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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Parlement européen doit examiner un amendement donnant à la Commission européenne le contrôle des exportations d’armes des pays de l’UE. Pour l’ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne Bruno Alomar, cette mesure donnerait l’image d’une France rabaissée dans une Europe qui sombre.
Ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, Bruno Alomar a publié La Réforme ou l’insignifiance. Dix ans pour sauver l’Union européenne (Éditions de l’École de guerre, 2018).
À la question essentielle en matière de défense « qui est l’ennemi ? » l’Union européenne ne craint pas de prêter le flanc à la plus inimaginable des réponses : la France. Le Parlement européen se propose en effet de confier à la Commission européenne le pouvoir d’imposer son contrôle sur les exportations d’armements des pays membres de l’Union européenne, via un amendement à la directive sur les transferts intra-UE de produits liés à la défense et simplification des marchés de sécurité et de défense. Sans tenir aucun compte de l’opposition catégorique des autorités françaises.
Si l’art de la politique est celui du moment, cette proposition, depuis longtemps portée par des parlementaires allemands de toutes obédiences, ne pouvait être plus mal choisie. Alors que notre pays vient de connaître avec la signature de l’accord commercial avec le Mercosur une humiliation inédite, les opposants à la France à l’UE enfoncent le clou. Alors que les Européens prétendent vouloir se serrer les coudes face aux chocs qui l’assaillent, la France, seule puissance militaire de l’UE restante après le départ du Royaume-Uni, voit le cœur de son modèle militaire et industriel attaqué. C’est, pour reprendre l’expression connue, pire qu’une faute : c’est une erreur.
C’est d’abord persévérer dans l’idée fausse selon laquelle les questions de défense peuvent être traitées au regard du seul prisme du marché. Les questions militaires échappent largement aux lois du marché. Un marché suppose qu’une offre rencontre librement une demande. Ce n’est pas le cas dans la défense. Les États n’investissent pas dans le matériel militaire pour des raisons économiques. Ils investissent pour des questions de souveraineté, de protection de leurs peuples et de leurs intérêts. Ils cherchent à acquérir la technologie la meilleure pour l’emporter sur le champ de bataille. À l’heure où celui-ci se rapproche, l’essentiel est donc la compétence technique ultime.
Il est vrai que l’UE n’en est pas à son coup d’essai en matière de défense puisque contre toute raison juridique la directive 2003 sur la réduction du temps de travail s’applique bien aux forces armées françaises.
Bruno AlomarOr le système français, seul en Europe, marche. S’il n’est pas parfait, il a permis à la France, pour maintenir sa dissuasion nucléaire, de conserver la meilleure technologie avec Naval Group (composante océanique) et Dassault* (composante aéroportée). Quel est l’équilibre de ce système, auquel l’UE s’attaque frontalement ? Une coopération entre des autorités militaires qui expriment des besoins opérationnels, la Direction générale de l’armement (DGA) qui les traduit en spécifications techniques, les industriels qui produisent les matériels. L’export d’armement, qui n’est pas seulement un élément essentiel de notre diplomatie que l’UE piétine, est essentiel à l’équilibre économique de ce système qui est le seul à avoir fait ses preuves en Europe. De fait, il la protège aussi.
De quel droit parle-t-on, puisque aujourd’hui tout part et tout revient à l’« État de droit » ? L’UE, qui en a fait sa valeur cardinale, peut-elle se prévaloir dans ce mauvais combat contre la France, c’est-à-dire contre elle-même ? L’article 4 alinéa 2 du Traité sur l’UE (TUE) stipule que « la sécurité nationale reste de la seule responsabilité de chaque État membre ». La défense ne figure d’ailleurs ni à l’article 3 du Traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) qui énonce les 5 compétences fédérales de l’UE, ni même à l’article 4 qui énonce les compétences partagées avec les États membres. Ursula von der Leyen, si prompte à dénoncer les entraves à l’État de droit ici et là, pourrait-elle aussi regarder la poutre qui est dans son œil ? Il est vrai que l’UE n’en est pas à son coup d’essai en matière de défense puisque contre toute raison juridique la directive 2003 sur la réduction du temps de travail s’applique bien aux forces armées françaises.
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Ceux qui croient rendre service à l’Europe en affaiblissant la France devraient méditer la maxime de Bossuet « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». Car alors qu’ils prétendent devenir indépendants d’une Amérique à l’égard de laquelle ils ont pourtant consciencieusement construit leur dépendance, contre la France et la pensée gaullienne, ils arriveront au résultat contraire : une Europe plus que jamais dépendante de l’industrie de défense américaine qui, le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) nous le rappelle, n’a jamais autant équipé les armées européennes qu’aujourd’hui. Car qu’on le veuille ou non, aucune des récentes avancées réglementaires européennes que ce soit l’EDIP (Europe Defence Industry Programme) ou encore le SAFE (Secrétariat général des affaires européennes) n’ont instauré la préférence européenne que la France réclame.
Il est temps pour la France de mettre fin à l’irréalisme européen en matière de défense. C’est essentiel pour notre pays, mais aussi pour l’Europe qui a besoin d’être défendue et qui après s’être fourvoyée dans l’énergie par rejet du nucléaire français se meurtrit elle-même dans la défense. Depuis trop longtemps, de crainte de ne pas paraître assez européens, nous avons collectivement louvoyé avec le résultat que tous constatent : une France rabaissée dans une Europe qui sombre. Le président de la république, chef des armées, saisira-t-il l’occasion de sa prise de parole sur la doctrine nucléaire française de février prochain pour remettre la Commission à sa place, et rappeler le primat de la nation sur les affaires de défense ?
*Le groupe Dassault est propriétaire du Figaro.


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