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Une entreprise qui prévoit de réaliser un projet de centre de données à grande échelle en Nouvelle-Écosse pour le compte du géant de l'intelligence artificielle Anthropic est actuellement au cœur d'un litige concernant les redevances foncières liées à un projet d'hydrogène éolien en difficulté dans le sud de Terre-Neuve.
Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a confirmé mardi qu’il tentait toujours de recouvrer les redevances impayées par EverWind Fuels pour les terres de la Couronne réservées au projet d’exploitation d’hydrogène éolien de l’entreprise sur la péninsule de Burin, à Terre-Neuve.
Mais un responsable d’EverWind a déclaré que l’entreprise ne devait rien au gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador.
EverWind n’a jamais signé d’accord de réservation de terres de la Couronne, n’a jamais accepté les redevances de réservation proposées par la province, ni pris aucun engagement contractuel de payer les montants désormais réclamés, indique un communiqué envoyé mardi par courriel par Matthew Tinari, directeur financier et stratégique de l'entreprise.
L’entreprise n’a jamais donné son accord sur la superficie des terres que la province a réservées pour son projet ni sur les conditions de paiement relatives à ces terres, a précisé M. Tinari.
EverWind conteste catégoriquement le bien-fondé de ces accusations et rejette l’affirmation selon laquelle elle aurait une dette envers la Couronne.
Dans un communiqué publié jeudi, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador n’a pas répondu directement aux affirmations de M. Tinari.
EverWind a des redevances impayées sur les terres de la Couronne et les démarches de recouvrement se poursuivent, a expliqué Lloyd Parrott, ministre provincial de l’Énergie. Il n’a pas souhaité révéler le montant du solde impayé, estimant que cela pourrait compromettre ces démarches et divulguer des informations commercialement sensibles.
Un immense centre de données au Cap-Breton
Le 16 octobre dernier, EverWind Fuels a dévoilé son projet de construction d’un centre de données de 10 milliards $ à Point Tupper, une localité du Cap-Breton située juste au sud de Port Hawkesbury.
Anthropic, l’entreprise d’intelligence artificielle à l’origine de l'agent conversationnel Claude, a déjà signé un bail de 20 ans pour cette installation, ont indiqué des responsables d’EverWind.
Le chef de la direction Trent Vichie n’a pas souhaité s’exprimer sur la valeur du bail de l’installation. Il a indiqué que cette installation de 18 600 mètres carrés devrait être mise en service à la fin de l’année prochaine.
EverWind avait auparavant proposé des projets d’énergie à l’hydrogène issue de l’éolien à Point Tupper, en Nouvelle-Écosse, et sur la péninsule de Burin, sur la côte sud de Terre-Neuve.
Plus de 11 millions $ de redevances par an
En 2023, l’ancien gouvernement libéral de Terre-Neuve-et-Labrador avait réservé près de 2700 kilomètres carrés de terres domaniales pour le projet d’EverWind et avait commencé à facturer à l’entreprise plus de 11,4 millions $ par an, soit environ 3,5 % de la valeur marchande de ces terres.
Mais l’entreprise ne souhaitait pas disposer de l’ensemble de ces terres, a expliqué M. Tinari. Celles-ci comprenaient des bassins versants, des propriétés résidentielles et des zones de loisirs communautaires, et plus de la moitié était impropre à l’aménagement, a-t-il précisé.

Un paysage de la péninsule de Burin, à Terre-Neuve, où le gouvernement provincial avait réservé jusqu'à 2700 kilomètres carrés de terres domaniales pour un projet éolien de l'entreprise EverWind Fuels. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Marie-Isabelle Rochon
EverWind a demandé à plusieurs reprises à la province de réduire la réserve, a-t-il ajouté. Le gouvernement a accédé à cette demande en avril 2025, indiquant qu’il réduirait la superficie à environ 1800 kilomètres carrés, selon des courriels obtenus par La Presse canadienne plus tôt cette année dans le cadre d’une demande d’accès à l’information.
Ces courriels montrent que les responsables d’EverWind ont adressé au gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador des lettres répétées et des demandes de discussion concernant la réserve foncière et les redevances associées, bien que de nombreux détails aient été caviardés.
Il subsiste une grande incertitude dans ce secteur, et les capitaux de développement à haut risque sont particulièrement précieux dans les premières phases de ces projets, a écrit Sam Imbeault, d’EverWind, dans l’un de ces courriels adressés à des responsables gouvernementaux en novembre 2023.
Des terres dont EverWind ne voulait pas?
En octobre 2024, Trent Vichie, chef de la direction de l’entreprise, a écrit à Andrew Furey, alors premier ministre, ainsi qu’à d’autres responsables de l’ancien gouvernement libéral pour demander une réunion urgente concernant les discussions en cours sur la réservation de terres de la Couronne.
Des courriels similaires ont été envoyés par un représentant d’ABO Energy, partenaire du projet éolien et d’hydrogène Toqlukuti’k proposé dans l’est de Terre-Neuve. ABO a renvoyé une demande de commentaires de La Presse canadienne à son partenaire d'affaires Copenhagen Infrastructure Partners, qui n’a fourni aucune réponse.

Trent Vichie, fondateur et chef de la direction d'EverWind, annonce un centre de données au Cap-Breton lors d'une conférence de presse à Point Tupper, en Nouvelle-Écosse, le 16 octobre 2026. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Steve Wadden
Entre-temps, a déclaré M. Tinari, la province a continué à facturer à EverWind des terrains dont elle ne voulait pas.
EverWind a versé plus de 5,6 millions $ à titre de paiements de bonne foi tout en collaborant de manière constructive avec la province pour résoudre d’importants problèmes liés à la réservation de ses terrains et aux cadres réglementaires, a-t-il déclaré.
La province a repris ses terres
En février dernier, peu après l’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement progressiste-conservateur, la province a repris les terrains à EverWind et à deux autres entreprises du secteur éolien et de l’hydrogène, dont le projet d’ABO, au motif qu’elles avaient des arriérés de redevances de réservation et que leurs projets étaient au point mort.
Quelques semaines plus tard, World Energy GH2, une entreprise à l’origine d’un projet éolien-hydrogène proposé pour l’ouest de Terre-Neuve, s’est placée sous la protection de la loi sur les faillites, affirmant que son projet perdrait toute valeur si la province lui retirait ses terres de la Couronne. Des documents judiciaires révèlent que l’entreprise devait à Terre-Neuve-et-Labrador environ 10,5 millions $ de redevances foncières.
Un juge de la Cour suprême provinciale a accordé cette protection jusqu’au mois prochain. Dans l’intervalle, World Energy GH2 procède à la vente de ses actifs et tente de se refinancer.

Lloyd Parrott, ministre de l'Énergie et des Mines de Terre-Neuve-et-Labrador, en mêlée de presse, le 19 février 2026. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Danny Arsenault
Le ministre Lloyd Parrott a déclaré qu’EverWind, World Energy GH2 et les entreprises à l’origine du projet éolien et d’hydrogène de Toqlukuti’k devaient au total environ 38,5 millions $ de redevances foncières.
Tony Wakeham, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, a déclaré que sa province était ouverte à l’implantation de centres de données, mais qu’il ne regrettait pas d’avoir retiré à EverWind l’accès aux terres de la Couronne.
Je pense que nous devons continuer à aller de l’avant, a expliqué M. Wakeham aux journalistes mardi. Notre province recèle d’énormes opportunités en matière d’hydroélectricité, et nous attendons avec impatience les possibilités offertes par d’autres projets.


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