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ENTRETIEN - Dans le cadre de la sortie du nouvel album des Rolling Stones, Foreign Tongues, le chanteur de 82 ans a accordé un long entretien au journaliste. Diffusion ce mercredi 1er juillet dans le «20 Heures» de la Une.
Mi-mai, Gilles Bouleau a fait le déplacement jusqu’à Londres pour enregistrer une interview qu’il n’imaginait jamais réaliser un jour. À l’occasion de la sortie, le 10 juillet, du nouvel album des Rolling Stones, Foreign Tongues, Mick Jagger a accepté de répondre aux questions de quelques journalistes. Le présentateur du journal de «20 Heures» sur TF1 a ainsi retrouvé le chanteur au bout d’un long couloir de l’hôtel The Berkeley, dans le quartier de Knightbridge, situé à quelques pas de Hyde Park.
TV MAGAZINE. - Comment avez-vous réussi à décrocher cette interview ?
Gilles BOULEAU. - J’avais de très bons rapports avec une attachée de presse d’une grande maison de disques avec laquelle j’étais en confiance et avec qui j’avais travaillé sur Florent Pagny. Un jour, Florent Pagny m’a appelé et m’a dit : « Gilles, est-ce que je peux venir ce soir dans ton journal ? » Sans rien me dire de plus. Je lui ai seulement demandé : « Tu as quelque chose à me dire ? » Il m’a répondu : « Oui». Je lui ai dit : « Viens ». Ça a été un extraordinaire moment d’émotion. Et il y a quelques semaines, elle m’a contacté en me disant : « Il y a possibilité d’avoir une rencontre avec Mick Jagger».
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Vous avez forcément répondu «oui» tout de suite...
Elle m’a proposé un duplex. Je lui ai dit « non ». Quand elle m’a parlé de faire le déplacement jusqu’à Londres, je me suis demandé comment je pouvais faire avec le journal de 20 heures de TF1. Donc je me suis fait remplacer.
Impossible de refuser une telle opportunité...
Les Stones sont ma grande passion ! Quand j’étais petit, je me prenais pour Charlie Watts. J’ai acheté ma première batterie à 15 ans et je jouais (mal) tous les standards des Rolling Stones. Je les adore, je connais leur répertoire par cœur, je connais les 37 versions de Gimme Shelter. Ils ont réinventé le rock en réinterprétant le blues noir américain, en allant vers toutes sortes de musiques : le disco, le vaudou... Ils ont tout fait. J’ai essayé de les jouer et je les écoute tout le temps quand je cours. J’ai beaucoup vu les Stones sur scène, mais je n’avais jamais rencontré Mick Jagger. J’ai une admiration sans borne pour lui. J’avais envie de rencontrer cet animal de 82 ans. Je me demandais : « À quoi ressemble celui qu’on présentait pendant des décennies comme l’homme le plus sexy du monde, la quintessence de la bête de scène ? ».
L’interview s’est faite en français. C’était beaucoup mieux parce qu’on a gagné en authenticité
Gilles BouleauAvez-vous été contraint de fournir vos questions avant l’entretien ?
J’ai eu une totale liberté. Je ne donne jamais mes questions. Je ne les donne pas aux politiques, ce n’est pas pour les donner aux stars du rock’n’roll.
Mick Jagger possède un château dans l’Indre-et-Loire et il parle français. Dans quelle langue s’est déroulée l’interview ?
Il n’a jamais appris le français à l’école, donc il parle un «kind of broken french» (traduisez : un français un peu bancal). Il dit quelques fois « la concombre » et « le courgette », mais il parle français. D’emblée, je lui ai demandé : « Est-ce que vous voulez qu’on fasse l’interview en français ou en anglais ? » Et tout de suite, il fait acte d’autorité. Il a dit : « En français, peut-être en anglais une ou deux fois». Ce n’est pas dans le reportage mais je lui ai conseillé de préciser sa pensée avec des mots en anglais, il m’a rabroué et dit : « Non, on va rester en français ». Donc toute l’interview s’est faite en français. C’était beaucoup mieux parce qu’on a gagné en authenticité.
Comment vous êtes-vous préparé pour cette rencontre ?
