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Chers confrères et consœurs,
Notre lutte pour la convention collective en est à une étape cruciale, la date d’échéance étant fixée au 8 août, soit dans moins de trois semaines. Nous luttons contre un employeur impitoyable qui laisse perdurer des conditions de travail dangereuses dans notre usine de Hamilton, en Ontario, ce qui a déjà entraîné le décès de trois travailleurs en moins de deux ans, de la fin de 2020 à juin 2022. Les problèmes liés à l’équipement et à la structure même de notre bâtiment s’ajoutent à la pression constante associée au système d’« incitatifs », autre nom donné au travail à la pièce.
Les conditions contre lesquelles nous luttons ne sont pas propres à notre usine. Partout en Amérique du Nord, les travailleurs du secteur manufacturier et de l’industrie sont confrontés aux mêmes attaques contre leurs conditions de travail, leurs salaires et leurs emplois – qu’il s’agisse des travailleurs de l’automobile mis à pied en raison de la guerre commerciale menée par Trump et des mesures de rétorsion nationalistes prises par l’élite dirigeante canadienne, ou des travailleurs des postes confrontés au démantèlement de Postes Canada en tant que service public.
Nous pouvons trouver de puissants alliés dans notre lutte pour des emplois bien rémunérés et des conditions de travail sécuritaires si nous nous efforçons de nous unir à d’autres secteurs de la main-d’œuvre dans le cadre d’une mobilisation de masse contre la cupidité des grandes entreprises, les violations des droits des travailleurs et des règlements en matière de santé et d’environnement encouragées par le gouvernement, ainsi que le démantèlement des services publics.
Le principal obstacle auquel nous devons faire face pour faire avancer notre lutte est la bureaucratie du Syndicat des Métallos (United Steelworkers of America – USW). L’appareil nationaliste et procapitaliste du syndicat nous impose vague après vague de concessions et entend faire de même cette année. Comme toutes les bureaucraties syndicales au Canada et aux États-Unis, elle privilégie ses relations de travail étroites avec ses gouvernements respectifs et les patrons des grandes entreprises.
Pour comprendre pourquoi il en est ainsi et proposer un autre programme fondé sur le pouvoir politique indépendant des travailleurs de la base, en alliance avec nos confrères et consœurs de partout au Canada, aux États-Unis et au-delà par l’intermédiaire de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base, nous devons examiner l’histoire du syndicat des Métallos et son bilan nationaliste et anti-ouvrier.
Quelles sont les origines du syndicat United Steelworkers et qu’est-il advenu de ceux qui l’ont fondé?
Le syndicat des United Steelworkers of America (l’actuel USW ou Syndicat des Métallos) est né du mouvement de masse en faveur du syndicalisme industriel qui a éclaté au milieu des privations extrêmes de la Grande Dépression. Ce mouvement – qui a vu la syndicalisation des secteurs de l’acier, de l’automobile, du caoutchouc, de l’électricité et d’autres industries sous la bannière du Congress of Industrial Organizations – CIO ou Congrès des organisations industrielles (COI) – a surmonté la résistance acharnée des employeurs et de l’État à l’organisation des travailleurs grâce à une lutte militante. Pour cela, les travailleurs ont dû défier les hommes de main des entreprises et les injonctions judiciaires, et recourir à de nouvelles méthodes de lutte de classe comme la grève d’occupation et les piquets mobiles.
Cela a également nécessité une rébellion contre l’American Federation of Labour (AFL) ou Fédération américaine du travail (FAT) et son homologue canadien, le Trades and Labour Congress (Congrès des métiers et du travail du Canada – CMTC). Ces fédérations syndicales fondées sur les métiers étaient dirigées par une bureaucratie conservatrice qui excluait la grande majorité des travailleurs, qu’elle jugeait « non qualifiés » et qui « n’en valaient pas la peine ».
Le mouvement de masse en faveur du syndicalisme industriel a été lancé par les travailleurs américains, mais les travailleurs canadiens se sont ralliés au CIO, car ils reconnaissaient qu’ils menaient une lutte commune, souvent contre les mêmes grandes sociétés.
