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Dans leurs maillots colorés aussi ajustés que des gants de chirurgien, le Belge Remco Evenepoel et la Suissesse Marlen Reusser ont remporté dimanche à Montréal les premières épreuves des Championnats du monde de cyclisme.
La foule était nombreuse dans le Vieux-Montréal pour voir Evenepoel écraser ses pédales et avaler les kilomètres. Il a parcouru les 39,2 kilomètres en 44 min 53,13 s, soit à une vitesse moyenne de 52,4 km/h. Essayez de tenir cette vitesse à vélo seulement cinq minutes, pour voir…
La performance du Belge a relégué l’Italien Filippo Ganna, double champion du monde de la spécialité, à 57,31 secondes derrière. Le jeune espoir français Paul Seixas, 19 ans, a fini à 1 min 13 s derrière le maître des chronomètres.
Quelques heures auparavant, Marlen Reusser s’était payé la plus haute marche du podium pour mieux célébrer son 35e anniversaire. Pourtant, elle accusait encore un retard sur la Britannique Zoe Bäckstedt aux deux premiers points de contrôle intermédiaires. Comment a-t-elle pu contrer de la sorte la rotation des horloges ? Chose certaine, elle s’est faite sourde à toute douleur et a ignoré toute prudence en optimisant le cycle de son pédalage. À l’arrivée, il a bien fallu constater qu’elle s’était payé un gros cadeau : 40,11 secondes devant Bäckstedt, la seconde, dont c’étaient les débuts dans cette épreuve chez les élites. L’Allemande Franziska Koch a suivi, à 45,54 secondes de Reusser.
Sans pitié
Dans cette discipline sans pitié qu’est le contre-la-montre, chaque coureur a pour seul opposant le chronomètre. Les athlètes partent les uns à la suite des autres, à intervalles réguliers. Il est interdit de profiter de l’abri d’un autre cycliste. Le seul compagnon autorisé dans pareille épreuve est la solitude abyssale de la douleur où chaque coureur s’enfonce à mesure qu’il avale des kilomètres.
Pour triompher, il faut compter sur une technique parfaite alliée à une capacité physique exceptionnelle. Le Belge de 26 ans est un maître de cette discipline, où chaque cycliste, recroquevillé au maximum sur sa machine profilée, ne compte que sur lui-même. Evenepoel est le premier, dans l’histoire du cyclisme, à décrocher ce titre mondial quatre années consécutives.
Les deux premiers concurrents de l’épreuve, les Bissau-Guinéens Apolinário Cá et Gil Gomes, partis eux sur des vélos qui n’étaient pas profilés, sont arrivés derniers, respectivement 23 min 14 s et 24 min 34 s après le grand gagnant.
Tous les pays réunis
Devant l’hôtel de ville de Montréal, des gens arboraient des drapeaux de tous les pays. Un photographe amateur mexicain, concierge à ses heures, était là pour acclamer Isaac Del Toro, 6e au final après avoir remporté il y a une semaine le Grand Prix de Montréal. Une dame habillée d’un manteau décoré aux couleurs du Canada déployait un drapeau canadien sur la clôture de sécurité, tout en parlant anglais avec un accent français. Le meilleur Canadien a été Michael Leonard, qui était l’an passé le champion canadien de cette discipline. Il a terminé à 2 min 09 du vainqueur, au 13e rang. Derek Gee-West, l’autre Canadien qui devait prendre part à l’épreuve, a déclaré forfait en raison d’une blessure.
Il y a quelques jours, le site Strava montrait un des entraînements récents au Québec d’Evenepoel. Parti de Montréal, il avait rallié les environs de Bromont par la Route des champs. Après 97 km de cette simple sortie d’entraînement, il était crédité du deuxième temps parmi des milliers de cyclistes qui ont emprunté ce parcours avant lui…
Avec quatre victoires consécutives dans cette discipline reine, Evenepoel rejoint au sommet du genre les deux autres grands spécialistes de l’histoire récente, le Suisse Fabian Cancellara et l’Allemand Tony Martin. Cancellara avait cependant réparti ses quatre titres entre 2006 et 2010, tandis que Martin avait remporté les siens entre 2011 et 2016.
