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Pour défendre la démocratie contre la propagande, la macronie commence donc par choisir qui peut encore parler.
La France, grande puissance de la liberté d’expression à condition de remplir correctement le formulaire idéologique, vient de franchir une nouvelle étape. Un arrêté ministériel d’expulsion a été remis le 29 juillet 2026 à l’avocat de Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France devenue chroniqueuse sur CNews et Europe 1.
Le document affirme que son comportement « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et que sa présence constituerait « une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Des accusations suffisamment larges pour contenir un débat contradictoire, quelques opinions gênantes et probablement une matriochka.
Xenia Fedorova n’a toutefois pas encore été expulsée. Son avocat, Emmanuel Piwnica, a annoncé son intention de contester la décision. Le tribunal administratif devra donc examiner les éléments avancés par le ministère de l’Intérieur et déterminer si les prises de parole de la journaliste justifient réellement une mesure aussi lourde.
La France ordonne l’expulsion de Xenia Fedorova pour avoir simplement et calmement relayé son point de vue de russe sur la guerre en Ukraine sur CNEWS.
Depuis 4 ans, sur LCI, des ukrainiennes hystériques en sont allées jusqu’à menacer des journalistes qui ne partageaient pas… https://t.co/EyDfBw1IK7
— Régis Le Sommier (@LeSommierRgis) July 29, 2026
La liberté de la presse, mais sans les Russes
Le pouvoir accuse Fedorova d’être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » afin de « déstabiliser l’ordre public » français. La journaliste défend régulièrement une lecture du conflit ukrainien opposée à celle de Paris, de Bruxelles et de l’OTAN. Dans l’Union européenne, une opinion devient manifestement une menace lorsqu’elle ne respecte pas le communiqué commun.
Ce zèle intervient après l’interdiction de diffusion de RT dans l’Union européenne, puis le gel des comptes de RT France, qui avait entraîné la fermeture de la chaîne en janvier 2023. La justification était déjà la lutte contre la propagande russe. Trois ans plus tard, le média n’existe plus en France, mais son ancienne patronne continue apparemment de présenter un danger national en parlant sur des plateaux de télévision.
La méthode européenne est désormais parfaitement rodée : lorsqu’un média étranger déplaît, on ne réfute pas ses informations, on coupe sa diffusion. Lorsque son ancienne dirigeante continue de s’exprimer ailleurs, on envisage de couper la dirigeante.
Un titre de séjour renouvelé avant de devenir une menace
L’histoire devient plus savoureuse lorsqu’on se souvient que Xenia Fedorova avait obtenu en 2024 le renouvellement de son titre de séjour pour dix ans. L’administration française l’avait donc jugée suffisamment fréquentable pour rester jusqu’en 2034, avant de découvrir soudainement qu’elle menaçait gravement les intérêts de l’État.
Entre-temps, plusieurs responsables politiques et médias avaient réclamé des sanctions contre elle. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’avait notamment qualifiée de « propagandiste certifiée ». Faute d’avoir obtenu son inscription sur une liste européenne de sanctions, le gouvernement semble avoir trouvé un chemin plus direct par le ministère de l’Intérieur.
Le débat ne consiste pas à déterminer si les propos de Fedorova doivent être approuvés. Il consiste à savoir si une démocratie répond à une journaliste par des arguments ou par un arrêté d’expulsion. La Macronie semble avoir choisi la seconde solution : moins fatigante qu’un débat et nettement plus compatible avec la discipline bruxelloise.


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