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Gilles-William Goldnadel : « À quand la fin de l’inégalité de traitement dans le service public ? »

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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Alors que la Société des journalistes de France Inter a appelé à la grève après l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs Actuelles, l’avocat pointe du doigt une asymétrie de traitement.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il est également président d’Avocats sans frontières. 


Ceux qui me lisent depuis des années auraient été étonnés que je n’inaugure pas la première chronique de la rentrée par l’affaire qui secoue non seulement France Inter mais la France entière. Ils savent bien que j’assume mon obsession pour celui que j’appelle « l’odieux visuel public », avec dérision. Raison pour laquelle, chaque jour que Dieu ou Diable fait, je commente sur un certain réseau social l’actualité vue par le prisme particulier de cette radio censée être notre bien commun.

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Cette fixation a commencé en 1998. Avant cela, je n’étais pas obnubilé plus que cela par notre chaîne publique. Mais cette année-là, mon client et ami Fabrice Le Quintrec, journaliste de France Inter, avait la charge de la revue de presse estivale. Le malheureux s’est vu retirer celle-ci séance tenante, à la sortie même du studio, pour avoir cité le quotidien catholique et conservateur, donc d’extrême droite, Présent. Ce n’était pas le passage anodin sur le nonce apostolique qui lui était reproché, c’était tout simplement d’avoir osé citer la revue précitée. Fabrice Le Quintrec avait eu en effet le front, sans doute trop national, d’estimer que puisque l’on citait chaque jour l’Humanité, Libération ou Rouge, il n’y avait aucune raison de ne pas faire de même pour les journaux d’en face. Il gagna ses procès en diffamation, mais fut mis sur la touche, et sa carrière derrière lui à jamais. De là est né ce combat que je mène depuis des années pour voir notre propriété médiatique publique ne pas être privatisée par une caste qui, bien que collectiviste, estime qu’elle lui appartient en propre. On n’est évidemment pas obligé de me croire, mais j’aurais la même réaction ulcérée si le camp dans lequel je me situe se conduisait ainsi avec un bien commun qui ne lui appartient pas. Fabrice Le Quintrec avait franchi cette fameuse « ligne rouge » invisible qui vient d’être rappelée avec solennité, et un sens de la couleur approprié, par les syndicats du personnel de la maison ronde.

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Ceux-ci appellent à la grève si la direction, soudainement prise d’un accès de pluralisme vu par eux comme un excès, ne renonce pas à utiliser les services de Charles Sapin, tout nouveau directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, pendant une poignée de minutes chaque semaine. Cette poignée de minutes étant ressentie par le personnel comme des milliers de secondes de tortures insupportables. Je me permettrai de faire quelques remarques à ce sujet. La première, c’est que la raison avancée en ouverture de communiqué par le personnel en furie serait que l’on ne saurait accepter la présence d’un journaliste membre d’un hebdomadaire condamné pour racisme. Je ne me contenterai certainement pas de faire remarquer cette évidence que l’intéressé ne faisait pas partie du journal susnommé lorsque celui-ci fut condamné. En revanche, je rappellerai avoir fait condamner Libération au nom de la Licra il y a des années pour incitation à la haine raciale : avoir publié un appel à massacrer des juifs dix jours avant le massacre de la rue des Rosiers.

Ma deuxième remarque, c’est que les membres de l’audiovisuel public ont l’épiderme très sensible. Ils ont considéré la commission d’enquête parlementaire qui a été consacrée entre autres à leur entreprise comme un crime de lèse-majesté. Raison pour laquelle son rapporteur, Charles Alloncle, n’a pas été loin d’être traité comme un criminel. Certes, il n’y est pas allé de main morte. Mais son alter ego LFI, Aurélien Saintoul, lorsqu’il s’est chargé de CNews, n’avait pas non plus lésiné sans que, curieusement, on lui fasse le même procès. Un esprit chagrin pourrait y voir un privilège de la même couleur que la ligne évoquée plus haut.

La gauche est aux anges de voir la droite diabolisée

Ma troisième remarque, c’est qu’il ne faudrait pas que l’arbre Sapin cache la forêt de l’extrême gauchisation de l’information quotidienne par le personnel de France Inter : les syndicats grévistes sont en effet très représentatifs de leur maison qu’ils ont, je l’ai écrit, privatisée. Comment donc espérer, lorsque l’on confie une enquête à l’un des leurs, ne pas voir celle-ci influencée par sa vision du monde particulièrement militante et sincère ? On comprend donc mieux les partis pris et les omissions. C’est ainsi, entre mille exemples, que le Rassemblement national est localisé à « l’extrême droite » du spectre politique tandis que La France insoumise est rangée dans la « gauche radicale » les bons jours et, les mauvais, dans la « gauche » tout court. Et ce malgré son classement officiel à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur. C’est ainsi encore, on excusera une autre obsession, que durant le conflit à Gaza, il n’était pas systématiquement précisé que les bilans de la « défense civile » émanaient du Hamas. Et ce, malgré la ferme mise en garde de l’Arcom, obtenue par Avocats Sans Frontières et signifiée à France Inter au début du conflit, de sourcer avec plus de rigueur les informations sur Gaza.

Mon ultime remarque : on remarquera, sans trop s’en étonner, que la gauche est aux anges de voir la droite diabolisée. Mélenchon rugit d’allégresse. Marine Tondelier considère que l’arrivée de Charles Sapin est le signe d’une « époque qui vire au brun », avec une grande finesse. Jusqu’à Raphaël Glucksmann, qui n’ose condamner l’appel à la grève du personnel… Il faut bien comprendre que cette période présidentielle est exceptionnelle. La gauche médiatique et politique en péril y voit une dimension existentielle. La fin justifie les pires moyens. Une autre polémique, voisine, concerne aussi les humoristes de la radio publique. Lundi dernier, deux humoristes ont fait montre de leur causticité particulière : « C’est bien, Charles Sapin, ça diversifie les points de vue, trop hâte qu’ils invitent des néonazis », a ironisé un certain Jessé dans la matinale.

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En parallèle, dans le très à gauche « Zoom Zoom Zen » de l’excellent Matthieu Noël, Ameziane a moqué le physique murin et l’homosexualité du député RN Jean-Philippe Tanguy. Mon imagination est impuissante à décrire la réaction du camp d’en face si, par hypothèse hardie, on avait moqué de la même manière les mœurs et le physique bestial d’un membre de la gauche radicale. Mais il s’agit d’une hypothèse absurde. Cela n’arrive jamais. L’humour à sens inique est une injure au premier degré, mais sans risque. La ligne a effectivement été franchie : elle n’est pas rouge mais jaune.

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