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De nombreuses entreprises néo-brunswickoises ne savent plus trop sur quel pied danser face à l’évolution rapide de la guerre tarifaire entre Ottawa et Washington. En attendant que les choses se replacent, certaines d’entre elles continuent de miser sur les clients et les fournisseurs canadiens.
Pendant des années, le marché américain a été très important pour Malley Industries, basée à Dieppe. Ce fabricant d’ambulances et de véhicules adaptés vendait près de la moitié de ses produits de l’autre côté de la frontière, notamment à New York.
Mais lorsque l’administration Trump a lancé les hostilités, en 2025, cette entreprise a vu le nombre de commandes passées par des clients américains diminuer dramatiquement. Ses produits ne sont pourtant pas assujettis à des tarifs.

Myles Malley est le vice-président de l'entreprise Malley Industries, à Dieppe.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Notre marché [aux États-Unis] s’est tari au cours de la dernière année et demie parce que les clients ont peur que les tarifs les affectent [...] On en fait encore [des ventes aux États-Unis], mais c’est de plus en plus un défi, explique Myles Malley, le vice-président de cette entreprise familiale qui a pignon sur rue dans un parc industriel.
Les véhicules produits par l’entreprise coûtent dans certains cas plus de 200 000 $ et sont commandés plusieurs mois à l’avance. Face à l’incertitude, bon nombre de clients américains préfèrent attendre ou faire affaire avec des fabricants de leur pays.
Tôt ou tard, ce marché sera à nouveau accessible. S’il s’ouvre à nous, nous serons heureux de le prendre. Mais nous n’avons pas le luxe d’attendre de voir ce qu’ils veulent faire ou que les choses se stabilisent, dit Myles Malley.
Les contre-tarifs canadiens qui sont entrés en vigueur mardi ne semblent pas, a priori, les toucher. Mais ils ne font qu’alimenter l’incertitude, selon lui, d’autant plus que la situation pourrait changer à tout moment.

Malley Industries a dévoilé son nouveau modèle d'ambulance, la « Type III », mercredi à Dieppe.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Mercredi après-midi, Malley Industries a d’ailleurs lancé en grande pompe un nouveau modèle d’ambulance, la Type III, afin de tenter de prendre plus de place dans le marché canadien. Selon ses dirigeants, le développement de ce produit a coûté près d’un million de dollars.
Avec le marché américain qui diminue, nous avons pris la décision de pivoter autant que possible [vers le marché canadien], dit Myles Malley.

Voici à quoi ressemblent les véhicules lorsque Malley Industries les reçoit du fabricant. Toutes sortes de composantes y sont par la suite ajoutées pour les transformer en ambulances.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
L’entreprise – qui est déjà très ancrée dans le marché néo-brunswickois – a le Québec et l’Alberta dans sa mire. C’est d’ailleurs au Québec qu’elle a vendu sa première ambulance Type III. Les autres provinces sont aussi sur son radar.
Il faut regarder ça comme une opportunité
À l'autre bout du Nouveau-Brunswick, à Edmundston, Jim Rice doit lui aussi s’adapter constamment. Cet entrepreneur est le propriétaire de Maison Rice, un magasin d'électroménagers et d’ameublement.
Contrairement à Malley Industries, son commerce est directement touché par les contre-tarifs qui sont entrés en vigueur cette semaine. Il est entre autres touché par les tarifs de 25 % sur les réfrigérateurs et les cuisinières fabriquées aux États-Unis.

Jim Rice est le propriétaire du commerce Maison Rice à Edmundston. Il a l'intention de continuer à miser sur les fournisseurs canadiens autant que possible.
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
La bonne nouvelle pour Jim Rice, c’est que cela ne veut pas dire que les réfrigérateurs américains vont augmenter de 25 %, puisque son fournisseur principal va encaisser une partie de l’impact des nouvelles mesures tarifaires.
Ils ont une division canadienne. Donc, évidemment ils ont des employés, ils ont des entrepôts, ils gardent du stock. C’est dans leur intérêt de ne pas nous planter avec ces tarifs-là d’une shot. On est chanceux, ils vont en absorber une partie [...] Oui, on va connaître une augmentation, mais elle ne sera pas aussi importante que ce que l’on craignait, soit 25 %.
Il note toutefois avec un certain agacement que bien peu de solutions de rechange s’offrent à lui et aux consommateurs canadiens.

Le Magasin Rice se trouve à Edmundston.
Photo : Source: Facebook (Maison Rice)
Comme détaillant, il ne peut pas se tourner vers des électroménagers grand public fabriqués au Canada, parce que de tels produits n’existent pas. Et il ne veut pas faire une croix sur les marques américaines au profit de marques asiatiques, qui ont tendance à être moins fiables, selon lui.
Je ne suis pas contre le fait de réagir à la menace, on a besoin de se tenir debout. Mais aux dépens du consommateur qui ne peut pas faire autre chose, ça va juste coûter plus cher pour en bout de ligne ne pas avoir le choix de les acheter là [au Canada].
Pour ce qui est de l’ameublement, certains produits fabriqués aux États-Unis sont désormais frappés de contre-tarifs canadiens de 50 %. Jim Rice explique que cela ne va que renforcer ses liens avec des fournisseurs canadiens.
C’est des choses qu’on va continuer à supporter, qu’on va continuer à promouvoir. Ça va donner une place à ces fournisseurs-là de prendre de l’ampleur dans le marché canadien. Je pense que c’est la seule façon de le voir; tu le sais comme moi que, si on se choque, tout ce que ça fait c’est péter des veines et causer des problèmes cardiaques, dit-il en riant.
Certains produits du Nouveau-Brunswick bientôt bannis
D’autres entreprises néo-brunswickoises font face à des défis encore plus importants en raison de la guerre tarifaire, puisqu’elles ne pourront bientôt plus exporter leurs produits aux États-Unis.
L’administration Trump a en effet riposté aux contre-tarifs canadiens en annonçant des tarifs supplémentaires et la fermeture des frontières à d’autres produits.

La brasserie Moosehead se trouve à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes
La brasserie Moosehead est touchée et ne pourra plus exporter de bière chez nos voisins américains à compter du 29 septembre. Le PDG de cette entreprise de Saint-Jean, Andrew Oland, affirme qu’il met les bouchées doubles pour envoyer le plus de produits possible aux États-Unis avant l’entrée en vigueur de l’interdiction.
Nous travaillons très fort avec notre importateur aux États-Unis et avec notre distributeur pour organiser autant d’envois que possible au cours des trois prochaines semaines, dit-il en entrevue.
Les produits Moosehead sont déjà frappés de tarifs de 50 % depuis le mois dernier. Mais, selon Andrew Oland, il est essentiel que l’entreprise maintienne sa présence dans le marché américain, où elle vend 15 % de sa production.
[Les succursales des chaînes] Hannaford au Maine ou Publix en Floride ont rarement des étagères vides. Si un produit n’est pas disponible, les détaillants vont simplement trouver quelque chose pour prendre sa place.

Andrew Oland est le PDG de Moosehead. (Photo d'archives)
Photo : CBC
Andrew Oland note toutefois que l’interdiction n’entrera en vigueur qu’à la fin septembre. Il espère que le gouvernement canadien poursuivra les négociations avec Washington d’ici là afin de tenter de trouver un terrain d’entente.
En attendant, il a l’intention de tenter de vendre plus de bière dans son marché le plus important, soit le Canada. Le développement de nouveaux marchés en Europe, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud est aussi sur son radar.
Avec des informations de Raechel Huizinga et d’Oliver Pearson, de CBC


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