Chez les femmes, le triomphe de Marlen Reusser ne devrait pas pour autant laisser dans l’ombre l’ascension de Zoe Bäckstedt. Ancienne championne du monde junior et double championne du monde des moins de 23 ans du contre-la-montre, elle disputait une épreuve nettement plus longue que celles auxquelles elle était habituée. Elle a pourtant été la plus rapide pendant une large partie de la course, l’expérience de Reusser à souffrir en solitaire faisant peut-être pencher la balance dans les derniers kilomètres.
La grande perdante du jour ? Certainement la Néerlandaise Demi Vollering. Gagnante du Tour de France Femmes, elle était parmi les favorites. Jamais elle n’aura trouvé son rythme. Pourtant partie une minute et demie avant Reusser, elle a été dépassée par la Suissesse, qui n’en a fait qu’une bouchée. À Montréal, elle a terminé huitième, à 1 min 49 s.
Chez les Canadiennes, Nadia Gontova a obtenu le meilleur résultat avec une 19e place, à 3 min 13,67 s de Reusser. La Québécoise Olivia Baril, 28 ans, a terminé pour sa part 23e, à 4 min 46 s. En 2025, l’athlète originaire de Rouyn-Noranda avait remporté le titre de championne canadienne du contre-la-montre. Elle a annoncé qu’elle prendrait sa retraite de la compétition professionnelle à l’issue de cette saison.
Le parcours montréalais, bien que plat dans l’ensemble, était désigné pour des hyperspécialistes. Il comportait certaines sections pavées, de nombreux virages, et de longues sections, comme sur la voie maritime ou sur le circuit Gilles-Villeneuve, où la puissance pure combinée et l’aérodynamisme devenaient déterminants. Evenepoel a lui-même souligné, à l’arrivée, le fort contraste entre les différentes portions de l’épreuve.
Le jeune prodige français Paul Seixas a décroché la médaille de bronze en terminant 16 secondes derrière Ganna. Il est resté dans la chaise du meneur jusqu’à la toute fin, Ganna et Evenepoel étant les deux derniers coureurs à s’élancer.
Les Canadiens Michael Leonard et Nickolas Zukowsky ont respectivement pris les 13e et 31e rangs parmi les 60 coureurs ayant pris le départ.
« J’étais étourdi à l’arrivée, ça m’est rarement arrivé de faire un effort aussi violent sur mon vélo de contre-la-montre », a avoué Zukowsky, qui avait le sourire aux lèvres lors des deux premiers kilomètres en raison de la foule qui l’encourageait.
« C’était dur de me concentrer, il a fallu que je me calme, parce que, sinon, je me serais planté dans le premier virage, a-t-il ajouté en riant. Ça m’a vraiment donné des ailes, mais il a fallu que je me concentre sur la tâche. Je dois remercier les gens qui sont venus, tout au long du circuit. C’était complètement incroyable ! »
Le natif de Sainte-Lucie-des-Laurentides avait aussi des encouragements particuliers dans l’oreillette, de sa compagne et ex-cycliste professionnelle, Simone Boilard.
« Je lui avais donné de petites notes à me rappeler, a-t-il dit. C’était cool d’avoir Simone qui me parlait dans le casque, surtout à la fin pour m’encourager. »
Le Suédois Jakob Söderqvist était en voie de se frayer un chemin sur le podium, mais il a chuté à un peu plus de deux kilomètres de l’arrivée. Il a tout de même terminé cinquième, 13 secondes derrière Seixas.
L’Américain Brandon McNulty, vainqueur du Grand Prix cycliste de Montréal en 2025, a fini en quatrième position, une seconde devant Söderqvist.
Certains de ces coureurs en découdront à nouveau mardi, lors du relais mixte, mais la pièce de résistance des Mondiaux, la course en ligne, aura lieu dimanche prochain.


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