Le successeur d’Ali Khamenei a été choisi mais son nom n’avait pas été divulgué dimanche soir, même si le fils du Guide suprême fait figure de favori. La nomination de ce partisan de la ligne dure du régime serait un défi lancé aux pays occidentaux.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 20:40 | mis à jour aujourd'hui à 20:48 - Temps de lecture :

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Le fils d'Ali Khamenei, Mojtaba, fait figure de favori pour lui succéder. Photo Sipa/Rouzbeh Fouladi

Le fils d'Ali Khamenei, Mojtaba, fait figure de favori pour lui succéder. Photo Sipa/Rouzbeh Fouladi

L’Assemblée des experts n’a pas perdu de temps. Les 88 religieux membres de cet organe clérical avaient trois mois pour nommer un Guide suprême selon la constitution iranienne. Sans attendre, ils étaient sur le point de choisir le successeur d’Ali Khamenei qui dirigeait l’Iran d’une main de fer, huit jours à peine après sa mort dans une frappe israélienne. Trois membres ont annoncé ce dimanche que l’Assemblée des experts était parvenue à un consensus pour désigner le nouveau Guide suprême. Son nom n’avait toutefois pas été divulgué ce dimanche soir, laissant libre cours à toutes les hypothèses.

Très affaibli par la supériorité militaire écrasante des États-Unis et d’Israël, le régime iranien cherche à démontrer qu’il n’est pas près de s’effondrer et qu’il reste opérationnel. Il veut aussi prouver que ses institutions sont solides malgré la profonde détestation du peuple iranien qui n’a fait qu’augmenter après la répression sanglante des manifestations pacifiques de janvier dernier. L’urgence est donc de ne pas laisser perdurer une situation dans laquelle le pays est dirigé par un conseil provisoire composé du président de la République islamique, d’un haut dignitaire religieux et du chef des autorités judiciaires, alors que l’Iran est en guerre.

Au début du week-end, deux membres haut placés de l’establishment religieux partisans de la ligne dure du régime avaient exigé la nomination rapide d’un successeur à Ali Khamenei pour éviter les soupçons de vacance du pouvoir. Les religieux de l’Assemblée des experts n’ont pas pu se réunir pour délibérer sur le choix du nouveau Guide suprême. Ils ont été contraints de voter par voie électronique et par correspondance après avoir été menacés par Israël de subir le même sort qu’Ali Khamenei. L’un des objectifs de l’État hébreu dans cette guerre est d’obtenir un changement de régime. Le siège de l’Assemblée a été bombardé mardi dernier à Qom, une des villes saintes du chiisme qui est aussi la capitale religieuse de l’Iran.

« Le Guide suprême ne fera pas long feu », prévient Trump

L’annonce du nom du nouveau Guide suprême a probablement été retardée pour des raisons de sécurité car le successeur d’Ali Khamenei deviendra immédiatement une cible pour Israël. Le président américain a également fait savoir qu’il avait l’intention de jouer un rôle dans le choix du prochain leader iranien. « Sans mon aval, le Guide suprême ne fera pas long feu », a prévenu ce dimanche Donald Trump qui rêve d’un scénario à la vénézuélienne après l’enlèvement du président Nicolas Maduro et le choix d’une vice-présidente complaisante, Delcy Rodriguez, pour prendre la tête du pays.

Ce dimanche soir, dans l’attente d’une annonce officielle de l’Iran, Mojtaba Khamenei faisait toujours figure de favori pour succéder à son père. Un membre de l’Assemblée des experts a laissé entendre ce dimanche que le successeur choisi était un candidat auquel les États-Unis s’étaient opposés. Ce qui semble donner un avantage au fils d’Ali Khamenei puisque Donald Trump a dit que sa nomination serait « inacceptable ».

Un représentant du courant ultra-conservateur

Âgé de 56 ans, le fils de l’ancien Guide suprême est un représentant du courant ultra-conservateur, comme son père. Il est très lié aux puissants Gardiens de la révolution, la force paramilitaire au cœur de la machine répressive iranienne qui contrôle l’État mais aussi l’économie du pays. Sa nomination serait un défi lancé aux partisans d’un régime plus ouvert. Homme de l’ombre, Mojtaba Khamenei n’a jamais exercé de fonction officielle au sein du régime mais il était dans le cercle restreint faisant la pluie et le beau temps dans l’entourage de son père, ce qui lui avait valu d’être placé sous sanctions par les États-Unis. Le fils d’Ali Khamenei a survécu à la frappe qui a coûté la vie à son père mais il aurait été légèrement blessé et il aurait aussi perdu sa mère, sa femme et son fils dans l’attaque, selon les Israéliens.

Le quinquagénaire n’a pas le rang d’ayatollah mais c’est un religieux de rang intermédiaire qui a étudié la théologie chiite avant de l’enseigner. Il n’a pas cependant le profil d’une haute autorité religieuse, tel qu’il est attendu pour devenir le Guide suprême. Son autre handicap est d’être le fils de son père. Sa candidature n’était pas prise au sérieux il y a encore quelques mois car elle conduisait à une succession dynastique dans une République islamique qui s’est construite sur le renversement de la monarchie après le départ du chah d’Iran en 1979.

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