Les travailleurs d’orientation socialiste ont joué un rôle catalyseur dans la vague de luttes qui a précédé le lancement du CIO et les grèves d’occupation qui ont suivi. Le rôle de premier plan joué par le mouvement trotskyste lors de la grève générale de Minneapolis en 1934 en est un exemple.
Le Steelworkers Organizing Committee (SWOC) ou Comité d’organisation des métallurgistes, prédécesseur de l’USWA/syndicat des Métallos USW, a fait partie intégrante du CIO dès sa fondation en 1935.
Cependant, la direction du SWOC a été dominée, dès sa création, par une couche bureaucratique de droite et procapitaliste entretenant des liens avec l’Église catholique et le Parti démocrate aux États-Unis. Par ailleurs, la direction du CIO, rejointe par le Parti communiste stalinien, a empêché l’offensive industrielle de la classe ouvrière de se transformer en défi politique au capitalisme, c’est-à-dire la subordination de toute la vie socio-économique dans la course au profit de la clique des banquiers et des propriétaires d’usines.
Par la suite, pendant la « chasse aux sorcières » contre les communistes à la fin des années 1940 et du début des années 1950, la direction syndicale conservatrice s’est entendue avec des secteurs puissants de la classe dirigeante qui menaient la charge contre les figures de gauche dans tous les domaines de la vie sociale et politique, afin d’expulser les militants socialistes qui avaient bâti les syndicats. Autrement dit, cette couche bureaucratique a purgé les syndicats des idées et des personnes mêmes que les patrons craignaient! Cela a ouvert la voie à la fusion du CIO avec l’AFL en 1955 et a enterré la tradition de lutte de classe sur laquelle reposaient les syndicats industriels sous un monticule de conservatisme bureaucratique, pro-capitaliste, nationaliste et anticommuniste.
Au Canada, ces développements ont notamment coïncidé avec la mise en place du système de la « négociation collective » favorable aux employeurs. En échange de la reconnaissance syndicale, ce système exige que l’appareil syndical réprime toute grève et toute action syndicale des travailleurs, à moins qu’elle ne soit expressément autorisée par l’État (c’est-à-dire après l’échéance d’une convention collective et une fois que le syndicat ait franchi toutes les étapes de conciliation et autres formalités destinées à entraver l’action des travailleurs).
De la fin des années 1940 au début des années 1970, les travailleurs ont réussi à obtenir des concessions importantes de la part de la classe dirigeante en menant des luttes militantes et déterminées par l’intermédiaire de ces syndicats industriels (les métallos les TUA, le SCA etc.) Ces acquis ont été rendus possibles avant tout par la restabilisation temporaire du capitalisme après la Deuxième Guerre mondiale, alors que les patrons et les gouvernements pouvaient se permettre d’accorder de meilleurs niveaux de vie et de meilleures conditions de travail aux travailleurs afin d’empêcher l’émergence d’une opposition plus radicale à leur ordre social.
Notre ville possède une longue tradition de luttes ouvrières héroïques menées durant cette période. Chez Stelco, à Hamilton, il y a eu la célèbre grève de 1946 qui a duré 82 jours, menée non seulement pour la reconnaissance syndicale, mais aussi pour des acquis fondamentaux que nous tenions encore pour acquis jusqu’à tout récemment, comme la semaine de travail de 40 heures et les augmentations salariales. Cette grève a été suivie par une autre de 86 jours en 1958; une grève sauvage en 1966 dirigée non seulement contre l’entreprise, mais aussi contre la direction de la section locale 1005 des Métallos; une autre grève de 80 jours en 1969; et une grève de 125 jours en 1981.
C’est au cours de cette période, en 1967, que la section locale 7135 des Métallos a été créée chez National Steel Car.
