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Depuis longtemps, je m’interroge sur le rythme auquel fonctionne l’univers des médias d’information. Pourquoi allons-nous si vite? Pourquoi les nouvelles sont-elles souvent jugées périmées après 24 heures? Et, de plus en plus, je me pose la question suivante : pourquoi faisons-nous de si courtes entrevues d’actualité?
Mardi dernier, lorsque les micros de Première heure se sont éteints, j’ai poussé un soupir qui oscillait quelque part entre l'insatisfaction et la déception.
Étrangement, nous avions eu une bonne émission avec d’excellents invités : la sénatrice Raymonde Saint-Germain, le maire de Québec, Bruno Marchand, et le député de Lévis, Bernard Drainville, entre autres.
Le problème était ailleurs : j’avais l’impression de n’être allé au fond des choses avec aucun de ces invités. Un peu comme si nous avions mis la table pour un bon repas mais que nous n’avions finalement dégusté que l’entrée.
Mme Saint-Germain, M. Marchand et M. Drainville n’avaient pas esquivé mes questions, au contraire. J'avais trouvé nos échanges passionnants et pertinents. J’aurais voulu poursuivre ces discussions, mais dans les trois cas, j’ai manqué de temps pour le faire. Bref, je suis resté sur mon appétit.

Le maire de Québec, Bruno Marchand. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Xavier Gagnon
Résumer la guerre en six minutes
Mon impression selon laquelle nos entrevues d’actualité sont parfois trop courtes s’est renforcée jeudi lorsque nous avons voulu faire le point sur la guerre au Moyen-Orient avec Gaston Côté, brigadier-général à la retraite des Forces armées canadiennes.
Nous venions d’apprendre que le bombardement d’une école iranienne où 150 personnes – dont de nombreux enfants – auraient trouvé la mort, selon les autorités iraniennes, était dû à une erreur de ciblage de l’armée américaine. La Presse venait aussi de révéler qu’un camp militaire canadien situé au Koweït avait été atteint par une attaque iranienne le 1er mars dernier.
Convenons ensemble qu’il s’agit de sujets importants qui sont loin d’être légers. L’entrevue avec M. Côté n’a toutefois duré que six minutes.
Avant son passage sur nos ondes, des imprévus nous avaient en effet forcés à revoir notre feuille de route : nous devions initialement lui parler à 7 h 35, mais nous avions dû le déplacer juste avant le début du radiojournal de 8 h.
Une auditrice nous a rapidement écrit pour faire état de son insatisfaction d’avoir eu droit à une entrevue aussi courte sur un sujet aussi fondamental. Bien que les circonstances, cette fois-ci, aient été indépendantes de notre volonté, je dois admettre que j’ai été d’accord avec elle.
D’où vient cette pratique?
Vous vous demandez sans doute pourquoi les entrevues d’actualité sont conçues, dans les émissions d’information, comme des segments dont la durée dépasse rarement une dizaine de minutes.
J’aurais tendance à croire que trois facteurs principaux sont à l’œuvre.
Tout d’abord, les émissions d’information comme Première heure ont une mission assez large. Pour couvrir à la fois les nouvelles locales, régionales, nationales et internationales, en plus des arts, des sports et des services comme la météo ou la circulation, il faut nécessairement que le temps soit compté.
Ensuite, l’attente principale des auditeurs est sans doute de faire un tour d’horizon de l’actualité pour comprendre ce qui se passe dans le monde avant de commencer leur journée. Et plusieurs d’entre eux n’ont qu’un temps limité pour le faire, par exemple avant d’entrer au boulot.
En décembre 2024, la firme Numéris avait d’ailleurs indiqué que les auditeurs d’ICI Première dans la grande région de Québec consacraient 11,7 heures par semaine à écouter la radio.
Enfin, puisque la capacité d’attention de tout le monde est limitée, passer trop de temps sur un même sujet pourrait être rébarbatif, voire contre-productif. Il suffit parfois de quelques minutes pour faire le tour d’un sujet. Étirer la sauce n’apporterait rien de plus.
Or, ces arguments n’effacent pas mon sentiment selon lequel nous sommes parfois trop pressés et que nous aurions intérêt à consacrer davantage de temps à certaines entrevues.
D’ailleurs, au cours de la dernière année, nous l’avons fait à quelques reprises à l’émission Première heure. Nous ne l’avons jamais regretté.
Une formule gagnante?
Notre Vendredi VIP, par exemple, nous permet de conclure chaque semaine avec une entrevue d’environ 25 minutes avec des invités de tous les horizons. Cette semaine, c’était avec Robert Lepage, et, encore une fois, vous avez été nombreux à nous faire part de votre appréciation de ces moments de radio plus décontractés.

L'acteur, réalisateur, auteur dramatique et metteur en scène Robert Lepage était de passage dans les studios de Radio-Canada vendredi.
Photo : Radio-Canada / Manuel Cardenas
Nous avons aussi créé des tables rondes à des heures de grande écoute pour faire le point sur des questions sociales comme la laïcité ou la sécurité publique. Chaque fois que nous avons opté pour ce type de conversation à plus d’un invité, des auditeurs nous ont écrit pour nous demander de répéter l’expérience.
Parfois, nous avons aussi prévu plus de temps pour accueillir des personnalités politiques à notre micro, notamment au cours des campagnes électorales municipales, l’automne dernier. À mon sens, il s’agit d’une formule gagnante pour tous.
L’auditoire a l’impression que les discussions vont plus en profondeur et qu’il y a davantage de place pour la nuance. Il a aussi l’occasion d’interagir davantage dans la bulle de conversation, car l’entrevue ne se termine pas aussitôt qu’une question leur traverse l’esprit.
Les politiciens peuvent se permettre d’être un peu plus détendus. Ils se sentent peut-être un peu moins forcés de répondre de manière extrêmement concise à des questions parfois complexes.
Quant à moi, je peux amorcer l’entrevue plus en douceur et créer une atmosphère plus propice à la confidence. N’ayant pas un chronomètre qui me pousse dans le dos dès les premiers mots que je prononce, je peux être encore plus à l’écoute, relancer davantage, réclamer plus de précisions.
J’aimerais donc être capable de nous offrir plus souvent ces moments de radio prolongés à Première heure. Cela exigerait néanmoins d’avoir de sérieuses réflexions éditoriales en amont.
Je ne voudrais pas que les minutes supplémentaires accordées à un sujet aient une incidence sur notre capacité à faire un tour d’horizon complet de l’actualité chaque matin. La recherche d’un certain équilibre m’apparaît incontournable.
Et vous, qu’en pensez-vous?
Si vous souhaitez réagir à cette chronique ou me faire part de ce que vous aimeriez connaître sur les dessous de l’émission Première heure, écrivez-moi à l’adresse suivante : [email protected].


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