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FIGAROVOX/CHRONIQUE - L’avocat et essayiste dénonce l’éviction de Charles Sapin de France Inter et l’accueil réservé à Annie Ernaux le même jour, deux épisodes qu’il juge symptomatiques d’une intolérance de la gauche au sein de l’audiovisuel public.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il est également président d’Avocats sans frontières.
Naïf que je suis, moi qui pensais que France Inter avait touché le fond. Mais l’odieux visuel public est un puits sans fond. Ce dimanche 20 septembre restera néanmoins dans notre mémoire comme un dimanche noir. Commençons par ce que tout le monde sait : j’ai nommé l’affaire Charles Sapin. Il est des victoires à la Pyrrhus. Des victoires qui sonnent comme une défaite. Des victoires qui démasquent les vainqueurs. Voici comment peut se résumer la triste chronique sur la chronique arrêtée de Charles Sapin. Ainsi, la direction de France Inter a cédé aux syndicats de son personnel progressiste, qui ne voulait pas entendre le son de la voix d’un représentant d’un journal conservateur. Céline Pigalle, feignant de tenter de résister aux syndicats, a en réalité capitulé en rase campagne en osant proposer à Charles Sapin de participer à un débat plutôt que de tenir la chronique qui lui avait été promise et justifiée pour cause de pluralisme à maintes reprises. Cette proposition était insultante. Le débat est l’exact contraire de la tribune, dans laquelle, sans être contredit, vous pouvez exprimer librement vos idées. Cette proposition était donc, littéralement, faite pour le contrarier.
Reprenons dès le début par la justification principale des opposants à Charles Sapin. Il n’était pas question, disait-on, de tolérer la voix d’un représentant de l’hebdomadaire Valeurs actuelles, condamné judiciairement pour racisme, quand bien même Charles Sapin n’était pas membre de Valeurs actuelles à l’époque des faits. Je rappellerai donc, une nouvelle fois, avoir fait condamner au nom de la LICRA le journal Libération pour infiniment plus grave que ce qui a été reproché à l’hebdomadaire précité. Libé, que je situerais, dans un esprit de symétrie jamais respecté par France Inter, à l’extrême gauche puisque l’on situe Valeurs actuelles à l’extrême droite, a été condamné pour « incitation à la haine et à la violence raciale ». Celui-ci avait en effet publié un appel à « faire en sorte qu’aucun juif ne puisse se sentir en sécurité », neuf jours avant qu’ils le soient physiquement, rue des Rosiers.
Dis-moi pourquoi tu te réjouis et je te dirai qui tu hais
Malgré cette condamnation assez disqualifiante, la radio de service public a embauché des journalistes de Libération sans provoquer aucunement l’ire de son personnel. À juste titre d’ailleurs, ces journalistes, tels que Nicolas Demorand, Dov Alfon et Thomas Legrand, n’étaient en rien responsables de la condamnation du journal qu’ils avaient rejoint postérieurement. Très exactement comme Charles Sapin au demeurant. La réalité est qu’il était insupportable pour une très grande partie des journalistes et des techniciens de la radio de service public d’entendre un point de vue qui n’est pas le leur, a fortiori en période électorale. C’est la définition même de l’intolérance. Et cette intolérance est intolérable sur une radio publique que les Français financent. De manière tout à fait compréhensible et logique, de nombreux membres de la France insoumise ont crié victoire et donné de la voix en apprenant qu’ils n’entendraient plus celle de l’ennemi honni. Au-delà de cette jouissance, on reconnaissait évidemment la marque rouge de l’intolérance. Dis-moi pourquoi tu te réjouis et je te dirai qui tu hais.
Dimanche matin, les journalistes de France Inter ont annoncé la nouvelle à leur étrange manière. Après avoir factuellement annoncé les conditions du départ de monsieur Sapin, ils ont cru devoir ajouter que ce dernier avait été contesté non seulement par le personnel mais encore « par de très nombreux auditeurs » de leur station. Ils ont donc caché les innombrables protestations. Que de nombreux Français de gauche aient rejoint la station en raison des idées que celle-ci relaie n’a rien d’étonnant. Que d’autres, à l’écouter, aient vu leur esprit façonné, je ne suis pas sûr qu’il faille s’en vanter. Mais les journalistes dominicaux n’ont pas fait état des protestations d’autres auditeurs mécontents. Surtout, ils ont sciemment tu celles de l’ensemble du personnel politique de droite, de monsieur Bellamy à madame Le Pen, de monsieur Retailleau à monsieur Bardella.