Tout cela a changé au milieu des années 1970 et au début des années 1980. Une crise mondiale du capitalisme s’est installée, marquée par une inflation galopante, une concurrence internationale croissante et une baisse des taux de profit. Avec le choc des taux d’intérêt de Volcker de 1979-1980, qui a délibérément provoqué une récession, et le licenciement par l’administration Reagan des contrôleurs aériens du syndicat PATCO en 1981, la classe dirigeante américaine a déclaré la guerre à la classe ouvrière. La réponse de la bureaucratie syndicale a été de virer brusquement à droite. La renégociation des conventions collectives et les concessions sont alors devenues monnaie courante. L’ensemble de l’AFL-CIO, y compris le syndicat des Métallos, a refusé d’organiser la moindre grève de solidarité en soutien aux travailleurs de PATCO congédiés.
Au Canada, le gouvernement libéral de Pierre-Elliot Trudeau a imposé trois années de contrôle des salaires à partir de 1975. Lorsque le syndicat des travailleurs des postes a défié l’ordre de retour au travail imposé par le gouvernement en 1978, Trudeau a menacé de congédier les postiers en masse et le gouvernement libéral a ordonné l’arrestation et l’emprisonnement du dirigeant syndical, Jean-Claude Parrot, afin de démontrer que la classe dirigeante canadienne adoptait, tout comme son homologue aux États-Unis, une contre-offensive contre la classe ouvrière pour récupérer toutes les concessions de l’après-guerre.
Les conditions socio-économiques qui avaient permis au syndicat des Métallos et autres bureaucraties syndicales de maintenir la « paix sociale » alors que les travailleurs de la base obtenaient des acquis limités, venaient de brutalement prendre fin. Les avancées technologiques ont permis une transformation fondamentale du processus de production, donnant naissance pour la première fois à des entreprises engagées dans une production mondialisée qui sapaient les fondements nationalistes sur lesquels les syndicats s’étaient toujours appuyés. Les bureaucrates ont réagi en adoptant un cours corporatiste et en redoublant d’efforts sur le plan nationaliste. Dans les années qui ont suivi, ils ont intégré de plus en plus complètement les appareils syndicaux à la direction et à l’État capitaliste, devenant ainsi les garants des concessions et de l’austérité imposées à la classe ouvrière.
Du slogan « Rappelez-vous de Pearl Harbour » à celui d’« Achetez canadien »
Au cours des années 1980, le caractère nationaliste et corporatiste du syndicat des Métallos est passé au premier plan. La collaboration corporatiste entre syndicats et direction, fondée sur l’idée que les travailleurs doivent lier leur sort à la défense inconditionnelle de « leurs propres » entreprises contre leurs concurrents mondiaux, est devenue un élément majeur du programme syndical.
Le Syndicat des Métallos a encouragé le chauvinisme national et les campagnes « Buy American » (Achetez américain), notamment des autocollants antijaponais portant le slogan « Remember Pearl Harbour » (Rappelez-vous de Pearl Harbour). Ce nationalisme toxique était la forme idéologique qu’avait prise la collaboration de classe du syndicat des Métallos – l’arme qu’il avait choisie pour dissimuler aux travailleurs le fait qu’il était devenu, dans la pratique, un gendarme au service de la direction.
Pendant ce temps, les trahisons se poursuivaient et s’accumulaient. Chez Phelps Dodge, en 1983, près de 3 000 mineurs représentés par le Syndicat des Métallos ont fait grève pendant trois ans contre des concessions, subissant la répression de la police et de la Garde nationale. L’USW International a refusé toute grève de solidarité et tout soutien financier significatif, tentant même de soudoyer le chef de grève, Jorge O’Leary, en lui offrant 175 000 $ pour qu’il mette fin au conflit de travail. Lorsque O’Leary a refusé et demandé que l’argent soit versé au fonds de grève, l’USW International a préféré garder l’argent. La grève a été écrasée.
En 1985-1986, le Syndicat des Métallos a abandonné la négociation collective type dans l’industrie sidérurgique, isolant et trahissant les luttes acharnées menées chez Wheeling-Pittsburgh Steel et USX à Pittsburgh. Chez USX, après le plus long lock-out de l’histoire de l’industrie sidérurgique – 184 jours –, l’USW a accepté une réduction salariale de 2,50 $ l’heure et près de 1 400 mises à pied.
