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En Chine, le féminisme se revendique discrètement, pour contourner la censure exercée par le gouvernement. À mesure que les hashtags s'effacent, les événements militants s'organisent sous couvert de manifestations artistiques ou culturelles. Les prises de parole, elles, se font plus discrètes.
Cinq ans après son arrestation, la journaliste Sophia Huang Xueqin, l'une des figures du #MeToo chinois, a été libérée vendredi 18 septembre. La vague de témoignages qui a dénoncé les violences sexuelles en 2018 semble désormais bien loin. Mais une nouvelle génération de féministes tente de faire entendre leur voix, par d'autres moyens, raconte The Guardian.
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Les militantes chinoises ont constaté une rupture depuis 2018. Le mouvement de lutte contre les violences et le harcèlement sexuel, renommé #WoYeShi (moi aussi en mandarin), est devenu progressivement une affaire de plus en plus privée.
Et pour cause: le gouvernement de Xi Jinping a fait pression. Les militantes affirment que les publications et les témoignages contenant les hashtags #MeToo ont été effacés d'internet. «Beaucoup de jeunes féministes d'aujourd'hui, nées à l'ère du numérique, connaissent peu les luttes féministes d'il y a quelques années, en raison de leur annihilation intentionnelle par l'État», explique Eva Liu, chercheuse spécialisée dans le féminisme chinois à l'université de l'Ohio, aux États-Unis.
Un jeu du chat et de la souris
Aujourd'hui, les féministes doivent faire preuve de créativité pour contourner la censure. Dès 2018, elles avaient notamment recours aux émojis riz et lapin, qui se prononcent «Mi» et «tu» en mandarin. «C'est véritablement un jeu du chat et de la souris», souligne Eva Liu. Pékin a créé une véritable encyclopédie de vocabulaire à bannir. «Des équipes sont spécifiquement chargées de recenser les nouveaux termes inventés par les féministes en ligne et de les ajouter aux listes de mots-clés utilisées pour la censure automatique», ajoute-t-elle.
Li Sipan, journaliste d'investigation chinoise et chercheuse en études féministes, explique que «le Parti communiste chinois considère toute mobilisation de la population et tout mouvement exigeant des changements de la part du gouvernement comme des menaces. Le mouvement féministe présente clairement ces caractéristiques.»
Parce qu'elle donnait la parole aux victimes à travers ses reportages, Sophia Huang Xueqin a été arrêtée en 2021. Elle a ensuite été condamnée pour «incitation à la subversion du pouvoir de l'État». Selon ses proches, les conditions de sa détention étaient déplorables. La journaliste subissait des interrogatoires intensifs l'empêchant de dormir. Elle a notamment perdu beaucoup de poids.
De son côté, Pékin se targue d'avoir accompli des progrès «historiques» en matière de droits des femmes. Les militantes estiment, elles, que #MeToo a durablement marqué la société chinoise: le harcèlement sexuel est devenu un sujet de discussion et certaines politiques universitaires ont évolué en faveur de la gent féminine. «Dans des conditions extrêmement difficiles, #MeToo a considérablement renforcé la conscience qu'ont les femmes de leurs droits, en particulier les jeunes femmes», résume Lu Pin, militante féministe chinoise.





























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