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Hors des ondes avec Alexandre : on a mis quelqu’un au monde…

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La semaine dernière, lors d’une visioconférence, j’ai eu la chance de répondre aux questions d’un groupe d’étudiants en science politique de l’Université du Québec à Chicoutimi. Des jeunes allumés, curieux, affables… qui ne passent pas par quatre chemins pour dire ce qu’ils pensent des médias traditionnels!

Si je devais résumer les questions qui m’ont été posées, je dirais qu’elles portaient beaucoup sur le sensationnalisme, sur l’instrumentalisation des journalistes par les partis politiques, sur la pertinence du cycle d’information en continu et sur la superficialité de certaines nouvelles.

Gros programme, n’est-ce pas? Pourtant, les discussions ont été empreintes de respect. On ne m’a pas lancé de tomates, bien au contraire.

Les jeunes avaient une envie sincère de comprendre ce qui leur échappait ou de manifester poliment leur désapprobation d’une partie de la couverture médiatique. Du moins, c’est l’impression que j’ai eue.

C’est d’ailleurs ce qui m’a inspiré le titre de la présente chronique : on a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter , comme le chantait si bien le regretté Serge Fiori…

En tendant l’oreille aux doléances de la jeune génération, on comprend aisément ce qui les éloigne des médias traditionnels. Le plus récent rapport NETendances de l’Académie de la transformation numérique (nouvelle fenêtre) contient des données qui devraient nous alarmer.

Perte de confiance

En 2025, seulement 22 % des 18-34 ans ayant participé à cette enquête au Québec avaient une forte confiance envers les médias traditionnels, un pourcentage en baisse de huit points par rapport à l’année précédente.

À titre de comparaison, chez les 55 ans et plus, la proportion de répondants ayant une forte confiance envers les médias traditionnels était trois fois plus élevée, à 61 %. Il y a donc bel et bien un fossé générationnel.

Heureusement, 57 % des 18-34 ans ont répondu avoir une confiance modérée envers les médias traditionnels. Tout n’est donc pas perdu. Le problème, c’est qu’une confiance modérée traduit une certaine méfiance. Pour plusieurs, l’étape suivante est sans doute la désertion.

D’ailleurs, 74 % des 18-34 ans ont dit s’informer sur les réseaux sociaux, un pourcentage en hausse de 12 points par rapport à l’année précédente. Le succès des influenceurs d’actualité y est assurément pour quelque chose, mentionnait le rapport NETendances.

Les données du rapport NETendances sont tirées d’un panel web mené auprès de 992 internautes québécois de 18 ans et plus entre le 11 et le 30 septembre 2025. Le rapport ne présente pas de marge d’erreur puisqu’il s’agit d’un sondage web.

Prêcher aux convertis

Si les réseaux sociaux ont tendance à nous enfermer dans des chambres d’écho, c’est notre capacité à cohabiter, à connaître la société dans laquelle nous évoluons et à faire vivre le débat démocratique qui sont en jeu.

Les risques de voir les jeunes se désintéresser des médias traditionnels sont donc évidents, à long terme. Or, pour que les jeunes développent un appétit pour ceux-ci, encore faut-il qu’ils y trouvent quelque chose d’alléchant qui les rejoint et qui leur ressemble.

Et c’est là où, parfois, les médias traditionnels semblent avoir le plus de peine à s’adapter.

Il est vrai que les guides déontologiques des médias sont des remparts contre les excès. Bien qu’imparfait, ce système d’autorégulation permet au public de porter plainte au Conseil de presse du Québec (ou à l’ombudsman de Radio-Canada) lorsqu’il constate une faute professionnelle.

Cela peut se traduire par un blâme dont les conséquences réputationnelles incitent nécessairement les journalistes à bien faire leur travail.

Or, invoquer cet argument, c’est prêcher aux convertis. Les jeunes ne deviendront pas soudainement plus convaincus que les médias traditionnels sont fiables simplement parce qu’ils sont régis par certaines balises !

Comme le disait l’ex-directeur de l’Institut Reuters (nouvelle fenêtre), que je traduis ici librement, renouveler le contrat social entre le journalisme et le public nécessitera plus que de simplement répéter que les nouvelles sont très bien comme elles sont actuellement.

Comment conquérir le cœur des jeunes ?

En écoutant les étudiants la semaine dernière, j’ai eu l’impression que les jeunes ont simplement besoin de sentir qu’on leur parle. Ils ont besoin de sentir que leurs préoccupations sont davantage prises en considération. Ils sont en quête d’authenticité, de transparence.

J’ai aussi bien compris qu’ils sont allergiques au ton parfois dramatique des nouvelles ; ils vivent déjà suffisamment d’anxiété pour ne pas en rajouter au quotidien. Ils m’ont aussi fait comprendre qu’une trop grande partie de la couverture politique relève pour eux de la partisanerie, ce qui les intéresse plus ou moins.

C’est dans cet esprit que j’essaie de mener les entrevues politiques à Première heure. C’est aussi dans cet esprit que nous avons fait une place à des créateurs de contenus comme Farnell Morisset et Phil Lacroix, que nous avons ajouté une chronique réseaux sociaux avec Xavier Gagnon et la chronique “Yo les jeunes” avec Manuel Cardenas.

Comme je vous l’écrivais il y a quelques semaines, je crois fermement en la nécessité de créer des ponts entre les générations et de faire une place plus importante à la jeunesse dans notre émission.

Utilisez votre pouvoir

Il y a néanmoins une partie de l’équation qui ne m’appartient pas. 

J’ai posé une question aux jeunes : s’ils étaient plus nombreux à se joindre aux médias traditionnels et s’ils envoyaient un message clair en consommant davantage certains contenus qui leur plaisent, ne nous amèneraient-ils pas indirectement à leur en offrir davantage?

Les médias, les politiciens et les citoyens sont actuellement prisonniers d’un cercle vicieux : les médias trouvent que les politiciens ont la langue de bois, les politiciens trouvent que les médias cherchent toujours à les prendre en défaut, et les citoyens estiment que la couverture médiatique est peu nourrissante. 

Pourtant, force est de constater que dans tous les médias, les articles les plus populaires… sont parfois les plus triviaux. L’étonnante popularité des contenus liés à Donald Trump et à ses frasques en est une preuve éloquente. 

Beaucoup de gens se plaignent de la surexposition du président américain, mais étrangement, les articles qui le concernent sont presque systématiquement toujours les plus consultés !

Comme consommateur de nouvelles, je fais moi-même le choix d’ignorer certains contenus que je juge inutilement provocateurs, sensationnalistes ou polémistes. Il s’agit de mon libre arbitre et je l’exerce quotidiennement.

J’invite donc les plus jeunes à faire de même. Venez visiter les médias traditionnels et venez y faire entendre votre voix. Consommez ce qui vous touche et faites-nous savoir ce qui vous plaît.

Vous serez peut-être surpris de constater que vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez.

Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante: [email protected].

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