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De Moncton à New York, un bénévole à jamais marqué par le 11 septembre

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Il y a 25 ans, Jerry Doucett, un bénévole de la Croix-Rouge à Moncton, s’est retrouvé catapulté au cœur des efforts pour secourir les personnes touchées par les attentats du 11 septembre. L’Acadien a été à jamais marqué par l’expérience.

Il était au travail à Moncton le 11 septembre lorsqu’il a été contacté par la Croix-Rouge, pour laquelle il était bénévole.

Dans ce temps-là, on avait des pagers, avec la Croix-Rouge. Ils m’ont pagé, puis m’ont dit "911, appelle l’office". Puis, ils m’ont dit, "va au Colisée, arrange-toi pour 2000 personnes", se souvient-il.

Je ne savais pas qu’est-ce qu’arrivait. J’étais là, puis, tout à coup, les autobus s’en venaient, puis du monde, beaucoup de monde, beaucoup de différentes nationalités.

Gerry Doucett, assis dans un fauteuil, regarde le journaliste.

Jerry Doucett a été marqué à jamais par son intervention à la suite des attentats du 11 septembre.

Photo : Nouemsi Njiké

Avec la fermeture de l’espace aérien américain dans la foulée des attentats, de nombreux avions doivent atterrir au Canada - dont 13 à Moncton. À leur bord, plus de 2000 personnes à qui il fallait porter assistance.

Des familles, des jeunes, il y avait un couple qui s’était juste marié à Paris. Lorsqu’ils ont atterri, ils ne savaient pas où ils étaient, explique-t-il.

Jerry Doucett devant un autobus.

Le 11 septembre 2001, avant même de savoir ce qui s'était passé à New York, Jerry Doucett a accueilli des voyageurs qui étaient à bord de vols détournés vers Moncton.

Photo : Radio-Canada

Jerry Doucett, qui s'était vu confier la responsabilité du site d’accueil installé au Colisée de Moncton, n'avait aucune réponse à apporter aux passagers qui l’interrogeaient, puisqu'il ne savait pas lui-même ce qui s'était passé.

Ce n’est que durant la nuit que j’ai su ce qui s’était passé. Il y avait une télé dans le Colisée. J’ai levé la tête et elles étaient là, les tours [...] On ne savait rien nous autres, explique-t-il.

Faut que tu viennes à New York

À la suite de son travail à Moncton, Jerry Doucett est envoyé à Halifax pour donner un coup de main. Peu de temps après, sa supérieure lui demande de se rendre à New York pour prêter main-forte aux secours américains.

Quand ils ont de nouveau été autorisés à voler, j’ai eu un appel avec les Américains pour venir à New York. J’ai dit, non, c’est pas nous autres, pas les Acadiens. Ma cheffe m’a dit, faut que tu viennes à New York, on te veut tout de suite. Donc j’y étais pour trois semaines, indique-t-il.

Nous avions des soins médicaux, des vêtements, des bottes. Tout ce dont ils avaient besoin, ils le recevaient et c’était ma job de faire sûr que ça ne traînait pas.

M. Doucett était chargé de deux centres d’aide qui devaient s’assurer que les personnes travaillant à déblayer le site des attentats ne manquaient de rien.

Un homme feuillette un album photo.

Jerry Doucett a pu avoir accès à des photos du travail effectué à Ground Zero.

Photo : Marie-Ève Lamarche

Bien qu’il ait passé 10 ans dans l’armée canadienne, un travail qui l'a amené sur différents théâtres d'opérations où la tragédie n’était pas chose rare, son expérience sur le terrain après les attentats du 11 septembre a eu un effet particulier sur lui.

La plupart de mes missions étaient en lien avec la nature, des ouragans, des tornades. Depuis la fin de ma carrière militaire, c’était la première fois que j’étais affecté à une mission qui était la conséquence des agissements de l’homme. C’était vraiment difficile, s’émeut-il.

Il y a des gens bien dans le monde et il y a des gens mauvais. Nous ne pouvons rien y faire [...] Mais il y a des gens bien dans le monde.

Un Acadien qui voulait rendre service

Aujourd’hui encore, c’est avec émotion et avec une certaine douleur que M. Doucet regarde la carte d'identité qui lui avait été remise par le FBI et qui lui permettait d’avoir accès à l'entièreté du site des attentats.

