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La photographe professionnelle Audrée Giroux se dit plus que jamais confrontée à la précarité de son métier en Abitibi-Témiscamingue. Elle déplore le manque de valorisation du travail des artistes.
Également artiste tatoueuse, elle a fait ses débuts en photographie en 2020. Originaire d’Angliers, au Témiscamingue, elle s’est inspirée de sa mentore, Marina Fontaine, pour apprendre son métier.
Je valide souvent avec Marina Fontaine pour ce qui touche la photographie, puisqu’elle est une photographe établie depuis longtemps à Rouyn-Noranda. Lorsqu’il est question d’art visuel, je me réfère à des enseignantes du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, explique celle qui se considère maintenant comme photographe professionnelle depuis quatre ans.

Audrée Giroux avait photographié le feu d'artifice lors du spectacle de Bryan Adams en 2024 à Osisko en lumière. (Photo d'archives)
Photo : Crédit / Audrée Giroux - Photographie
C’est souvent à la baisse qu’on lui propose des contrats. Selon Audrée Giroux, il y a une sensibilisation à faire sur la tarification des artistes.
On me dit souvent que je suis trop chère et, en fait, je ne le suis pas assez. Je ne fais pas de profit. Tout l'argent que je fais, je le réinvestis dans mon entreprise, dans mon loyer et dans mon épicerie, déplore-t-elle.
Des tarifs à la baisse
L’artiste a déjà accepté de réduire ses tarifs pour pouvoir couvrir des événements d’envergure. J’ai baissé mes tarifs pour pouvoir participer à l’événement parce que j’y voyais de la visibilité, mais ça ne paie pas les factures, confie la photographe.
À regret, elle confirme vouloir prendre une distance du milieu culturel parce que, selon elle, il n’y a pas de financement ni d’argent à y faire. Je préfère aller au privé et faire le même tarif pour une séance photo familiale plutôt que d’aller faire huit heures dans un festival, partage-t-elle.
Récemment, elle a eu une demande pour qu’une de ses œuvres photo soit sur la couverture d’un guide important dans la région, mais le budget alloué était minime.
Une indignation partagée
Plusieurs photographes professionnels ont confirmé vivre des situations similaires à celles d’Audrée Giroux, dont Jessy Poulin.

En juin 2025, pour assurer la viabilité de son entreprise, la photographe Jessy Poulin s’est affiliée au Groupe Althéa.
Photo : Radio-Canada / Jessica Lesage
En plus de mentionner les frais exorbitants liés à l'achat de l'équipement, la photographe et cinéaste pour La Shop à images dénonce la compétition entre les artistes.
Certains qui n’ont pas besoin de vivre de ça, parce qu'ils ont un autre emploi, vont souvent fixer des prix plus bas. Ça nous met des bâtons dans les roues, parce qu’ils ne chargent pas le prix qu'ils devraient charger, explique-t-elle.
Ariane Ouellet, artiste et enseignante en arts visuels au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, comprend aussi cette colère et indignation.

L'artiste en arts visuels Ariane Ouellet devant l'une de ses murales à Amos. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Je pense que les gens ne comprennent pas toujours que dans les mandats qu’on demande aux artistes, en dehors du temps où ils sont présents sur place, il y a du temps de préparation, il y a du temps en postproduction, comme aller retoucher les images, les classer. Même chose pour les musiciens avec les répétitions et les déplacements, explique-t-elle.
Une valeur qui vient avec le code postal
Audrée Giroux déplore aussi le fait que la considération du talent d’un artiste soit parfois basée sur son lieu de résidence, ce que comprend l’artiste en arts visuels, Ariane Ouellet.
Cette culture-là, qui est parfois inconsciente, vient jouer dans la perception de la valeur des artistes, mentionne celle qui peine parfois à vendre ses tableaux.
C’est comme si les artistes qui viennent d’ailleurs ont plus facilement de reconnaissance que ceux qui sont chez nous.
Ariane Ouellet explique que, pour ses œuvres, on lui a souvent reproché de demander trop cher. À cela, elle répondait : OK d’abord, si j’ai mis 50 heures à faire un tableau, est-ce que tu serais prêt à me payer le salaire que tu fais par heure fois 50 heures?

L'artiste en arts visuels Ariane Ouellet a conçu l'œuvre « Le grand voyage », puis l'a réalisée avec Valéry Hamelin et Stéphanie Dupré-Guilbert à Amos en 2023. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Préparer la relève à cette situation précaire
Dans notre programme d'arts visuels, qui est un diplôme préuniversitaire, on ne les prépare pas tant à la réalité des travailleurs autonomes, car nous ne sommes pas dans une technique, explique Ariane Ouellet.
Toutefois, puisque la majorité des enseignants sont eux-mêmes des artistes, la discussion est quand même amenée en classe.
La photographe Audrée Giroux mentionne la récente publication de Sol Zanetti, député de Québec solidaire dans la circonscription de Jean-Lesage, sur le tarif des artistes qui cite la Fondation des artistes et selon laquelle le revenu moyen tiré des activités artistiques est de 20 787 $ par an [et] que près de 40 % des artistes au Québec ont de la difficulté à payer leur loyer ou leurs besoins de base.
Elle déplore le manque de valorisation de son métier et conclut en disant qu’être artiste à temps plein, ce n’est pas viable à long terme.
Et le Conseil de la culture alors?
De son côté, Alexander Walosik, secrétaire du conseil d’administration du Conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue, appuie les propos tenus par les artistes qui mettent en lumière une réalité bien connue dans le milieu. Il se joint à ce sentiment de sensibilisation qui reste nécessaire et rappelle que le CCAT est là pour défendre les droits des artistes.

Alexander Walosik est lui-même artiste et président du Festival de contes et légendes en Abitibi-Témiscamingue.
Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Paquin
Ils vivent déjà en dessous de la moyenne et on prend rarement en considération que ce sont des personnes qui ont étudié dans leur domaine et qui ont parfois des maîtrises en art lors de soumissions, exprime-t-il.
Un artiste qui décide de rester ici pour vivre de son art et contribuer à la culture en région ne devrait pas moins valoir qu’un artiste des grands centres pour faire les mêmes fonctions, fait valoir M. Walosik.


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