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Les suppressions de l’application ont augmenté de 295 % outre-Atlantique samedi dernier, après que sa maison mère, OpenAI, a accepté un accord avec l'armée américaine, refusé la veille par l'un de ses concurrents pour des raisons éthiques. Explications.
Kevin Nectoux - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :
« Ciao GPT. » Voilà le message que certains utilisateurs ont peut-être pris le temps d’écrire à l’agent conversationnel de l’entreprise américaine OpenAI. Depuis quelques jours, l’intelligence artificielle la plus connue au monde fait face à une vague massive de désinstallations de son application. D’après le média américain spécialisé Tech Crunch, les suppressions de l’application ont augmenté de…295 % aux États-Unis, samedi 28 février.
Une désaffection de centaines de milliers de personnes qui a largement profité à l’un de ses concurrents, Claude, une IA développée par la société Anthropic. Le chatbot a vu ses téléchargements bondir de 37 % outre-Atlantique le vendredi 27 février, puis de 51 % le lendemain. Mais alors que s’est-il passé ?
La start-up qui a dit « non » à l'administration Trump
Il faut remonter quelques jours plus tôt pour le comprendre. Le département américain de la Défense est alors en pleine négociation avec Anthropic pour renouveler un accord entre la firme californienne et l’armée pour l’utilisation de Claude. Dans le cadre de ce juteux contrat de 200 millions de dollars (172 millions d’euros), Anthropic souhaite cependant intégrer des limites à l’usage de son système d’intelligence artificielle par le Pentagone. L’entreprise dresse deux « lignes rouges » : Claude ne doit pas servir à la surveillance de masse des citoyens, ni servir pour des armes létales autonomes. Au grand dam de l’administration américaine, qui revendique un accès sans contrainte aux outils d’intelligence artificielle d’Anthropic.
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, pose un ultimatum à la start-up, qui lui oppose une fin de non-recevoir. Dans un communiqué diffusé jeudi 26 février, son PDG, Dario Amodei, défend sa position : « Dans un nombre restreint de cas, nous pensons que l’IA peut nuire aux valeurs démocratiques plutôt que les défendre. Certaines utilisations dépassent tout simplement les limites de ce que la technologie actuelle peut offrir de manière sûre et fiable. »
Anthropic classé en entreprise « à risque »
Il n’en fallait pas plus pour déclencher la fureur du locataire de la Maison Blanche, qui a dépeint Anthropic comme une « entreprise de la gauche radicale dirigée par des gens qui n’ont aucune idée de ce qu’est le monde réel », et banni son usage au sein de son administration. Le ministère américain de la Défense a même ajouté Anthropic à sa liste de sociétés présentant « un risque pour les approvisionnements », ce que l’entreprise va contester en justice.
L’échec de ces négociations a fait un heureux : OpenAI, qui est entré en scène pour récupérer le contrat initialement promis à son concurrent. Mais le choix d’OpenAI de collaborer franchement avec l’appareil militaire américain a déçu un nombre conséquent de ses utilisateurs réguliers (ChatGPT en revendique 900 millions par semaine), qui ont choisi de migrer vers d’autres modèles d’intelligence artificielle générative, dont Claude. Pour Margherita Pagani, professeure en IA pour le business à SKEMA Business School et directrice du Centre pour l'intelligence artificielle de SKEMA, ces évolutions sont à analyser d’un point de vue concurrentiel. « ChatGPT est la première IA à être arrivée sur le marché et bénéficie de la plus large audience et de la plus large dataset (base de données sur laquelle les modèles d’IA s’entraînent, sans cesse alimentée par les échanges avec les utilisateurs). Elle avait une position quasi-monopolistique. »
« L’éthique est une manière de se détacher de la concurrence »
La professeure fait un parallèle entre la position actuelle de ChatGPT et celle de Facebook au début des années 2010. « OpenAI voit émerger un certain nombre de nouveaux acteurs, avec lesquels elle entre en concurrence frontale », analyse-t-elle. « Dans le secteur de l’IA, les acteurs n’ont qu’une faible capacité pour défendre leur avantage compétitif. Dans ce cadre, la morale et l’éthique sont une manière de se détacher de la concurrence, d’offrir une alternative », décrypte l’enseignante, pour qui le refus d’Anthropic relève d'une stratégie de différenciation.
Samedi dernier, les avis avec une étoile concernant ChatGPT sur l’App Store ont augmenté de 775 %. « Je suis contre les contrats entre l’armée américaine et OpenAI » ; « Vous devriez avoir honte » ; « On ne partage pas les mêmes valeurs »… Ces commentaires négatifs viennent s’adosser au mouvement "Quit GPT" ("Quitter GPT"), lancé en janvier dernier après le versement par le président et co-fondateur d’OpenAI, Greg Brockman, de 25 millions de dollars pour soutenir Donald Trump.
Claude, utilisé pour frapper l'Iran malgré son refus
Le samedi 28 février, les États-Unis ont lancé, aux côtés de l’armée israélienne, l’opération "Epic Fury", contre la République islamique d’Iran… en utilisant Claude, comme l’a révélé le Wall Street Journal. Le logiciel d’Anthropic, que le Pentagone n'a pas remplacé du jour au lendemain, aurait permis de suggérer des cibles iraniennes aux commandements de combats américains, en fournissant leur localisation et en les hiérarchisant par ordre d’importance.


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