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Harry Potter voterait-il pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon?

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C'est la question que vous ne vous êtes probablement jamais posée, mais à laquelle nous allons tout de même répondre. Harry Potter, célèbre héros de la saga du même nom, est-il plutôt team Mélenchon ou team Le Pen?

Malheureusement, J.K. Rowling n'a pas daigné laisser traîner au coin d'un chaudron magique la carte d'électeur du jeune sorcier. On ne sait pas non plus s'il est bel et bien inscrit sur les listes électorales de Godric's Hollow, ou chez les Dursley.

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Si l'on fait abstraction de ces quelques détails (c'est un univers magique, on a le droit), et en partant du principe qu'Harry a été naturalisé français après avoir botté les fesses de Voldemort et s'être installé en France, pas loin de Toulouse (parce que pourquoi pas?), que s'apprêterait-il à voter, en 2027, aux élections présidentielles?

Miroir de nos propres convictions

La question vous fait sourire? Pour les scientifiques, c'est du sérieux. Il y a, derrière la projection des idées politiques sur nos personnages fictifs préférés, tout un tas de mécanismes psychologiques à l'œuvre. Des mécanismes notamment étudiés par des chercheurs de l'Université de Southampton et de l'Université de Vienne.

Dans leur article, intitulé Heroes and villains: motivated projection of political identities (2022), les scientifiques de l'étude ont cherché à établir un concept qui répond précisément à notre question du jour.

Ces derniers ont interrogé 3.200 participants, 1.600 au Royaume-Uni et 1.600 aux États-Unis, à la fois sur leurs propres identités politiques, mais aussi sur ce qu'ils estimaient être celles de personnages issus de grandes franchises populaires. On retrouve Spider-Man, Gandalf, mais aussi Harry Potter; face à des antagonistes tels que Cruella, Joffrey Baratheon et… celui dont on ne doit pas prononcer le nom (aka Voldemort, oups).

Résultat, l'ensemble des participants de l'étude avaient davantage tendance à considérer les héros comme appartenant à leur propre camp politique et les méchants comme appartenant au camp adverse. Et plus l'identité politique était forte, notamment chez les répondants de gauche, plus cet effet était marqué.

Ce n'est pas tout. L'étude a montré que la projection ne consiste pas simplement à imaginer que «les gentils sont comme moi», mais aussi, et surtout, à identifier… qui n'est pas comme moi. Les répondants étaient en effet constamment beaucoup plus cohérents quand il fallait recouper les méchants avec le camp politique opposé à leurs convictions.

Alors, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon?

À en croire cette étude, la meilleure réponse dépendrait… de la personne qui tient le livre. Deux personnes ayant des convictions différentes peuvent en effet regarder le même héros et lui attribuer des préférences politiques différentes, c'est-à-dire les leurs.

Autrement dit, pour une personne de gauche, Harry Potter pourrait facilement voter pour Mélenchon. Pour une personne d'extrême droite, le même Harry Potter pourrait, au contraire, voter pour Marine Le Pen! Le livre n'a jamais tranché sur le bord politique de son personnage phare (ce n'est pas ce qu'on lui demande), et c'est précisément ce vide politique que chaque lecteur comble selon ses affinités.

D'autant que le personnage est suffisamment complexe pour que chacun puisse y projeter une partie de ses propres valeurs. Harry accorde une importance particulière à la famille et aux traditions des sorciers? Pas de doute, c'est un droitard, un peu dissipé certes, mais on peut le croiser au Canon Français, à montrer bien en évidence son dernier Nimbus 2027 acheté avec l'héritage de papa (sur lequel Mélenchon pourrait bien lorgner) tout en déblatérant sans relâche sur l'insécurité croissante dans l'allée des Embrumes. Et puis, J.K. Rowling n'a cessé de multiplier les propos et actes transphobes, si c'est pas un bon truc de droite, ça.

«Les différences de langage et de culture ne sont rien si nous partageons les mêmes objectifs et si nous restons ouverts aux autres.»Dumbledore dans Harry Potter et la Coupe de Feu

Harry refuse de se soumettre à une institution qui devient autoritaire et rejette la discrimination entre sorciers selon leur naissance? Pas de doute, il est de gauche, et on peut le croiser à la Fête de l'Huma, avec un T-shirt «Free Sirius», une pancarte «Mégabassine: Mandragores en danger», le tout derrière un stand solidaire «Les amis de Dobby» pour les elfes de maison persécutés. Bref, chacun tranche en choisissant les éléments qui confortent sa propre lecture.