L’emploi dans le secteur de l’acier aux États-Unis s’est effondré, passant de 453 000 travailleurs en 1979 à 168 000 en 1995.
Ce processus s’est reproduit chez Stelco, à Hamilton, au cours de la même période. En 1981, à la fin de la grève de 125 jours, l’effectif s’élevait à 26 000 travailleurs dans l’ensemble des activités de l’entreprise. Une part importante d’entre eux travaillait à l’usine Hilton Works de Hamilton, qui employait environ 13 000 travailleurs. À la fin de la grève de 90 jours en 1990, la section locale 1005 du Syndicat des Métallos représentait environ 10 000 travailleurs à Hilton Works.
L’effondrement de l’emploi dans le secteur de l’acier a été provoqué à la fois par la mondialisation de la production et par l’utilisation, par les capitalistes, des nouvelles technologies pour intensifier l’exploitation. Les réseaux de production mondiaux ont permis aux grandes entreprises de délocaliser leur production là où les coûts de main-d’œuvre étaient les plus bas et la réglementation commerciale la plus laxiste. La subordination des dernières avancées technologiques à l’accumulation de profits privés a eu pour conséquence que, plutôt que d’être utilisées pour alléger la charge de travail des travailleurs sans perte de salaire, ces nouvelles avancées ont été mises à profit pour accélérer les cadences de travail et supprimer des emplois.
Dans les années 1990 et 2000, le Syndicat des Métallos a collaboré activement avec les capitalistes vautours de Wall Street – notamment le milliardaire Wilbur Ross, devenu par la suite secrétaire au Commerce sous Trump – pour restructurer l’industrie sidérurgique aux dépens des travailleurs et des retraités. L’USW a embauché le banquier d’affaires Ron Bloom en 1996 spécifiquement pour travailler avec la direction sur la « compétitivité », ce qui, dans la pratique, signifiait de superviser les mises à pied, réduire les pensions et supprimer la couverture en soins de santé pour des milliers de travailleurs et de retraités.
La bureaucratie syndicale a obtenu comme récompense le contrôle des milliards de dollars du régime de prestations aux employés VEBA, la Voluntary Employee Beneficiary Association, transformant du coup les dirigeants syndicaux en gestionnaires de patrimoine ayant un intérêt matériel direct dans le marché boursier. Au cours de cette période, le nombre de métallurgistes aux États-Unis a chuté de 65 % entre 1979 et 2019, alors que l’actif total du syndicat des Métallos a été multiplié par six pour atteindre plus de 1,5 milliard de dollars. En 2025, il franchissait la barre des 2 milliards de dollars.
Le faux « internationalisme » du syndicat des Métallos
L’USW se présente comme un syndicat « international » essentiellement parce qu’il représente des travailleurs des deux côtés de la frontière canado-américaine. Mais en réalité, il sépare les luttes contractuelles des travailleurs canadiens de celles de leurs collègues au sud de la frontière, même dans des conditions où les chaînes de production relient directement les installations canadiennes et américaines et où une lutte commune renforcerait le pouvoir des travailleurs pour faire valoir leurs revendications économiques immédiates. La division entre les travailleurs canadiens et américains dans chaque lutte contractuelle est imposée avec autant de virulence que l’isolement de chaque lutte de travailleurs à leur propre lieu de travail au Canada même.
Il n’y a pas de révélation plus claire de l’« internationalisme » frauduleux des Métallos que leur rôle en tant que l’un des promoteurs les plus agressifs du nationalisme dans chaque pays. Au Canada, l’USW collabore constamment avec les gouvernements libéraux fédéraux de Trudeau et de Carney, et provincial conservateur de Doug Ford en Ontario, ainsi que des autres premiers ministres provinciaux de droite, faisant la promotion d’une « Équipe Canada » pour s’opposer au président américain Donald Trump dans la guerre commerciale que celui-ci a déclenchée l’an dernier.
