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La France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans ».

QUENTIN TOP / Hans Lucas via AFP
Une porte vitrée menant aux services d’obstétrique, de maternité, de néonatologie et de pédiatrie de l’hôpital de Pau, le 1er décembre 2025.
Comment enrayer la forte mortalité infantile en France ? Discrètement publié en ce début août, un rapport officiel avance quelques pistes, sans juger forcément pertinente la poursuite d’une politique de fermeture des petites maternités.
Ce rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), instance commune aux ministères sociaux, remonte à janvier mais n’a été publié que mardi 4 août, avec huit mois de retard, après un article du Canard enchaîné révélant son existence.
Le constat est connu, déjà documenté : la France subit, en matière de mortalité des nouveau-nés, « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans », qui la met dans une « position internationale défavorable ».
Autrefois bien placée parmi les pays développés, la France a reculé depuis le début des années 2010 vers le bas du classement, avec plus de quatre bébés sur 1 000 décédés avant leur premier anniversaire en 2024.
En 2024, « si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3 ‰, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées » et cela aurait été 1 057 enfants avec « les résultats de l’Italie ou du Portugal, soit une mortalité infantile de 2,5 ‰ », selon le rapport.
La cause n’est pas unique, rappellent les trois auteurs, parmi lesquels l’ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle, pour qui « le poids des facteurs d’ordre populationnel paraît déterminant, sans que l’on puisse lui apporter une pondération précise ». Autrement dit, plusieurs facteurs jouent, sans savoir à quel point : l’âge de plus en plus tardif des grossesses, qui augmente le risque de complication, la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes...
« Réponse datée »
S’y ajoute un rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales qui amplifient, de manière de plus en plus documentée, le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère.
Le rapport rappelle que les régions d’outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants. La situation s’est aussi dégradée en Île-de-France.
En revanche, les auteurs écartent l’hypothèse, souvent débattue, que les fermetures des petites maternités, en cours depuis plusieurs années, expliqueraient la hausse de la mortalité néonatale.
Ils constatent que des pays observent de meilleures performances, tant en ayant pour certains concentré les naissances dans des grandes maternités qu’en conservant pour d’autres, comme l’Italie, de petits établissements.
« Dès lors, proposer (...) comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités », aujourd’hui à 300 accouchements par an, « constituerait une réponse mécanique, datée », selon eux.
Le sujet est sensible. Nombre d’élus locaux refusent la fermeture de maternités, présentée comme une cause de la dégradation des soins, tandis que les sociétés de médecins estiment plutôt que ces établissements, par manque d’activité, représentent un danger pour les mères et les enfants.
Des soignants agacés
Mais pour le rapport, « l’essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue » d’abord lors de la grossesse, « dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque » et après l’accouchement, dans celle « à prendre en charge les jeunes enfants dont l’état le requiert dans les services de néonatalogie ».
Le ministère de la Santé a salué « un travail de fond, très riche » à même d’« alimenter le débat public ».
Chez les soignants interrogés par l’AFP, médecins gynécologues et sages-femmes, les conclusions du rapport ne surprennent guère, mais sa publication discrète agace, alors que la ministre Stéphanie Rist promet depuis plusieurs mois d’agir.
« Le mois d’août, ce n’est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes », regrette auprès de l’AFP Isabelle Derrendinger, présidente du conseil national de l’Ordre des Sages-Femmes, y voyant un choix « significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France ».
« C’est incompréhensible qu’il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit des ressources humaines », a renchéri Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF).
Stéphanie Rist a annoncé début juillet plusieurs mesures. Elles correspondent largement aux préconisations de l’Igas, avec la mise en place d’actions de prévention et la révision de décrets sur les soins périnataux, jugés obsolètes. La question des maternités a, elle, été repoussée à octobre.


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