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Feux de forêt : Matthew Lau dénonce un récit climatique qui évacue la gestion forestière

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Alors que les incendies canadiens et leur imposant panache de fumée sont revenus dans les manchettes, une chronique publiée dans le National Post remet en question la manière dont le gouvernement fédéral et les organismes qu’il finance présentent le phénomène.

Dans son texte paru le 21 juillet, Matthew Lau accuse l’Institut climatique du Canada d’avoir transformé une série de fiches présentées comme factuelles en un plaidoyer alarmiste en faveur de l’abandon des combustibles fossiles. L’institut, qui aurait reçu selon lui 34,9 millions de dollars du gouvernement fédéral au cours des quatre dernières années, insiste sur le rôle du réchauffement climatique dans les incendies, les sécheresses, les inondations et les vagues de chaleur.

Lau ne prétend pas que les incendies ou leurs conséquences sanitaires sont imaginaires. Il reproche plutôt à l’organisme d’écarter les faits qui ne cadrent pas avec son interprétation générale des événements, notamment l’importance de la gestion forestière dans l’ampleur et la destructivité des incendies.

Jasper : le climat montré du doigt, la gestion forestière reléguée au second plan

La fiche consacrée aux incendies affirme que le réchauffement climatique, largement causé par la consommation de combustibles fossiles, rend les feux « plus grands, plus chauds et plus destructeurs ». Elle évoque notamment l’incendie de Jasper de 2024, qui a détruit environ le tiers des bâtiments de la municipalité, avant d’appeler les gouvernements à accélérer leur transition énergétique.

Pour Matthew Lau, cette présentation laisse de côté la responsabilité largement déterminante de la gestion forestière dans le désastre de Jasper.

Pendant des années, les autorités avaient été averties de l’accumulation de bois mort et de combustible dans le parc national, notamment en raison des ravages causés par le dendroctone du pin. Or, soutient Lau, le gouvernement fédéral n’a pas suffisamment récolté ce bois, entretenu les zones à risque ou pratiqué les brûlages dirigés nécessaires.

Lorsque des quantités considérables de combustible sont laissées autour d’une communauté, des conditions chaudes et sèches peuvent transformer une étincelle en catastrophe. Le climat influence les conditions dans lesquelles le feu se propage, mais il ne coupe pas les arbres morts, ne crée pas les pare-feux et ne réalise pas les brûlages préventifs.

Cette dimension est d’ailleurs reconnue, du moins brièvement, par l’Institut climatique lui-même. À la fin de sa fiche, celui-ci recommande une meilleure gestion de la végétation, des brûlages dirigés et une réduction du combustible autour des communautés. Ces solutions concrètes demeurent toutefois secondaires dans un document principalement consacré à la réduction des émissions mondiales.

Une recrudescence spectaculaire, mais toujours aucun record

Ajoutons à l’analyse de Lau que les incendies canadiens ont fortement progressé au cours du mois de juillet. Leur fumée a traversé l’Ontario et le Québec avant d’atteindre plusieurs grandes villes américaines, donnant au phénomène une visibilité médiatique considérable.

Cette détérioration est réelle et importante. Elle ne doit cependant pas être confondue avec une saison record.

Le 9 juillet, le gouvernement fédéral recensait environ 1,4 million d’hectares brûlés depuis le début de 2026. À la même date en 2025, les incendies avaient déjà consumé 4 614 713 hectares. Le bilan de 2026 représentait donc à peine 30 % de celui observé exactement un an auparavant, malgré un nombre légèrement supérieur de départs de feu.

La situation s’est ensuite rapidement aggravée, particulièrement en Ontario. Au 16 juillet, le total national avait atteint 2,384 millions d’hectares. En l’espace d’une semaine, près de 984 000 hectares supplémentaires avaient donc brûlé, soit une augmentation d’environ 70 %. Cette brusque accélération explique le retour spectaculaire des incendies dans l’actualité.

Mais même après cette progression, la comparaison avec une année véritablement record demeurait sans équivoque. Le 16 juillet 2023, le Canada avait déjà franchi le seuil de 10 millions d’hectares brûlés. À la même date en 2026, la superficie touchée en représentait moins du quart.

Les deux constats ne se contredisent donc pas. La saison 2026 a connu une aggravation extrêmement rapide au cours de la deuxième semaine de juillet, mais elle demeurait très loin du rythme observé en 2023. De même, avant cette poussée, son bilan du 9 juillet était encore environ trois fois inférieur à celui de 2025 à date identique.

La présence de fumée au-dessus de Toronto, de Washington ou de New York témoigne de la localisation des incendies et de la direction des vents. Elle ne constitue pas, en elle-même, une mesure de la superficie totale brûlée au Canada ni du caractère historique de la saison.

La photographie mondiale présentée par Lomborg demeure pertinente

Plus tôt en juillet, Bjørn Lomborg avait attiré l’attention sur les données du Global Wildfire Information System. Au moment où il diffusait son graphique, les superficies brûlées depuis le début de 2026 se situaient sous la moyenne de 2012 à 2025 sur chacun des continents : de 43 % en Afrique, de 48 % dans les Amériques, de 29 % en Asie, de 67 % en Europe et de 22 % en Océanie.

