ? Arpenter les chemins autour d’Hauterives, sacoche à l’épaule, pour distribuer le courrier des hameaux voisins.

La pierre qui le fait trébucher n’est que la première d’une longue collection. En autodidacte, il va consacrer 33 ans de sa vie à bâtir seul un palais de rêve dans son potager, parcourant chaque jour une trentaine de kilomètres pour ses tournées, aidé de sa fidèle brouette. Le soir venu, il repart chercher les pierres repérées dans la journée, les entasse, les trie. Lui-même résumera cette bascule intérieure dans une formule restée célèbre : « Pour distraire mes pensées, je construisais en rêve, un palais féérique… »

Trente-trois ans de nuits passées à bâtir seul

Le rêve prend forme lentement, à la seule force d’un homme qui n’a reçu aucune formation d’architecte ni de sculpteur. Il travaille la nuit, à la lueur d’une lampe à pétrole, dans son jardin, après ses journées de tournée. Grès, molasse, coquillages ramassés au fil des chemins : chaque matériau trouve sa place dans un édifice qui mêle temple hindou, château médiéval et chalet suisse, sans qu’aucun plan préalable n’ait jamais existé. Le facteur invente au fur et à mesure, guidé par les cartes postales et les magazines illustrés qu’il distribue chaque jour.

Le village le regarde d’abord avec méfiance, voire moquerie. Un facteur qui charrie des cailloux dans une brouette au lieu de rentrer chez lui, cela nourrit les conversations. Mais l’homme persiste, année après année, sans jamais dévier de son projet. 33 ans plus tard, en 1912, le bâtiment devient bel et bien réel, désigné sous le nom de Palais idéal. À 76 ans, Ferdinand Cheval a bâti seul ce que personne, dans la région, n’aurait imaginé possible.

Refusé au paradis de pierre, il se construit un tombeau

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle ne le fait pas. Ferdinand Cheval rêvait d’être enterré dans son Palais, à l’intérieur même de l’œuvre qu’il avait façonnée de ses mains. La loi française sur les cimetières s’y oppose formellement : on ne s’inhume pas où l’on veut. Du palais idéal qui deviendrait aussi un tombeau idéal il n’y avait qu’un pas qu’on ne lui laissa pas franchir, et Ferdinand se résolut à se conformer aux contraintes légales en se faisant enterrer dans le cimetière communal, mais en choisissant lui-même la forme de sa tombe.

Alors il recommence. Au cimetière du village, avec les mêmes gestes et les mêmes matériaux glanés sur les chemins, il élève ce qu’il baptisera le tombeau du silence et du repos sans fin. C’est ainsi qu’à partir de 1914, il passa huit années supplémentaires à charrier des pierres jusqu’au cimetière d’Hauterives et à les assembler. Il achève ce second chantier à 86 ans. Le Palais lui aura pris 33 ans ; le tombeau, huit de plus. Ferdinand Cheval meurt en 1924, à 88 ans, et repose bien dans cette dernière œuvre, la seule où la loi lui permettait d’entrer.

De la risée du village au chef-d’œuvre classé

La reconnaissance, elle, viendra d’ailleurs et bien après. Dans les années 1920, un cercle inattendu s’intéresse à ce palais de pierre né dans un potager drômois : les surréalistes. André Breton et Marcel Duchamp l’élèvent au rang d’icône, tout comme Dubuffet et son art brut. Picasso, Paul Éluard ou Robert Doisneau font le déplacement jusqu’à Hauterives pour contempler ce qu’un facteur sans formation avait réussi à ériger seul, loin des académies et des ateliers parisiens.

Il faudra attendre 1969 pour que l’État reconnaisse officiellement la valeur de l’édifice. En septembre 1969, le ministre des Affaires culturelles André Malraux classe le Palais Idéal au titre des Monuments historiques, une décision présentée à l’époque comme l’aboutissement d’un dossier compliqué. Le tombeau du cimetière d’Hauterives obtiendra à son tour ce statut, mais bien plus tard, en 2011. Aujourd’hui, le Palais idéal attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs venus admirer, dans un jardin de la Drôme, ce qu’un homme peut bâtir quand une simple pierre change le cours de sa vie.

Sources : parisladouce.com | culture.gouv.fr

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