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La relève féminine prend davantage de place dans les programmes de génie minier au Canada. Professeurs et spécialistes constatent cette évolution et multiplient les initiatives pour faire découvrir aux jeunes femmes une industrie transformée par les nouvelles technologies. Mais attirer des étudiantes ne suffit pas : il faut aussi leur donner les moyens de poursuivre leurs études et de faire carrière dans le secteur.
Diplômée de l’Université Laurentienne à Sudbury, Ahlam Maremi y est aujourd’hui professeure adjointe en génie minier. Elle se souvient qu’en 2015, elle était parfois la seule femme de sa classe. Aujourd’hui, elle observe une présence féminine nettement plus importante dans ses cours.

Ahlam Maremi constate une progression du nombre d’étudiantes dans certains cours.
Photo : Offerte par Ahlam Maremi
Parfois, j’ai environ cinq ou six étudiantes, voire sept étudiantes pour certains cours. […] C’est un grand changement dans le nombre d’étudiantes en génie minier.
À l’Université Laurentienne, le nombre d’étudiantes inscrites en génie minier est passé de 15 en 2023-2024 à 17 en 2024-2025, puis s’est maintenu à 17 en 2025-2026.
Richard Simon, professeur titulaire en génie des mines à Polytechnique Montréal, observe lui aussi une progression constante au cours de la dernière décennie, malgré des effectifs qui, à son avis, restent encore limités par rapport à d'autres disciplines de l'ingénierie.
Des données régionales qui montrent une progression
Dans le Nord de l’Ontario, le nombre de femmes employées dans l’industrie de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz a également augmenté.
Dans le Nord de l’Ontario, le nombre de femmes+ employées dans l’industrie de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz a également augmenté.
| 2022 | 2 500 |
| 2023 | 2 800 |
| 2024 | 3 300 |
| 2025 | 3 300 |
Une industrie moderne qui change d’image
Pour attirer davantage de femmes, encore faut-il leur faire découvrir la diversité des carrières possibles. Le génie minier ne se limite plus au travail sous terre.
Il ne s’agit pas seulement d’aller sous terre et d’extraire du charbon, par exemple. Le domaine est très vaste et nous pouvons accomplir beaucoup de choses différentes, explique la professeure, Ahlam Maremi.
Elle évoque notamment l’automatisation, les minéraux critiques et les technologies vertes.
Pour Richard Simon, les modèles féminins contribuent également à faire évoluer les perceptions. Il cite les initiatives du réseau Women in Mining, qui mettent en valeur la place des femmes dans l'industrie.
Ce milieu-là n’est pas un domaine entièrement dominé par des hommes et les femmes peuvent y faire leur place, souligne-t-il.

Les modèles féminins visibles jouent aussi un rôle clé dans le changement des mentalités, selon le professeur Richard Simon, de Polytechnique Montréal.
Photo : Offerte par Richard Simon
Susciter des vocations dès le secondaire
Les efforts de recrutement commencent bien avant l’entrée à l’université. Nicole Tardif, directrice associée de l’École des mines Goodman et de MIRARCO, constate que les établissements d’enseignement et l’industrie consacrent davantage d’efforts à sensibiliser les jeunes femmes aux carrières minières, et à leur montrer qu’elles peuvent progresser et devenir des leaders.
À Polytechnique Montréal, Richard Simon explique que des étudiantes participent aux activités de recrutement pour échanger avec les jeunes.
Les jeunes préfèrent parler à d'autres étudiants plutôt que de parler à des professeurs, honnêtement.
La présence de femmes parmi le corps professoral contribue aussi à montrer aux futures étudiantes qu’elles ont leur place dans le domaine, selon lui.
La sensibilisation peut commencer dès le secondaire. Lauren Tribe, professeure à l’Université Western Ontario et présidente du Réseau des femmes en ingénierie de l’Ontario, participe au programme Go ENG Girl.

Lauren Tribe participe à des initiatives pour faire découvrir le génie aux jeunes.
Photo : Offerte par Lauren Tribe
Cette activité gratuite destinée aux filles de la 7 e à la 10 e année et aux jeunes non binaires leur permet de découvrir le génie grâce à des activités pratiques.
C’est une journée d’activités pratiques et stimulantes pour leur faire découvrir le génie, résume Mme Tribe. L’Université Laurentienne doit également accueillir une édition de Go ENG Girl en novembre 2026.
Syndrome de l’imposteur : apprendre à prendre sa place

Jeanne Fita Mounouna encourage les étudiantes à participer à des conférences et à multiplier les contacts professionnels pour se faire une place dans l’industrie minière.
Photo : Radio-Canada / DEBORAH ST-VICTOR
Diplômée en génie minier de l’Université Laurentienne depuis deux ans, Jeanne Fita Mounouna travaille aujourd’hui aux opérations chez Alamos Gold.
On finit par se demander si on est aussi intelligente que les autres et si, lorsqu’on prend la parole, on va être étiquetée.
Cette jeune Camerounaise dit avoir dû composer avec le syndrome de l’imposteur et des stéréotypes.
Parfois, quand la femme s’exprime sur certaines choses […], elle est perçue comme une femme difficile, une femme dure, une femme autoritaire, témoigne-t-elle.
Pour aider les étudiantes à prendre leur place, elle recommande de multiplier les contacts professionnels pendant les études. Lors des conférences auxquelles elle participait, elle s’était fixé le défi de parler à cinq personnes par jour et de garder contact avec au moins l’une d’entre elles.
Elle estime aussi que l’inclusion passe par des gestes concrets. Elle cite les trousses de produits menstruels mises à disposition dans les toilettes des femmes chez son employeur. C’est un petit geste, mais qui dit beaucoup, souligne-t-elle.
Recruter ne suffit pas
Faire découvrir le secteur est une première étape. Encore faut-il que les femmes puissent y poursuivre leurs études et y construire une carrière.
La professeure Ahlam Maremi estime qu’il faudrait davantage de bourses destinées aux femmes et une meilleure promotion des différentes branches du génie minier auprès des jeunes.
Richard Simon souligne que les conditions de travail peuvent compliquer les choses pour les personnes ayant des responsabilités familiales.

Depuis plus de 20 ans, Nicole Tardif travaille à faire découvrir l’industrie minière aux jeunes, notamment grâce à MineOpportunity. Elle constate que beaucoup de jeunes, filles comme garçons, connaissent très peu les possibilités de carrière dans ce secteur.
Photo : Offerte par Nicole Tardif
Pour Nicole Tardif, l’enjeu dépasse la représentation des femmes : il concerne aussi l’avenir de l’industrie. Il faut aider les jeunes femmes à découvrir les possibilités, leur donner les moyens d’y accéder et créer les conditions pour qu’elles puissent s’épanouir et devenir les leaders de demain.
Pour Jeanne Fita Mounouna, les femmes ne devraient pas avoir à constamment prouver qu’elles méritent leur place dans l’industrie. Il ne faut pas justifier, il faut juste montrer qu’on est là parce qu’on a quelque chose, conclut-elle.


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