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Je voudrais à présent aborder un autre évènement qui s’est déroulé ce dimanche 20 septembre mais qui n’a fait couler, au moment où j’écris ces lignes, aucune encre. Je veux parler de l’accueil que Nicolas Demorand a réservé à Annie Ernaux. Il me faut tout d’abord rappeler que madame Ernaux n’est pas seulement écrivain-e et prix Nobel de littérature. Elle est également un soutien revendiqué de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle et une militante d’extrême gauche engagée — j’allais écrire enragée. C’est ainsi, à titre d’exemple, qu’elle a accueilli avec exaltation l’attentat du 11 septembre 2001. Dans son ouvrage intitulé Les Années, paru en 2008 chez Gallimard, voici comment elle décrit l’évènement : « d’un seul coup, la représentation du monde basculée cul par-dessus tête, quelques individus fanatisés venus de pays obscurantistes, juste armés de cutters, avaient rasé en moins de deux heures les symboles de la puissance américaine. Le prodige de l’exploit émerveillait. On s’en voulait d’avoir cru les États-Unis invincibles, on se vengeait d’une illusion. On se souvenait d’un autre 11 septembre et de l’assassinat d’Allende. Quelque chose se payait. Il serait temps ensuite d’avoir de la compassion et de penser aux conséquences ». Finkielkraut et Bruckner ont dit tout le mal qu’ils pensaient de ce passage infâme après son anoblissement par le Nobel en 2022.
Bien entendu, Annie Ernaux fait partie des signataires qui ont réclamé et obtenu la tête de Charles Sapin. C’est donc en cette double qualité d’écrivain-e et de militante que monsieur Demorand, ancien de Libération comme je l’ai écrit, a reçu Annie Ernaux ce dimanche matin après que la chronique Sapin a été sciée. Je précise que cet entretien a également été retransmis dans la soirée. Je ne dirai rien sur la partie littéraire de l’entretien avec l’écrivain-e et tout sur la partie consternante avec la militante. Car madame Ernaux ne s’est pas contentée de soutenir la déclaration hallucinante et hallucinée d’Adèle Haenel sur un autre média public, au cours de laquelle non seulement elle soutient la thèse mensongère et diffamatoire d’un génocide commis par Israël avec la complicité de la France, mais réclame également la libération de la Palestine. Dans une précédente chronique, j’ai démonté ce mensonge tout en reconnaissant amèrement sa victoire à coups de bombardement médiatique décérébrant.
L’écrivain-e militante a également, sur question posée par son intervieweur, renoncé à condamner Jean-Luc Mélenchon quand celui-ci s’est amusé à brocarder des patronymes judaïques, en remarquant de manière lapidaire qu’il n’y avait pas eu condamnation judiciaire. Mais le pire est peut-être encore ailleurs. Il habite dans le fait qu’à aucun moment Nicolas Demorand n’a essayé de contredire véritablement un discours insupportable. La semaine précédente, recevant un ancien de Libération, en la personne de Dov Alfon, il le laissa dire que la série Fauda, consacrée au 7 octobre, était une œuvre « de propagande ». Cette fois-ci, Demorand ne songea pas à objecter à Ernaux la survenance d’un grand pogrom. Pas question de modération pour les anciens de Libération, lorsqu’il s’agit de Sion.
Je reviens et termine sur la conséquence de la victoire des grévistes et de la défaite en rase campagne d’une direction qui justifiait hier encore avec fermeté la chronique annulée par un souci de pluralisme. Il est enfin acquis aux débats, officiellement, ce que je ne cesse de dénoncer depuis trop longtemps : le micro de notre radio publique nationale n’est pas réservé à tous les Français. Il est confisqué par le côté très à gauche, j’allais écrire sinistre, de l’espace politique. Lorsqu’un auditeur entendra désormais un commentaire ou une chronique, il sera obligé de savoir à quoi s’en tenir.
Il est des victoires qui grandissent et d’autres qui rétrécissent. Radio France insoumise a gagné, mais sa crédibilité a définitivement cessé en ce dimanche.


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