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Gaz naturel renouvelable : Québec persiste dans une politique irréaliste qui menace son industrie

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Pendant des années, les critiques de la politique québécoise sur le gaz naturel renouvelable (GNR) ont été relativement isolées. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement quelques analystes ou éditorialistes qui tirent la sonnette d’alarme : une large coalition représentant pratiquement tout ce que le Québec compte de grands consommateurs industriels, de manufacturiers et de PME demande maintenant au gouvernement Legault de faire marche arrière.

Selon Hélène Baril, de La Presse, une véritable « fronde totale » s’est organisée contre le règlement québécois obligeant Énergir à injecter des quantités croissantes de gaz de source renouvelable dans son réseau. Les représentants de l’industrie réclament désormais l’abolition pure et simple de cette obligation réglementaire, qu’ils jugent économiquement insoutenable.

Cette contestation confirme essentiellement ce que plusieurs observateurs dénoncent depuis des années : le gouvernement tente de créer artificiellement un marché pour un produit que les consommateurs refusent d’acheter parce qu’il est beaucoup trop coûteux.

Une réglementation qui ignore complètement le marché

Le principe paraît simple sur papier. Québec veut remplacer progressivement une partie du gaz naturel conventionnel par du gaz produit à partir de matières organiques ou d’autres sources renouvelables.

Dans les faits, toutefois, le problème est évident : le gaz naturel renouvelable coûte énormément plus cher que le gaz conventionnel.

Selon une note économique publiée par Gabriel Giguère, de l’Institut économique de Montréal (IEDM), le GNR coûtait environ 94,88 cents par mètre cube pour 2025-2026, contre 27,81 cents pour le gaz naturel conventionnel, soit environ 3,4 fois plus cher.

L’écart est suffisamment important pour que les clients refusent massivement d’en acheter volontairement.

Le résultat est exactement celui auquel on pouvait s’attendre.

Des quotas sans acheteurs

Comme le souligne l’IEDM, la consommation volontaire de GNR demeure extrêmement faible.

Alors que Québec impose des quotas toujours plus élevés — 5 % aujourd’hui, 7 % en 2028 et éventuellement 10 % — la consommation volontaire représente à peine une fraction des volumes exigés.

Selon les données citées par Gabriel Giguère, la demande réelle demeure plus de six fois inférieure aux objectifs réglementaires.

Autrement dit, le gouvernement fixe des quotas qui n’ont pratiquement aucun lien avec les préférences réelles des consommateurs.

Lorsque le marché refuse d’acheter le produit, il faut donc trouver une autre façon d’écouler les volumes.

C’est là qu’intervient la « socialisation » des coûts.

Les consommateurs paient pour un produit qu’ils ne veulent pas

Puisque les clients refusent majoritairement de payer le surcoût du gaz renouvelable, Énergir répartit progressivement cette facture sur l’ensemble de sa clientèle.

Selon Hélène Baril, cette facture de mutualisation est passée de 7,8 millions de dollars en 2024 à 48,1 millions en 2025, et devrait atteindre environ 230 millions dès cette année.

Selon une lettre ouverte publiée dans La Presse et signée notamment par Nazim Sebaa, président de l’Association des consommateurs industriels de gaz, Carol Montreuil, de l’Association canadienne des carburants, Jocelyn B. Allard, de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité, François Vincent, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, et Michel Vincent, du Conseil de l’industrie forestière du Québec, la facture totale pourrait approcher deux milliards de dollars si le gouvernement maintient sa trajectoire actuelle.

Pour le seul secteur industriel, le coût dépasserait 1,4 milliard de dollars.

Les auteurs estiment que les coûts énergétiques de plusieurs entreprises pourraient augmenter de 25 à 30 % d’ici 2030.

Une transition qui risque de produire l’effet inverse

Le paradoxe est particulièrement frappant.

Les entreprises rappellent que si produire au Québec devient trop coûteux, la fabrication ne disparaîtra pas pour autant.

Elle sera simplement déplacée vers d’autres juridictions où les émissions de carbone sont souvent plus élevées.

On assisterait alors à un simple déplacement des émissions plutôt qu’à leur réduction.

Cette critique rejoint d’ailleurs un problème largement reconnu dans les politiques climatiques internationales : les réductions d’émissions obtenues localement peuvent être annulées si la production est simplement transférée ailleurs.

Même l’approvisionnement demeure problématique

La promesse initiale reposait également sur l’idée que la production québécoise de GNR augmenterait rapidement.

Or, selon les représentants de l’industrie cités par La Presse, cela ne s’est pas produit.

Le gaz renouvelable demeure insuffisant au Québec.

Énergir doit donc importer une partie importante de ses volumes, notamment des États-Unis.

Les consommateurs québécois se retrouvent ainsi à payer beaucoup plus cher pour une politique qui ne génère même pas nécessairement les retombées économiques promises au Québec.

Le retour de la réalité énergétique

Cette contestation arrive également dans un contexte énergétique complètement différent de celui qui prévalait il y a quelques années.

Hydro-Québec ne dispose plus des surplus électriques qui permettaient autrefois d’envisager une électrification rapide de tous les usages.

La société d’État elle-même mise désormais sur la biénergie, précisément parce que le réseau électrique ne peut absorber seul les besoins de chauffage lors des pointes hivernales.

L’industrie, pour sa part, rappelle depuis longtemps que plusieurs procédés industriels continueront de nécessiter du gaz naturel pendant plusieurs décennies.

On ne remplace pas du jour au lendemain les fours industriels, les procédés chimiques ou certaines applications thermiques lourdes simplement par des résistances électriques.

Dans ce contexte, rendre artificiellement le gaz de plus en plus coûteux revient essentiellement à affaiblir la compétitivité industrielle du Québec.

Une politique de plus en plus difficile à défendre

En février 2024, nous écrivions déjà que la stratégie d’Énergir semblait relever de « l’auto-sabotage », en acceptant sans véritable résistance des objectifs qui condamnaient progressivement son propre marché traditionnel.

Deux ans plus tard, ce ne sont plus seulement quelques chroniqueurs qui s’inquiètent.

Les principaux consommateurs industriels de gaz, les manufacturiers, les entreprises forestières, les PME et plusieurs associations économiques demandent désormais au gouvernement d’abandonner complètement cette approche.

Le gouvernement a bien proposé de repousser certaines échéances jusqu’en 2032.

Mais, comme le soulignent les cosignataires de la lettre ouverte publiée dans La Presse, ce report ne change rien au problème fondamental : le marché ne veut toujours pas de ce produit au prix auquel il est offert.

À vouloir imposer par règlement ce que les consommateurs refusent d’acheter volontairement, Québec semble surtout réussir à rendre son énergie plus coûteuse, à fragiliser son industrie et à compliquer encore davantage une transition énergétique déjà confrontée à d’importantes contraintes d’approvisionnement électrique.

La décarbonation constitue un objectif légitime. Encore faut-il qu’elle repose sur des technologies économiquement viables, des infrastructures disponibles et une demande réelle, plutôt que sur des obligations réglementaires qui finissent par transférer la facture à l’ensemble des consommateurs.

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