Sous le couvert d’un crescendo de discours nationalistes canadiens du type « Équipe Canada » et « nous sommes tous dans le même bateau », et avec le soutien de leurs partenaires du Syndicat des Métallos, du CTC et d’Unifor, le gouvernement Carney et la classe dirigeante mettent en œuvre des politiques à la Trump. Ces politiques consistent en une augmentation massive des dépenses militaires, qui sera financée par une politique d’austérité visant les services publics et les travailleurs qui les administrent, ainsi qu’une attaque massive contre le droit de grève des travailleurs.
Quant aux droits de douane de représailles d’Ottawa, appuyés par le Syndicat des Métallos au Canada, ils visent à protéger les intérêts du capital canadien aux dépens des travailleurs des deux côtés de la frontière. Ils accélèrent l’hécatombe dans les emplois de tous les secteurs qui a été déclenchée par la guerre commerciale, et pénalisent les travailleurs des deux côtés de la frontière en faisant monter les prix.
Le président du syndicat des Métallos, Marty Warren, s’est joint à la présidente d’Unifor, Lana Payne, pour réclamer une « stratégie industrielle » comprenant des obligations d’« achat de produits canadiens » – visant explicitement les travailleurs chinois, qui comptent parmi les plus exploités au monde et qui sont la cible des préparatifs de guerre américains et canadiens.
Le Syndicat des Métallos est depuis longtemps un promoteur déclaré des préparatifs de guerre impérialistes américains et canadiens contre la Chine. Dès 2016, le président du syndicat des Métallos, Leo Gerard, avait déclaré devant le Congrès que « l’industrie manufacturière et le secteur crucial de l’acier sont vitaux pour la sécurité nationale et économique des États-Unis », qualifiant les mesures protectionnistes d’essentielles pour les « combattants » américains. Gerard a livré ce témoignage aux côtés des mêmes dirigeants qui, au même moment, exigeaient des concessions salariales radicales et détruisaient des milliers d’emplois. La seule critique formulée par le Syndicat des Métallos à l’égard des droits de douane « America First » imposés au Canada est qu’ils manquent de vision à long terme, car l’acier et les matières premières canadiennes sont essentiels à la fabrication des avions de chasse américains et autres systèmes d’armes. Autrement dit, ils prônent une « forteresse nord-américaine », convaincus qu’il s’agit d’un moyen plus efficace d’organiser le continent en vue d’une nouvelle guerre mondiale.
Le rôle du syndicat des Métallos chez ATI Specialty Materials en 2025 illustre cette même pratique avec une clarté brutale. Alors qu’ATI affichait des bénéfices records et que la valeur de ses actions avait grimpé de plus de 500 % depuis 2016, le Syndicat des Métallos USW a fait adopter une entente de six ans bourrée de reculs, laissant les travailleurs en poste sans faire la grève. Dans un communiqué, le Syndicat des Métallos a salué les efforts de Trump « pour contenir la surcapacité mondiale », alors même que ses membres faisaient face à des salaires ravagés par l’inflation et à des régimes de retraite réduits à peau de chagrin.
L’impact du nationalisme et du corporatisme du syndicat des Métallos chez National Steel Car
Les travailleurs de National Steel Car ont subi certaines des conséquences les plus désastreuses du bilan nationaliste et corporatiste du syndicat des Métallos. Les décès au travail de Fraser Cowan, Collin Grayley et Quoc Le, survenus entre 2020 et 2022, ont donné lieu à un total de 650 000 $ d’amendes, mais n’ont donné lieu à aucune poursuite criminelle. La cause profonde de leurs décès réside dans l’exploitation capitaliste brutale visant à maximiser les profits des entreprises, qui se manifeste de la manière la plus flagrante dans le système barbare du travail à la pièce, qui nous pousse à sacrifier notre sécurité pour un revenu plus élevé.
