Au chapitre premier, le péché originel. Celui d’un jeune journaliste frondeur, qui, frustré d’avoir l’impression de «patiner à la surface d’un lac gelé alors que de gros poissons nagent en profondeur», enquête sur un couple de mécènes russes dont l’argent fait le bonheur des institutions culturelles genevoises. La Crimée n’est pas encore annexée, Kiev ne connaît pas les bombes et, surtout, aussi proches de Vladimir Poutine puissent-ils être, les époux Timtchenko font suffisamment d’heureux dans la République pour que personne ne pose trop de questions. Le sujet est sensible. Suffisamment pour que l’employeur de l’audacieux refuse de publier son texte au dernier moment. Qu’à cela ne tienne, l’article ressurgit quelques jours plus tard dans les pages d’un concurrent, sous un pseudonyme qui ne trompe personne. La Tribune de Genève licencie le fautif.
C’était en 2011 et le début d’une longue histoire: celle de l’actuel enquêteur du Temps Marc Guéniat. Le journaliste d’investigation publie ce mercredi Genève Confidentiel aux éditions Stock (de manière indépendante du Temps), une grande enquête sur «la ville qui aimait l’argent des autres». Depuis quinze ans et cette entorse de loyauté envers son ex-employeur – une «grosse erreur», écrit le journaliste –, il n’a jamais cessé de s’intéresser aux nombreux acteurs à qui le canton doit son insolente prospérité et aux manœuvres financières qui s’y déroulent en coulisses. Ce petit territoire exigu «héberge aujourd’hui 15 milliardaires et plus de 305 personnes disposant d’un patrimoine supérieur à 100 millions de dollars», soit presque trois fois plus qu’à Paris.


4 week_ago
21





















.jpg)






French (CA)