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Fréchette dément toute implication dans le congédiement d’un lanceur d’alerte

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La première ministre Christine Fréchette dément toute implication dans le congédiement d’un fonctionnaire que les partis d’opposition, jeudi, ont dépeint en martyr de la liberté d’information tombé aux termes d’une « chasse aux sources ».

À deux jours de la fin de la session parlementaire, le leadership de la première ministre fait face à « sa première véritable crise », selon le député de Nelligan, Moncef Derraji. À l’origine de la tempête : un reportage de Radio-Canada où Olivier Smith-Lauzon, un ancien fonctionnaire du ministère de l’Économie, décrit les circonstances de son congédiement.

Son renvoi, effectif le 3 juin, survient dans la foulée de deux enquêtes lancées plusieurs mois plus tôt à propos de la divulgation d’un document confidentiel par le député de Nelligan. Le tableau, exhibé lors d’une conférence de presse publique et filmée le 10 décembre dernier, montrait les mégawatts accordés ou promis à différentes entreprises.

Ces « informations sensibles » mettaient « à risque plusieurs entreprises et créaient une situation très délicate », a expliqué jeudi la première ministre. « Ça pouvait même conduire à des délits d’initiés parce que certaines de ces entreprises sont inscrites en bourse. »

La vidéo de la conférence de presse a même disparu du site de l’Assemblée nationale avec l’autorisation de Moncef Derraji — une situation qui a indigné la députée indépendante de Saint-Laurent, Marwah Rizqy.

« Il n’y a aucune raison d’accepter la censure d’un élu, a-t-elle tonné, jeudi au Salon rouge. Je demande au gouvernement de remettre dans les plus brefs délais l’entièreté du point de presse de l’opposition officielle et de brouiller ce qui peut être sensible. » L’Assemblée nationale a toutefois précisé que « les propos des parlementaires tenus dans le cadre des points de presse ne sont pas couverts par le privilège parlementaire de la liberté de parole. »

La divulgation du document par le député libéral a incité le sous-ministre à l’Économie à déclencher une enquête administrative — « une procédure normale et automatique », a insisté Christine Fréchette jeudi — et à contacter l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

« Lorsqu’une fuite de renseignements confidentiels est constatée, le Ministère déclenche une enquête administrative, à la suite de laquelle des sanctions peuvent être appliquées, a expliqué le ministère de l’Économie dans un communiqué émis jeudi. Selon la gravité des gestes, un signalement à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) peut être effectué. »

L’enquête administrative a conclu qu’Olivier Smith-Lauzon n’avait pas transmis le document brandi par le député libéral. Toutefois, elle a trouvé que le fonctionnaire avait partagé avec la vérificatrice générale et des journalistes, à même son téléphone professionnel, des informations quant aux risques associés aux sommes engagées dans la filière « Batterie ».

« Tuer une mouche avec un bazooka »

Selon les partis d’opposition, la première ministre poursuit une inquisition contre les lanceurs d’alerte. « Quand je vois une première ministre demander une enquête pour cacher un fiasco financier, je trouve ça très problématique », a insisté le chef libéral, Charles Milliard.

Son homologue du Parti québécois a accusé le gouvernement d’avoir « politisé l’UPAC. »

« C’est complètement impensable que le politique passe une commande à l’UPAC pour trouver qui est le lanceur d’alerte, s’est insurgé Paul St-Pierre Plamondon. Le prix politique, à mon avis, sera élevé parce qu’éthiquement, c’est absolument indéfendable. »

Christine Fréchette, lors des débats parlementaires, a répété que ces enquêtes relevaient de son ancien sous-ministre. « Je ne me mêle aucunement de ce que le sous-ministre fait comme démarche. Ce n’est pas de mon ressort et ce ne le sera pas. »

Le PQ s’indigne néanmoins que la première ministre, le 25 mai dernier, ait annoncé publiquement le congédiement d’Olivier Smith-Lauzon avant même que ce dernier n’apprenne son licenciement. « J’ai tout simplement évoqué ce qui m’avait été communiqué, s’est défendu Christine Fréchette jeudi. Ce n’est pas parce qu’on nous communique une information qu’on a décidé de l’action menant à cette action, voyons ! C’est pourtant simple comme logique… »

La Protectrice du citoyen, responsable de protéger les lanceurs et les lanceuses d’alerte, devrait se pencher sur le cas d’Olivier Smith-Lauzon, croit Québec solidaire. En 2023, son bureau avait exonéré l’agronome Louis Robert, dénoncé son congédiement et avait poussé l’ancien premier ministre, François Legault, à lui présenter ses excuses.

Éric Duhaime, le leader des troupes conservatrices, estime que le gouvernement a tenté de « tuer une mouche avec un bazooka » en contactant l’UPAC.

« Quand c’est rendu qu’au niveau politique, on envoie des enquêteurs anticorruption contre des employés de l’État, c’est une autre paire de manches, a-t-il dénoncé. Ça pose des questions qui sont assez majeures par rapport à l’intervention politique dans les enquêtes policières au Québec. »

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