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«On criait au complot» : Siavosh Ghazi raconte comment la défaite de l’Iran à la Coupe du monde a été vécue dans le pays

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VIDÉO - Invité du «Buzz TV», le journaliste revient sur son quotidien en Iran. Il raconte également comment les Iraniens ont vécu la défaite de leur équipe lors du Mondial.

Correspondant en Iran depuis 28 ans, Siavosh Ghazi est l’un des très rares journalistes francophones installés à Téhéran. Dans son nouvel ouvrage, Carnet de guerre : 40 jours dans Téhéran sous les bombardements (Éd. First), il retrace son expérience exceptionnelle de reporter alors que les frappes israéliennes et américaines s’abattaient sur la capitale iranienne. Un témoignage qui permet de plonger dans le quotidien des habitants durant les cinq derniers mois de conflit, mais aussi dans les coulisses de son métier, qu’il exerce notamment pour France 24 et RFI.

S’il est souvent présenté comme l’unique journaliste français encore présent en Iran, l’intéressé nuance cette idée. «Il y a aussi l’AFP», rappelle-t-il avant d’ajouter : «Il y a d’autres journalistes qui travaillent, par exemple pour l’agence de presse espagnole, allemande aussi, italienne». Une autre idée revient aussi régulièrement : faut-il être proche du régime pour pouvoir exercer son métier à Téhéran ? Là encore, le journaliste balaie cette affirmation. «C’est une fausse idée, assure-t-il. J’ai une obligation de déontologie, de morale, un devoir de liberté, parce qu’il faut raconter ce qu’on voit et donc ne pas reprendre le discours officiel du pouvoir».

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Il reconnaît toutefois que la propagande occupe une place centrale dans les médias d’État. «La télévision c’est beaucoup de propagande, des images de succès des missiles iraniens qui frappent des bases américaines. Si on regarde les chaînes de télévision en Iran, on assiste à une tout autre guerre que lorsqu’on regarde les chaînes françaises, ou américaines», décrit-il. Les chaînes officielles mettent notamment en avant «les succès militaires de l’Iran, la mobilisation d’une partie de la population iranienne en faveur du pouvoir (…) des mariages collectifs en Jeep militaire repeinte en rose», loin de l’image diffusée à l’international.

On criait au complot

Siavosh Ghazi

Au milieu de ce contexte de guerre, la Coupe du monde de football a également occupé une place importante dans l’actualité iranienne. Malgré les tensions diplomatiques, la sélection nationale s’est rendue aux États-Unis pour disputer la compétition. Après la défaite contre la Belgique, les réactions ont été particulièrement vives. «Il y a eu beaucoup de protestations. On a parlé de triche, d’arbitres qui favorisent les équipes adverses», raconte Siavosh Ghazi. «On criait au complot en disant que les arbitres étaient des Israéliens qui avaient favorisé la Belgique», poursuit-il. Il évoque également «toutes les bagarres qu’on a pu voir dans les stades entre des monarchistes et des partisans de l’équipe nationale», reflet des profondes divisions politiques qui traversent la société iranienne.

Exercer le métier de journaliste dans un tel contexte n’est pas sans risque. Selon le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, l’Iran occupe la 177e place sur 180 pays. Malgré cela, Siavosh Ghazi estime que sa meilleure protection reste le respect des règles du journalisme. «C’est le respect de la déontologie », affirme-t-il. « Rapporter les faits et rien que les faits, c’est une protection importante qui m’a permis de travailler», déclare le grand reporter. Durant le conflit, il a pourtant été arrêté à sept reprises. «J’ai passé une nuit à l’isolement en 2022 alors que je couvrais une manifestation officielle (…). J’ai été menotté, les yeux bandés, emmené pour un interrogatoire», raconte-t-il. Il se souvient notamment de son arrivée dans un centre de détention où un militaire lui aurait lancé : «D’ici, aucun bruit ne sort». Après près de six heures d’interrogatoire, il passe la nuit dans une cellule d’isolement. «Je me suis dit, soit je suis libéré au bout de deux jours, soit quelques semaines, soit cinq ans. Comme je suis binational, je peux passer pour un espion». Il sera finalement relâché dès le lendemain.

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Malgré ce contexte répressif, Siavosh Ghazi estime que la société iranienne évolue plus vite que le pouvoir politique. «Je vous invite à venir en Iran, c’est un discours facile», glisse-t-il. Sans nier «la répression et l’arrestation puis la disparition de centaines de personnes», il observe aussi «une ouverture impressionnante, surprenante de la société, de cette jeunesse qui se donne la liberté de circuler, de se balader dans la rue sans voile, en chemise courte ou même en short». Pour lui, cette jeunesse est le véritable moteur du changement. «Il y a une évolution globale de la société iranienne, une société qui est beaucoup plus moderne que le pouvoir lui-même et le pouvoir court derrière cette société pour essayer de retenir autant que possible sans arriver à le faire», affirme le journaliste de France 24.

Parmi tous les épisodes racontés dans son livre, l’un d’eux reste particulièrement gravé dans sa mémoire. Après une frappe ayant détruit une vingtaine d’immeubles dans un quartier résidentiel de Téhéran, proche du siège de la milice islamique, il croise une femme venue constater les dégâts sur sa maison, qu’elle avait quittée trois jours plus tôt. «Est-ce que tu peux rester avec moi pour témoigner ?», lui demande-t-il. Elle reste alors à ses côtés pendant une demi-heure. Lorsqu’il lui précise qu’elle passera à la télévision, elle lui répond simplement : «Qu’est-ce que ça change ? J’ai déjà tout perdu». Le journaliste ne la reverra jamais. Très ému sur le plateau, il confie aujourd’hui son regret : «Je n’avais même pas eu le temps de la remercier parce que les forces de sécurité nous poussaient à partir et quitter les lieux parce qu’il y avait un risque de frappe. Et on est retournés dans ce même lieu il y a deux semaines pour essayer de la retrouver. On ne l’a pas retrouvée. Et je me suis dit : “J’aurais dû lui donner mon numéro de téléphone si elle avait besoin de quelque chose, de m’appeler”». Il espère désormais pouvoir la retrouver en affichant sa photo dans les commerces du quartier.

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