Outre le bord politique d'Harry, l'étude a montré à quel point les participants étaient surtout prompts et efficaces quand il s'agissait d'associer le camp politique adverse à un méchant fictif. Un symbole, pour l'étude, de la conception du mal politique dans nos sociétés, et de la polarisation politique actuelle. Nos démocraties tendraient à se diviser en deux catégories: ceux qui partagent nos valeurs et ceux qui les menacent. Le débat politique cesserait progressivement d'être une confrontation d'idées, pour se transformer en opposition entre le bien et le mal. Et le méchant, c'est toujours l'autre.

«Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes»

C'est bien beau tout ça mais, si Harry Potter n'a pas été conçu comme un porte-parole d'un programme électoral contemporain, les bouquins, eux, sont profondément politiques (cf. la citation, bien méritocratique, de Dumbledore dans La Chambre des secrets). Et la science n'a qu'à bien se tenir.

La saga Harry Potter est avant tout une critique de la société britannique, notamment thatchérienne (et donc de droite). Selon Jean-Claude Milner, un linguiste et philosophe interrogé il y a quelques années par Libération, l'antagoniste, Voldemort, représente la tyrannie, qui transforme le savoir et la magie en instruments de domination. Pour lutter contre la recherche du pouvoir et du profit, seules la culture et la liberté peuvent alors vaincre.

L'égalité véritable, elle, vient du savoir et du mérite: Hermione, née de parents moldus, peut dépasser Malefoy, pourtant issu d'une famille de sorciers. Et Harry? Sa noblesse de cœur (parfois très agaçante) montre que ce qui distingue véritablement les individus n'est pas leur naissance, mais leur capacité à être généreux (et à lâcher un peu de leur fortune) tout en refusant la domination, pour privilégier l'égalité. Assez pour que Libération titre, à l'époque, son analyse: «Pourquoi Harry Potter est de gauche.»

« Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d'un nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même. »Dumbledore faisant référence à Voldemort, dans Harry Potter à l'école des sorciers

Pour beaucoup de Potterheads, les fans de cet univers magique, la saga a aussi une petite atmosphère de nazis à baguette et de Gestapo version ministère de la Magie, poussant Harry à la résistance. La propagande et le totalitarisme s'installent petit à petit dans les institutions, les idées de préservation d'une race pure, de rejet des différences et les atteintes à la liberté de la presse se propagent dans l'ombre, avant d'envahir le monde des sorciers. De quoi résonner avec les enjeux politiques de cette période préélectorale. Et ça ne penche clairement pas dans le sens d'un vote d'Harry pour Marine Le Pen.

Alors oui Harry a un petit côté de droite, avec son uniforme bien british et sa tendance à défendre les institutions traditionnelles, dont Poudlard, et ceux qui les dirigent, comme Dumbledore, alors qu'on a clairement affaire à une sorte de père absent, voire d'ex toxique. Mais le jeune sorcier et ses amis n'ont aussi de cesse de soutenir les minorités persécutées, des elfes de maison aux créatures différentes, comme les loups-garous, tout en rejetant catégoriquement les idées de supériorité du «sang pur». Des idées qui se heurtent à l'héritage du Rassemblement national, dont les racines idéologiques racistes s'appuient sur celles du Front national, et dont le fondateur croyait en l'«inégalité des races».

Bon, et puis on ne pouvait pas se quitter sans évoquer un tweet qui date de 2023, publié par le parti présidentiel Renaissance, avant d'être supprimé. Ces derniers s'étaient lancés dans une transposition des personnages politiques français à ceux de la saga Harry Potter, avec, évidemment, leur prisme à eux. Résultat, Emmanuel Macron se transformait en Albus Dumbledore ou encore Élisabeth Borne en Hermione Granger. Côté personnages peu enviables, on retrouvait Marine Le Pen en Lord Voldemort, Ciotti en Drago Malefoy, Sandrine Rousseau en Mandragore et Mélenchon en Mimi Geignarde. Comme quoi, tout dépend vraiment de celui qui tient le livre.

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