Une main tenant une carte d'identité de la Croix-Rouge ainsi que des médailles militaires.

Jerry Doucett avait une carte qui lui donnait accès à l'ensemble du site.

Photo : Marie-Ève Lamarche

C’était difficile parce qu’on trouvait de l’argent qui était plein de sang, on ramassait ça [...] Il fallait faire des tests d’ADN sur le sang, sur les vêtements que nous trouvions, explique-t-il.

On dormait pas [...] Tu travailles 14 heures par jour, puis tu t’en vas, t’essayes de dormir, mais ça ne marchait pas. Troisième jour : tu t’évanouis.

M. Doucett se dit heureux d’être allé aider à New York et d’y être resté trois semaines et demie, même si, au bout d’une semaine, devant l’ampleur de la tragédie, il voulait rentrer au Canada. C’était la première fois de sa vie que cela lui arrivait.

Un mur de pierre sur lequel est gravé un message.

Ce monument a été mis en place près du Colisée pour rendre hommage aux gens de la grande région de Moncton.

Photo : Nouemsi Njiké

Mais, je suis Acadien, donc je devais faire la pleine mission, explique-t-il en souriant.

Nous, les Acadiens, sommes des gens accueillants, on aime rendre service. C'est comme ça qu'on est.

Des liens durables

Brian Murphy a été maire de Moncton de 1998 à 2004. 25 ans plus tard, il est encore ému quand il pense à 2001 et aux liens que les tragiques événements ont permis de tisser.

En plus du Colisée qui a accueilli un nombre important de personnes, des résidents ont également ouvert leurs portes à des passagers. C'est le cas de M. Murphy et de son épouse Jacqueline.

Nous avons accueilli deux couples originaires de l’Angleterre et nous avons gardé une relation vraiment forte avec un des deux. Ils avaient le même âge que nous, leurs enfants avaient le même âge que les nôtres, se souvient-il.

Brian Murphy sourit à la caméra.

Brian Murphy et son épouse sont restés amis avec un couple anglais.

Photo : Nouemsi Njiké

Nous leur avons rendu visite en Angleterre. Nous allons leur faire visiter Moncton et Grande-Digue [cette semaine]. Je connais plein de personnes qui ont maintenant des relations.

Une pancarte représentant le nom d'une avenue.

L'avenue du 11 Septembre se trouve à proximité du Colisée, à Moncton.

Photo : Nouemsi Njiké

La gratitude américaine

M. Murphy se dit extrêmement fier de la manière dont le grand Moncton a réagi à la suite des attentats. Une rue de la ville, située à proximité du Colisée, et un monument installé devant ce même Colisée rendent d’ailleurs à la fois hommage aux Américains et à la générosité des Monctoniens.

Toutes les agences, la Croix-Rouge, la Ville de Moncton, Codiac Transpo, les scouts, ont géré ensemble. Vous êtes en crise, vous êtes un passager de l’Angleterre ou des États-Unis, nous avons les repas, nous avons des téléphones pour des appels longue distance, nous avons des lits, se remémore-t-il.

J’étais maire à l’époque quand George Bush Junior a eu une réception à Halifax pour toutes les communautés, comme Gander, Halifax et Moncton pour dire, j’ai apprécié vos efforts.

Pour lui, les peuples canadien et américain restent extrêmement soudés en dépit des tensions politiques actuelles entre les deux pays.

La majorité des Canadiens et des Américains que je connais pensent que c’est un problème de leadership politique aux États-Unis. Ce n’est pas l’essence du peuple américain parce qu’on a eu des relations, surtout dans les provinces maritimes, depuis des centaines d’années, explique-t-il.

Une peluche.

Jerry Doucett est ému chaque fois qu'il tient la peluche qui lui a été offerte aux États-Unis en guise de gratitude.

Photo : Marie-Ève Lamarche

Jerry Doucett se souvient avec douceur de la gratitude des New-Yorkais vis-à-vis des Canadiens qui étaient venus leur apporter de l’aide.

Quand on lui demande ce qu’il pense de l’état des relations entre le Canada et les États-Unis, qui ne cessent de se détériorer, il est saisi d’émotion et se montre réticent à l’idée d’aborder la question.

Ça me fait mal. Comme j’ai dit, il y a du bon monde, il y a du pas bon monde. En ce temps-ci, c’est pas plaisant, regrette-t-il.

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