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FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que l’élection présidentielle de 2027 suscite déjà l’intérêt d’une trentaine de candidats déclarés ou putatifs, les défis que devra relever le prochain président de la République devraient faire réfléchir ceux qui souhaitent s’installer à l’Élysée, s’interroge le consultant.
Été 2026, une bonne trentaine de personnalités s’échauffent en coulisses pour 2027. Il y a dix ans, j’étais aux côtés d’un président qui gérait les crises les unes après les autres : attentats, guerre en Ukraine déjà, une économie qui tardait à redémarrer et un chômage élevé. La question qui me taraude sera toute simple : est-ce bien raisonnable de vouloir devenir président de la République ? Parce qu’à bien y regarder, le mandat 2027-2032 a toutes les caractéristiques du pire cadeau empoisonné de la Ve République.
120 % de dette publique, un déficit qui refuse obstinément de repasser sous les 5 %, plus un centime pour la moindre promesse de campagne un peu généreuse : le ou la prochaine locataire de l’Élysée héritera d’un pays qui a déjà dépensé l’argent de son quinquennat, et probablement une partie des suivants. À cela s’ajoute une France diplomatiquement affaiblie, qui peine à trouver des alliés fiables jusque dans sa propre famille européenne, dans un monde en guerre. Ainsi, le nouveau président commencera son mandat avec des questions fondamentales pour notre avenir, qui appelleront des choix très difficiles, par définition très impopulaires.
Les retraites, encore et toujours, la transition démographique au cœur du processus. Il faudra soit faire cotiser plus, soit baisser les pensions, soit les deux. Dans tous les cas, sur ce sujet qui touche au cœur du pacte social, et en prime la question du coût du travail, et de l’assurance maladie, toute réforme sera impopulaire.
La transition écologique : notre pays est totalement inadapté. On pensait que le réchauffement, c’était l’affaire des villes-planchas, Paris avec son quatrième épisode de canicule de l’été. On se disait, avec une pointe de complaisance, qu’à la campagne on serait tranquilles. Sauf que les feux de forêt démarrent maintenant dans des zones où il pleut plus qu’en Bretagne. Il va falloir en tirer les conséquences concrètes. Nous ne sommes plus dans la pédagogie sur le tri des déchets, mais dans l’aménagement du territoire à marche forcée. On parle maintenant de confinement climatique estival, de fermetures d’hectares entiers d’espace, de déplacements de population, sans parler du coût économique du réchauffement climatique, que l’on estime à 50% du PIB d’ici 2050, vertigineux.
L’intensité capitalistique est maximale précisément au moment où l’on a le moins besoin d’êtres humains pour la faire tourner.
Gaspard GantzerL’intelligence artificielle, ou le capitalisme poussé à sa propre caricature. Si l’on voit déjà la destruction d’emplois, y compris chez les cadres, on peine encore à voir les créations. Et c’est bien là toute la cruauté du système : l’intensité capitalistique est maximale précisément au moment où l’on a le moins besoin d’êtres humains pour la faire tourner.
Ajoutons le portrait d’une France fracturée, dont les citoyens sont habitués à penser davantage “contre” que “pour”, où le racisme et l’antisémitisme explosent à nouveau, et on se demande qui a vraiment envie de se lancer. Et pourtant les candidats n’ont jamais été aussi nombreux. Plusieurs profils, mais en commun, l’absence du sentiment de l’urgence.
Il y a ceux qui pensent que les recettes du passé peuvent encore fonctionner, alors que les problèmes posés sont d’une nature totalement inédite. Ceux-là sont un peu comme des généraux qui préparent la guerre précédente. Beaucoup de Gamelin, Maginot et Pétain, très peu de de Gaulle et Leclerc. Il y a ceux qui croient aux solutions simplistes ou populistes, en total décalage avec la complexité du réel. La fameuse nationalisation de l’IA étant l’exemple le plus caricatural, mais on aurait pu citer la climatisation pour tous. Il y a ceux qui considèrent que tout cela n’est finalement qu’un jeu, pas très sérieux, ou une simple manière de combler leur immense faille narcissique. Enfin, il y a l’écrasante majorité de la classe politique, qui applique consciencieusement la vieille méthode Chirac : on gagne, et on voit après. Ou, version plus optimiste, celle du “ça ira, on augmentera les dépenses de 0,5 point ou les impôts du même montant, et le pays s’en remettra”. Spoiler : non.
Puis, il y a bien l’exception qui confirme la règle : les gens raisonnables qui, eux, ont clairement dit non. A l’image de Jacques Delors, qui avait annoncé sur TF1 en 1994, qu’il ne serait pas candidat. Comme Laurent Berger, que l’on nous vend à chaque élection comme cochant toutes les cases du candidat providentiel. Il dit pourtant non, plusieurs fois et sans ambiguïté. On peut y voir de la modestie. On peut aussi y voir une lecture parfaitement lucide du poste : quand on a passé des années à négocier des compromis sociaux dans la douleur, on sait mieux que quiconque à quel point les marges de manœuvre sont étroites, et à quel point la fonction présidentielle, aujourd’hui, consiste surtout à annoncer aux Français des sacrifices dont on ne récoltera jamais les fruits. Il refuse un pouvoir qu’il sait ne pas pouvoir exercer honnêtement.
Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas se présenter. Je dis que 2027 n’est pas une élection qu’on aborde par habitude ou par vanité, ni en se persuadant que « ça ira ». Ce qu’on regrette, c’est une forme d’insouciance, d’inconséquence, de légèreté, comme si tout cela était facile, une forme de macronite aiguë. Le mandat ne sera pas amusant : il faudra le sens du sacrifice, le cuir épais, et ne pas avoir peur d’être impopulaire. Le prochain président devra accepter de peut-être tout perdre, sauf la volonté de servir, et être encore plus exemplaire que par le passé pour tenter de regagner la confiance. Il faut imaginer Sisyphe heureux. Par-dessus tout, il faudra que les candidats prennent du plaisir à inventer des idées neuves, parce que les anciennes ne font plus rêver. Le pire mandat de l’histoire de la Ve République mérite peut-être le Grand soir.


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