Je ne voulais pas infliger aux téléspectateurs de TF1 une pure interview de Mick Jagger. Je voulais construire un sujet. Donc dès le début, avant même d’aller à Londres, j’ai gambergé sur ce qui restait comme traces des Rolling Stones. Parce que beaucoup de choses ont été détruites. Il reste le premier studio dans lequel ils ont enregistré leur premier hit, un studio à deux balles - il l’explique bien - avec des boîtes à œufs pour amortir le son. Il reste l’appartement qu’ils squattaient avec des canettes de bière, des cigarettes et d’autres substances prohibées. C’est dans cet appartement qu’un agent les a trouvés. La première photo officielle des Stones a été prise sur le trottoir de cet appartement.
Sur quels sujets l’avez-vous interrogé ?
J’ai essayé visuellement de solliciter chez lui des images, parce que c’est un reportage, pas une interview. On a pu discuter de plein de choses, prendre des chemins de traverse, parler de la vie, de la mort, du bon Dieu, du rock’n’roll, du blues et de toutes sortes de choses. Je lui ai fait parler de ses souvenirs et de l’avenir. Je l’ai interrogé sur l’importance à ses yeux des Rolling Stones en termes musicaux. Sur la droiture, la forme physique et la discipline qu’ils s’imposent. Il a expliqué qu’il a arrêté l’alcool et les substances parce qu’il a un métier. Et je le questionne évidemment sur ce qui passionne les fans des Stones, sur le fait de savoir s’ils vont remonter sur scène ou pas. Ils ont un âge canonique. Je lui ai posé la question plusieurs fois avec insistance.
Et que vous a-t-il répondu ?
Il faudra regarder le reportage pour le savoir !
On dirait un cinquantenaire qui entretient sa forme sauf qu’il en a bientôt 83
Gilles Bouleau à propos de Mick JaggerDans quel état de forme l’avez-vous trouvé ?
Il est félin, il est nature. Il fait deux heures de gym tous les jours. On dirait un cinquantenaire qui entretient sa forme sauf qu’il en a bientôt 83. Je lui ai posé une question sur la retraite. «C’est pour les autres», m’a-t-il répondu. Il a une blague assez drôle sur l’âge de la retraite en France, d’ailleurs. Il se tient au courant de l’actualité française, il lit les journaux, il s’intéresse à la politique. C’est assez drôle. Il m’a bien fait marrer sur l’âge de la retraite en France.
Au fil de votre carrière, vous avez interviewé beaucoup de personnalités. Cette interview figure-t-elle dans votre Top 3 ?
C’était un formidable moment. On me demande souvent quelle est l’interview qui m’a le plus ému ou passionné. Évidemment, l’interview de Vladimir Poutine m’a intéressé, mais l’interview qui m’a le plus transporté, c’est cette rencontre merveilleuse avec Paul McCartney. J’avais passé un très long moment avec lui, plus d’une heure et demie dans un studio à Londres quand j’étais correspondant. Et là, 25 ans plus tard, avoir cette rencontre à Londres, pas très loin de chez lui, avec Mick Jagger, c’était génial.
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Dans quel état était le fan des Rolling Stones face son idole ?
J’étais en transe. J’ai abdiqué toute compétence professionnelle. Mais au final, le journaliste et le fan se sont rejoints. Mon questionnement a été celui d’un journaliste parce que je m’adresse à des gens qui peuvent avoir 25 ou 30 ans et qui connaissent mieux le rap que les Rolling Stones. J’ai essayé de faire preuve de pédagogie et en même temps, je ne vais pas faire le fier et masquer le fait que je suis admiratif du travail, de ce qu’il fait, de ce qu’il a apporté. Il y avait la distance qu’il fallait, bien sûr, mais ce que je disais était vrai.
Avez-vous pris le temps d’immortaliser cet instant avec votre smartphone ? Lui avez-vous demandé un autographe ?
J’ai compris que ça n’était pas possible. J’avais déjà été au-delà des 20 minutes qui m’étaient accordés. Il a dit aux personnes de la maison de production : « Non, laissez-le continuer, on est en pleine conversation, c’est intéressant ». Mon cadeau, c’est l’interview. Pour une fois, je vais demander à mes enfants de regarder le journal (rires).


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