Il s’agissait d’un bilan provisoire arrêté au début de juillet, et non d’une prédiction pour l’ensemble de l’année. Le portrait pouvait donc changer à mesure que progressait la saison estivale dans l’hémisphère nord.

Mais cette limite ne rend pas la comparaison trompeuse. Lomborg décrivait correctement la situation observée au moment de sa publication : malgré les nombreuses manchettes consacrées aux vagues de chaleur, la superficie mondiale brûlée demeurait alors exceptionnellement faible.

Les feux canadiens ont depuis gagné rapidement du terrain. Entre le 9 et le 16 juillet seulement, la superficie brûlée au pays a augmenté d’environ 70 %. Cette recrudescence justifie une mise à jour du portrait canadien et nord-américain, mais elle ne rend pas rétrospectivement fausses les données publiées par Lomborg.

Elle ne suffit pas non plus à démontrer que le portrait mondial s’est entièrement renversé. Une hausse de près d’un million d’hectares au Canada demeure considérable pour les régions touchées, mais elle doit être replacée dans un bilan réparti sur l’ensemble des continents. Surtout, même après cette forte progression, le Canada demeurait très loin du rythme de la saison record de 2023.

L’étrange rôle de Donald Trump

Ironiquement, le retour des incendies au centre du débat public ne vient pas d’abord des mouvements environnementalistes, mais de Donald Trump.

Le président américain a accusé le Canada de ne pas entretenir correctement ses forêts et de laisser entrer aux États-Unis un air « sale » et dangereux. Il a également évoqué la possibilité de réclamer une compensation ou d’utiliser les droits de douane afin de faire payer au Canada le coût supposément « incalculable » de cette pollution.

La menace tarifaire et le ton employé relèvent manifestement de l’exagération politique habituelle de Trump. Les incendies ne s’arrêtent pas aux frontières, et les deux pays se prêtent régulièrement assistance lors des saisons difficiles.

Mais il est révélateur que la controverse médiatique ait été déclenchée par un homme que ses adversaires accusent constamment de mentir et d’amplifier les problèmes. Lorsqu’il exagère les conséquences de la fumée canadienne, ses déclarations sont néanmoins reprises partout. Lorsqu’il affirme que les forêts canadiennes sont mal entretenues, cette partie de son intervention est généralement rejetée avec le reste.

Or, sur la gestion forestière, Trump touche à un problème réel.

Le Canada possède des territoires forestiers immenses, souvent éloignés et difficiles d’accès. Il serait impossible et écologiquement indésirable d’éteindre chaque incendie naturel. Il existe cependant une différence fondamentale entre laisser brûler un feu sans danger dans une région inhabitée et permettre l’accumulation de combustible autour des villes, des infrastructures et des communautés vulnérables.

Même le premier ministre ontarien Doug Ford, tout en dénonçant les attaques de Trump, a soutenu que les droits américains sur le bois d’œuvre compliquaient l’évacuation et la commercialisation du bois provenant des forêts canadiennes. Autrement dit, sa réponse ne niait pas entièrement le problème de l’accumulation forestière : elle en attribuait en partie la responsabilité aux politiques commerciales américaines.

Une catastrophe n’efface pas le contexte

La critique de Matthew Lau ne consiste donc pas à nier les incendies, leurs victimes ou les risques associés aux périodes chaudes et sèches. Elle vise la tendance à présenter chaque catastrophe comme une nouvelle démonstration exigeant toujours la même solution politique, tout en reléguant au second plan les facteurs locaux sur lesquels les gouvernements ont une emprise immédiate.

Réduire les émissions mondiales est un objectif abstrait dont les effets éventuels sur un incendie précis au Canada se mesureront sur plusieurs décennies. Enlever le bois mort, réaliser des brûlages dirigés, créer des coupe-feux, entretenir les accès et protéger les abords des communautés peuvent produire des résultats concrets dès la prochaine saison.

Les feux canadiens de juillet sont graves. Ils ont détruit des territoires, forcé des évacuations et détérioré la qualité de l’air sur une grande partie du continent. Leur progression rapide doit être reconnue : la superficie brûlée a augmenté d’environ 70 % entre le 9 et le 16 juillet.

Cette accélération ne permet toutefois pas d’affirmer que 2026 constitue une nouvelle année record. À la même date en 2023, plus de quatre fois plus de territoire avait déjà brûlé. Une semaine auparavant, le bilan de 2026 représentait également moins du tiers de celui enregistré au 9 juillet 2025.

Elle ne permet pas davantage de prétendre que les données mondiales publiées par Lomborg plus tôt dans l’été auraient soudainement cessé d’exister. Elles décrivaient la situation au moment où elles avaient été recueillies; les incendies canadiens survenus ensuite en modifient une partie, sans nécessairement renverser le portrait mondial.

Le problème dénoncé par Lau est précisément celui-là : les catastrophes font les manchettes, tandis que le contexte, les tendances contraires et les responsabilités gouvernementales disparaissent souvent derrière un récit climatique déjà écrit.

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