La réaction des dirigeants du syndicat des Métallos et de la section locale 7135 a toutefois consisté à insister sur le fait que la voie appropriée pour obtenir réparation passait par les tribunaux. Ce sont ces mêmes tribunaux qui ont permis à Greg Aziz de s’en tirer avec une simple amende de 650 000 $ pour son rôle dans la mort de trois personnes et qui, de manière plus générale, donnent leur aval juridique à la déréglementation effrénée menée dans les entreprises et l’imposition de conditions de travail dangereuses depuis des décennies. Lors de la lutte contractuelle de 2023, le syndicat était prêt à accepter des augmentations salariales de 2 à 2,5 %, ce qui était inférieur au taux d’inflation – bref une baisse des salaires en termes réels – jusqu’à ce que nous nous soyons levés lors de l’assemblée générale pour nous opposer à cette décision.
Dans le bulletin d’information de janvier 2026, le président de la section locale 7135, Frank Crowder, a essentiellement annoncé la même approche pour la prochaine convention collective en août : indexer les augmentations salariales sur l’indice des prix à la consommation, qui exclut l’alimentation et l’énergie – précisément les coûts les plus dévastateurs pour les travailleurs qui gagnent un salaire modeste de 55 000 à 75 000 $ par année.
Comme nous le vivons actuellement en chair et en os, l’entreprise manœuvre pour épuiser les économies des travailleurs en imposant un arrêt de travail au début de l’été, avant l’échéance de la convention collective le 8 août, dans l’espoir que la détresse financière les contraigne à capituler prématurément. Le syndicat suit ce scénario : il défend le cadre juridique, protège le « processus de négociation » et, ce faisant, préserve les profits de Greg Aziz.
Nous faisons face à une lutte politique
Le Syndicat des Métallos n’est pas un « syndicat en déroute » qui pourrait changer si « la bonne direction était élue ». Son appareil est composé d’une caste de fonctionnaires hautement rémunérés dont les intérêts différents sont hostiles à ceux des travailleurs qu’ils prétendent représenter. Le gouvernement fausse le système de la négociation collective en faveur de l’employeur, mais les bureaucrates du syndicat des Métallos exigent que les travailleurs restent enfermés dans ce carcan, car il préserve les privilèges de la bureaucratie syndicale.
Le nationalisme et le corporatisme du syndicat des Métallos ne sont pas des aberrations ou le fait d’individus corrompus. L’affirmation selon laquelle les syndicats sont très bien tels qu’ils sont, à condition que l’actuelle direction « médiocre » soit remplacée par une direction plus militante, est une position complètement erronée. L’appareil bureaucratique des grandes fédérations syndicales de l’AFL-CIO et du CTC repose sur une perspective sociale et politique bien définie : l’acceptation du capitalisme et du cadre du système de l’État-nation. Toute tentative de « réforme » de l’appareil syndical laissant ses fondements intacts reproduirait les mêmes résultats. Les dirigeants changeront, mais leur fonction restera la même.
C’est pourquoi notre lutte pour organiser des comités de base – et plus précisément leur développement au sein de l’Alliance ouvrière internationale des travailleurs des comités de base (IWA-RFC) – n’est pas simplement une proposition tactique visant à améliorer les négociations contractuelles. Il s’agit d’une question politique : qui dirige la lutte et dans quel but ?
Les comités de base constituent la forme organisationnelle par laquelle les travailleurs peuvent commencer à exercer un pouvoir de classe indépendant – pour rompre avec le cadre de la « négociation collective » favorable aux employeurs qui, comme notre déclaration de mai 2026 l’identifie à juste titre, n’existe pas pour protéger les travailleurs, mais bien pour protéger le capital et maintenir les travailleurs sous la coupe des bureaucraties qui les contrôlent.
Pour nous, chez National Steel Car, cela signifie considérer notre lutte contractuelle comme une lutte politique, et non pas seulement économique. La revendication d’une augmentation salariale de 25 % pour compenser des décennies de baisses des salaires réels, l’abolition du travail à la pièce sans aucune réduction du salaire net (ce que la direction de la section locale 7135 du Syndicat des Métallos ne demande et ne défend pas), et la fin de l’accélération des cadences de travail sont des revendications justes et nécessaires.
Mais nous ne pourrons les obtenir que si nous luttons dans une perspective plus large. Lorsque le syndicat dit aux travailleurs que la « rentabilité » de l’entreprise impose des limites à ce qui est possible, le comité de base doit répondre : nous rejetons la rentabilité comme critère pour déterminer ce dont nous avons besoin. National Steel Car est une entreprise rentable qui accroît sans cesse la fortune de Greg Aziz; les travailleurs peuvent et doivent donc être rémunérés en conséquence, pleinement et de façon assurée. La sécurité de chaque travailleur doit passer avant les profits de l’entreprise.
Quand le syndicat et le gouvernement canadien appellent les travailleurs à se rallier au slogan « Achetez canadien » et à épouser le nationalisme de la guerre commerciale, le comité doit expliquer que nos alliés politiques sont aux États-Unis, au Mexique et en Chine : ce sont les travailleurs qui fabriquent de l’acier, construisent des wagons et édifient l’infrastructure matérielle de la société partout dans le monde.
Quand la guerre de Trump contre l’Iran fait grimper les coûts des denrées alimentaires et de l’énergie et frappe de plein fouet l’économie mondiale, le comité doit expliquer que c’est là la logique même du capitalisme : la production est au service du profit et de la guerre, et non des besoins humains. La seule réponse viable est la transformation socialiste de l’économie.
Le rattachement à l’IWA-RFC est l’expression organisationnelle du principe politique de l’internationalisme. L’IWA-RFC rassemble des travailleurs de tous les secteurs et par-delà les frontières – acier, automobile, logistique, soins de santé, éducation – qui sont confrontés aux mêmes sociétés transnationales, aux mêmes bureaucraties syndicales nationalistes et aux mêmes dirigeants politiques qui imposent la guerre et l’austérité.
Mener une lutte contractuelle chez National Steel Car, en solidarité avec les métallurgistes d’ATI en Pennsylvanie, avec les travailleurs de l’automobile d’Oshawa et de Détroit, et avec les mineurs de Vale à Sudbury et à Caledonia, c’est quelque chose de radicalement différent que de mener un conflit contractuel local de façon isolée et géré par la bureaucratie du syndicat des Métallos. Cela mettra en relief le véritable pouvoir dont disposent les travailleurs : celui d’arrêter la production, de façon coordonnée à travers les chaînes d’approvisionnement mondiales que le capital lui-même a créées.
Concrètement, cela signifie que le Comité de base de National Steel Car doit mettre à profit la période à venir, avant la date d’échéance du 8 août, pour approfondir systématiquement la conscience politique des collègues de travail, en diffusant des analyses sur l’histoire du syndicat des Métallos et la guerre commerciale, en établissant le lien clair entre la guerre en Iran et les hausses de prix, en communiquant directement avec les travailleurs se trouvant dans d’autres usines et d’autres pays, et en préparant une lutte placée à chaque étape sous le contrôle démocratique de la base.
Le Syndicat des Métallos n’est ni « international » ni un syndicat au sens propre du terme. C’est une entreprise dont le portefeuille d’actions s’accroît à mesure que les emplois de ses membres disparaissent, et dont les dirigeants touchent des salaires de cadres sur notre dos tout en versant des indemnités de grève de misère, et dont le nationalisme – qu’il prenne la forme de « Rappelez-vous de Pearl Harbour », « Achetez américain » ou « Équipe Canada » – enchaînera toujours les travailleurs à leur propre classe dirigeante en les séparant de leurs frères et sœurs de classe répartis à travers le monde.
Le Comité de base de National Steel Car a été créé pour s’opposer à cela. Il faut maintenant faire passer ce combat à l’étape suivante : relier la lutte immédiate autour de la convention collective d’août à la lutte politique plus vaste – contre l’austérité, la guerre et la répression étatique du droit de grève – et pour mettre de l’avant un programme socialiste par l’intermédiaire de l’IWA-RFC.
Comme nous l’avons affirmé dans notre déclaration de mai 2026 : « La production est aujourd’hui un processus international, et la contre-offensive des travailleurs de la base doit refléter cette réalité. »
(Article paru en anglais le 22 juillet 2026)


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